L’Afrique demeure faiblement représentée dans le secteur de la production automobile mondiale. En 2025, la production automobile des pays africains s’est établie à 1,23 million d’unités, en recul de 0,3% par rapport à celle de l’année précédente.
Avec une production mondiale de 96,4 millions d’unités, en hausse de 3,9% par rapport à l’année précédente, le continent ne pèse que 1,3% de la production mondiale dominée par la Chine (34,5 millions d’unités), les États-Unis (10,2 millions), le Japon (8,4 millions) et l’Inde (6,5 millions).
En plus de sa faiblesse en volume, la production africaine est concentrée dans deux pays. En effet, toutes catégories de voitures confondues (particulier, commerce, camions, autocars, minibus…), l’Afrique du Sud et le Maroc concentrent plus de 91,10% de la production automobile du continent, avec respectivement 618.077 unités et 501.965 unités, soit 50,3% et 40,8% de parts de marché, selon les données du rapport Automotive Trade Manual 2026 de NAAMSA, le Conseil des entreprises automobiles d’Afrique du Sud.
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Ce sont les seuls pays du continent à disposer de véritables écosystèmes automobiles, un environnement des affaires favorable, des ressources humaines qualifiées et des marchés intérieurs relativement significatifs. Ces deux pays disposent également de capacités logistiques conséquentes et se sont dotés d’une vision stratégique de développement de leur industrie automobile.
Le reliquat étant le fait de plusieurs pays dont l’Égypte, l’Algérie, le Nigeria, l’Ouganda, le Ghana, la Tunisie, … qui se partagent une production totale de 108.970 unités.
Afrique du Sud: champion toutes catégories
En 2025, selon les données de NAAMSA, le pays a produit 618.077 unités, contre 600.473 unités en 2024, soit une hausse de 2,9%. Avec ce volume, l’Afrique du Sud assure 50,3% de la production automobile du continent et se positionne au 21e rang mondial.
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L’Afrique du Sud compte une vingtaine de producteurs dont des constructeurs de voitures particulières (Ford, Nissan (remplacé par Chery), BMW, Toyota, Mercedes, Isuzu et Volkswagen) et commerciales (Iveco, UD Trucks, Man, Hyundai, Marcopolo, Volvo, FAW…). Ces acteurs reposent sur un véritable écosystème comptant plus de 500 sous-traitants et équipementiers dont 175 de premiers rangs (à 75% de multinationales).
Ainsi, de nombreux composants de véhicules (système d’échappement, châssis, pièces de moteurs, pneus, batteries, boite de vitesses, pièces de freins, filtres…) sont manufacturés localement avec en moyenne 40% de contenu local pour les véhicules produits en Afrique du Sud.
Toutefois, pris globalement, le taux d’intégration du secteur automobile sud-africain s’est établi à 23,80% en 2025, contre 22,6% en 2024.
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Au niveau des voitures particulières, malgré une présence de sept constructeurs, le pays n’a produit que 329.600 unités en 2025, contre 493.004 unités par le Maroc. Cela s’explique par les faibles capacités de production des unités installées. Plusieurs modèles sont produits dans le pays dont BMW X3, Mercedes C-Class, Toyota Corolla, Volkswagen Polo,Hilux, Navara, D-Max, Ranger…
L'Afrique a produit 1,23 million de voitures en 2025, soit 1,3% de la production automobile mondiale (96,4 millions d'unités). Cette production est répartie ainsi: Afrique du Sud (618 077 unités), Maroc (501 965 unités) et reste de l'Afrique (108 970 unités).
Faisant de l’automobile un secteur stratégique, les autorités sud-africaines se sont fixées l’objectif de produire annuellement 1,4 million de véhicules à l’horizon 2035, pour peser 1% de la production automobile mondiale. Pour y arriver, le pays compte attirer de nouveaux investisseurs dans les modèles nouvelle génération, notamment les véhicules électriques.
Cependant, la production automobile sud-africaine fait face à de nombreux défis. En premier lieu, les problèmes structurels de l’économie sud-africaines dont les problèmes de logistiques et de déficit en électricité. Ensuite, l’industrie locale doit faire face à la concurrence chinoise avec ses véhicules au rapport qualité/prix imbattable.
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En outre, l’industrie automobile locale doit faire face au désengagement de certains constructeurs. Ainsi, le Japonais Nissan a cédé cette année son site historique de Rosslyn au chinois Chery. Pour sa part, l’Allemand Volkswagen, leader de la production automobile en Afrique du Sud, a placé son usine de Kariega sous surveillance. Ces désengagements inquiètent car l’Allemand assure plus de 35% de la production automobile du pays.
De même, Stellantis a suspendu temporairement, en mars dernier, son projet d’usine d’assemblage d’un pick-up en Afrique du Sud, jugeant que le projet «ne sera pas viable uniquement avec un pick-up».
D’autre part, le secteur fait face à la surtaxe automobile imposée par les États-Unis sur les véhicules. L’Afrique du Sud exportait vers États-Unis autour de 30.000 unités annuellement. Enfin, l’autre menace importante et vitale, est celle de la transition vers les véhicules électriques pour laquelle le pays accuse un retard notable. C’est une menace existentielle sachant que plus de 70% des exportations sud-africaines de voitures vont vers le marché européen (Allemagne, Royaume-Uni, Belgique…).
Maroc: leader de la production de voitures particulières
Au Maroc, la production automobile, toutes catégories confondues, s’est établie à 501.965 unités, selon les données de NAAMSA, soit 40,8% de la production automobile du continent. Cette production est en baisse de 11,50% par rapport à celle de 2024 (559.645 unités).
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La quasi-totalité de la production automobile marocaine est constituée de véhicules particuliers. En 2025, pas moins de 493 004 véhicules particuliers ont été produits au Maroc, soit 98,21% de la production du pays. Sur ce segment, le Maroc creuse l’écart avec l’Afrique du Sud (329.500 unités), en produisant 163.404 voitures particulières de plus que le pays arc-en-ciel, confirmant sa domination continentale depuis 2019.
Cette production de véhicules particuliers est assurée par deux opérateurs -Renault Group Maroc et Stellantis Maroc- qui s’appuient sur un écosystème de plus de 260 équipementiers.
Renault Group Maroc, filiale du constructeur français Renault, est de loin le premier producteur automobile du continent africain. Celle-ci, inaugurée en 2012 dans la zone franche de Tanger, a produit 394 474 véhicules en 2025, au niveau des sites de Tanger et Casablanca.
Ce volume est en baisse de 5% par rapport à celui de record de 2024. En détail, 299 395 unités ont été produit au niveau de la plateforme Renault Group de Tanger et 95.079 unités au niveau de l’usine Renault Group de Casablanca (Somaca).
Plusieurs modèles sont produits dont Logan, Sandero, Sandero Stepway, Dokker, Renault Express, Lodgy…
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La filiale marocaine de Renault s’appuie sur un écosystème d’environ 90 partenaires locaux lui permettant d’afficher un taux d’intégration de 65,5% (hors mécanique). Et avec une capacité installée de 500 000 véhicules par an, le groupe vise désormais jusqu’à 80% d’intégration locale à l’horizon 2030 avec trois milliards d’euros de chiffre d’affaires de sourcing local.
Ainsi, le site tangérois, avec près de 300.000 unités produites en 2025, s’impose comme l’un des actifs industriels les plus performants du groupe à l’échelle mondiale, combinant volumes élevés, intégration industrielle avancée et compétitivité coûts.
Fort de ces résultats, Renault Group Maroc a annoncé de nouveaux projets avec le renouvellement de la gamme Dacia Sandero, Logan, Jogger avec une version hybride de Dacia Sandero.
Pour sa part, si l’on s’en tient aux données de NAAMSA et de Renault Tanger Maroc, Stellantis Maroc aurait produit autour de 98.530 unités en 2025. Parmi les modèles produits figurent la Peugeot 208 et les quadricycles électriques (Citroën Ami, Opel Rocks-e et Fiat Topolino). L’usine de Kenitra s’appuie sur un écosystème de de plus de 70 fournisseurs et équipementiers locaux avec un taux d’intégration de 70% et une cible de 80%.
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La filiale marocaine du groupe automobile multinational franco-italo-américain Stellantis a vu ses capacités de production passer de 200.000 à 535.000 unités par an dont 400.000 véhicules thermiques et électriques et 135 000 unités de micromobilité, à la suite de l’inauguration de l’extension de son usine de Kenitra en juillet 2025. Cette extension permettra de lancer de nouveaux véhicules dont la Giga Panda sept places et le Fastback.
À côté des véhicules particulières, Stellantis poursuit le développement de solutions de micromobilité en augmentant la capacité de production des modèles Citroën ami, Opel Rocks-e, Fiat Topolino avec une capacité passant de 20.000 à 70.000 unités. L’usine de Kenitra a également entamé la production d’engins à trois roues 100% électriques pour une capacité de 65.000 unités. Ainsi, la capacité de la micromobilité installée à Kenitra passe à 135.000 unités.
La plateforme de Stellantis Maroc produit également des moteurs ave une capacité de production annuelle de 350.000 unités dont la nouvelle génération de moteurs hybrides MHEV -Mild Hybrid.
Et pour accompagner la transition vers les voitures électriques, Stellantis a lancé la production de 204.000 bornes par an.
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Avec Renault Tanger Maroc et Stellantis Maroc, le Royaume consolide sa position en tant que plateforme industrielle automobile de référence dotée actuellement d’une capacité de production de plus d’un million de véhicules par an.
En dehors des voitures particulières produites par Renault Group Maroc et Stellantis Maroc, la production automobile marocaine comporte aussi le montage de camions et de véhicules utilitaires, un secteur en expansion porté par d’importants partenariats internationaux et la forte demande logistique. Le Royaume en a produit 8.961 unités en 2025.
Parmi les principales lignes de production figurent celles des camions Foton (Africa Motors/Auto Hall), Shacman X6000 (Shacman/Premium Group), du DFAC (Dongfeng Motor) qui partage des lignes de production avec les marques de renommées, telles que Mercedes-Benz et Isuzu,…
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Derrière les deux principaux producteurs que sont l’Afrique du Sud et le Maroc, tous les autres pays africains ont produit l’équivalent de 108 970 unités. L’Algérie, avec une production d’environ 53.000 unités se positionne au troisième rang des producteurs africains d’automobile. L’Égypte, le Nigeria, le Ghana, la Tunisie et l’Ouganda demeurent des producteurs très mineurs.
Quid des perspectives? Selon le groupe Fitch, la production automobile africaine devrait atteindre 1,5 million d’unités en 2026 et environ 2,2 millions d’ici 2035. Toutefois, les constructeurs africains, notamment marocains et sud-africains dont plus de 80% de la production globale est exportée devraient s’adapter rapidement pour ne pas rater le virage électrique de l’industrie automobile.






