Guinée. Pour la Tabaski, il faudra sacrifier jusqu’à 3 millions de francs

Le 13/05/2026 à 13h04

VidéoMême amaigris par les kilomètres parcourus sur des pistes improbables jusqu’à Labé, les moutons destinés au sacrifice sont vendus à prix d’or. Eleveurs et revendeurs disent garder en mémoire leur déroute financière du dernier Aïd al-Adha, le marché des bêtes étant spéculatif et à haut risque. Reportage à Labé.

Le soleil se lève à peine sur Labé, que déjà la fièvre s’empare des marchés à bétail.

À l’approche de la Tabaski, moment crucial pour des milliers de familles, chacun espère trouver son bonheur malgré des difficultés persistantes dans un pays où l’islam est la religion de près de 85% de la population.

Pour un mouton destiné au sacrifice, il faut compter au minimum un million de francs guinéens, soit un peu moins de 100 euros. Les plus belles bêtes peuvent coûter jusqu’à trois millions de francs guinéens.

Mamadou Cellou Baldé, revendeur, sillonne depuis plusieurs semaines les localités environnantes pour se constituer un stock d’ovins pour ses clients musulmans qui tiennent à sacrifier un mouton comme le veut la tradition. Mais la tâche n’est pas facile, loin s’en faut.

Il raconte un quotidien éprouvant, fait de longs trajets et d’obstacles imprévus. «Avant, on allait chercher les moutons dans plusieurs localités proches de la ville de Labé comme Matakaou, Kona, tountouroun, sannoun, djonfo, Tougué. Les difficultés sont nombreuses faute de routes en bon état et qui éreintent les bêtes et leur font perdre du poids. Les ovins perdent alors de leur valeur marchande».

Mamadou Djouldé Bah, revendeur de bétail, en a déjà fait l’expérience et semble garder un goût plutôt amer de la Tabaski de l’année dernière: «chaque éleveur ou revendeur de bétail attend la fête de Tabaski pour espérer de bonnes recettes. Parfois, les prix sont corrects et rentables, mais il arrive souvent que ce ne soit pas le cas alors on doit se contenter de récupérer l’argent investi dans l’achat des bêtes pour ne pas vendre à perte comme ce fut le cas l’année dernière. Ça été une catastrophe… nous commençons à peine à nous refaire une santé».

Mamadou Djouldé Bah, comme d’autres éleveurs et maquignons, soutient qu’il ne s’est pas encore relevé des pertes subies lors de la dernière fête du sacrifice, restée gravée dans les mémoires.

Cette année, l’espoir, même mesuré, de meilleures ventes est permis. Échaudés par leur précédente déroute, les revendeurs craignent que les prix ne fassent fuir les clients.

«Pour l’instant, nous commençons à peine à faire venir le bétail. Nous préférons attendre quelques jours avant la grande fête attendue dans deux semaines pour faire venir l’ensemble des troupeaux. Et la raison est bien simple. Il faut nourrir les animaux. L’alimentation d’une seule chèvre peut coûter entre 25.000 et 30.000 francs guinéens. Faites par vous-même le calcul si un maquignon dispose de 20 caprins... même 100 000 francs ne lui suffiraient pas» raconte Aldjouma Diallo, vendeur de bétail.

Entre maladies, coût élevé de l’alimentation et risques de pertes, les vendeurs scrutent le marché avec appréhension. Les investissements étant conséquents, chaque décision pas suffisamment réfléchie peut se révéler catastrophique aussi bien pour les éleveurs que les revendeurs.

Par Mamadou Mouctar Souaré (Conakry, correspondance)
Le 13/05/2026 à 13h04