L’ère des opérations coups de poing répétés contre les sites clandestins d’orpaillage est révolue. Samedi 5 septembre, la Côte d’Ivoire a changé de logiciel. C’est suite à un constat d’échec qu’est né le plan adopté à Yamoussoukro. En effet, l’adoption d’un plan d’actions national contre l’orpaillage illégal marque un tournant doctrinal majeur dans la stratégie sécuritaire et minière de la Côte d’Ivoire.
Au terme de 48 heures de travaux réunissant 157 participants à Yamoussoukro, les autorités ont enterré l’approche purement répressive fondée sur les déguerpissements successifs. Le constat est sans appel: malgré 8 500 opérations, plus de 1 000 sites déguerpis, 4 665 individus déférés et la saisie de 745 pelleteuses entre juillet 2021 et juillet 2026, le phénomène persiste, les sites se recolonisent et les réseaux se reconstituent.
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Le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, le général Diomandé Vagondo, le reconnait avec lucidité en clôture: l’approche des déguerpissements «a montré ses limites». La nouvelle feuille de route, articulée autour du renseignement, de la coordination et de la dissuasion, change de paradigme. Il s’agit désormais d’instaurer un contrôle permanent du territoire, et non plus une succession d’interventions ponctuelles.
Premier pilier de cette refonte: la production et la centralisation de la donnée. La cartographie systématique des sites légaux et illégaux, couplée à la constitution de fichiers biométriques des acteurs impliqués, vise à combler un angle mort structurel. Jusqu’ici, la puissance publique intervenait souvent à l’aveugle, sans connaissance fine des implantations, des volumes d’exploitation ni des chaînes de commandement locales. Désormais, le renseignement, l’alerte et la surveillance deviennent le socle de l’action.
L’extension du dispositif d’alerte aux autorités préfectorales et la redynamisation des comités départementaux de sécurité consacrent une décentralisation de la veille sécuritaire. Le préfet n’est plus un simple exécutant ; il devient un pivot opérationnel, avec un engagement public: l’éradication de l’orpaillage illégal dans un délai de six mois. Une responsabilisation à échéance fixe qui introduit une logique de redevabilité, encore inhabituelle dans la gestion des crises sécuritaires locales.
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Sur le plan opérationnel, deux innovations retiennent l’attention. D’une part, le renforcement du Groupement spécial de lutte dans les régions les plus touchées traduit une volonté de concentrer les moyens sur les zones de forte pression. D’autre part, la création de 21 pelotons de sécurité fluviale sur les principaux cours d’eau est une réponse directe à une réalité logistique trop longtemps négligée.
L’orpaillage illégal se développe le long des axes fluviaux, véritables autoroutes de contournement des contrôles terrestres. En sécurisant ces corridors, l’État s’attaque aux routes de ravitaillement en matériel et en main-d’œuvre, autant qu’aux voies d’évacuation de l’or. La coopération transfrontalière avec le Libéria, le Mali et le Ghana complète ce dispositif. L’orpaillage illégal est un marché régional, et toute stratégie purement nationale bute sur la porosité des frontières.
Le volet judiciaire, enfin, opère une montée en gamme répressive. L’aggravation des peines, la confiscation des biens des condamnés et surtout l’érection en infraction pénale autonome du financement et de la facilitation traduisent une volonté de frapper les commanditaires, souvent épargnés au profit des exécutants.
C’est une rupture: l’orpaillage illégal n’est plus traité comme un simple délit d’exploitation clandestine, mais comme une activité criminelle organisée, avec ses bailleurs de fonds, ses fournisseurs de moyens et ses facilitateurs fonciers.
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Reste une question de fond: avec plus de 15 milliards de francs CFA mobilisés en cinq ans, le coût de la lutte exige des résultats mesurables. Le plan adopté ce samedi y répond partiellement, en posant les bases d’un suivi territorialisé et d’une coordination interministérielle.
Mais son succès dépendra de la capacité des préfets à tenir leurs engagements, de la réalité de la coopération régionale et de l’effectivité des sanctions financières. Le général Vagondo parle de «feuille de route pour l’ensemble des acteurs». C’est désormais sur le terrain que s’évaluera la crédibilité de l’État.
