C’est une vitrine continentale dominée par les entrepreneurs africains dont le Gitex Africa a confirmé son positionnement en tant que carrefour des dynamiques numériques africaines, en attirant à Marrakech une diversité de start-up issues de plusieurs régions du continent. L’événement dépasse désormais la logique de salon technologique pour devenir un lieu d’échanges commerciaux, de financement et de structuration des écosystèmes.
Une présence massive de jeunes entreprises venues du Nigeria, du Kenya, du Sénégal, du Rwanda ou encore d’Égypte illustre cette transformation. «Le Gitex nous permet de rencontrer des investisseurs que nous n’aurions pas pu approcher localement», explique Ibrahim Adeyemi, fondateur d’une start-up nigériane spécialisée dans les paiements digitaux. «Pour une PME africaine, l’accès au marché passe désormais par ce type de plateforme continentale».
L’intérêt du Gitex Africa réside également dans sa capacité à connecter les start-up à des partenaires industriels et financiers. Plusieurs entrepreneurs mettent en avant la dimension opérationnelle du salon, loin d’une simple exposition.
Awa Diop, cofondatrice d’une plateforme sénégalaise d’e-santé, souligne ainsi que «nous souhaitons que les discussions engagées ici débouchent directement sur des pilotes ou des contrats. Le GITEX agit comme un accélérateur concret pour des entreprises africaines qui cherchent à changer d’échelle».
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Un constat partagé par Jean-Paul Nshimiyimana, entrepreneur rwandais dans la data: «Nous venons à Marrakech pour structurer notre croissance. Le continent commence à disposer de ses propres espaces pour construire des champions numériques».
La densité des projets présentés met en évidence une évolution qualitative des modèles développés sur le continent. Les solutions exposées répondent de plus en plus à des problématiques locales, qu’il s’agisse d’inclusion financière, d’agriculture intelligente ou de logistique.
«L’Afrique n’est plus seulement un marché pour les technologies importées. Nous développons des solutions adaptées à nos réalités», affirme Kevin Otieno, fondateur d’une start-up kényane spécialisée dans l’agritech. Une telle dynamique confère au Gitex Africa un rôle structurant dans la consolidation d’une identité numérique propre au continent.
Des infrastructures devenues un enjeu central
Ce basculement vers une production locale de solutions numériques s’accompagne d’un besoin accru en infrastructures. L’essor des applications et des services digitaux implique des capacités renforcées en matière de traitement, de stockage et de sécurisation des données.
«Notre principal défi reste l’accès à des infrastructures fiables et proches de nos marchés», indique Fatou Bensouda, dirigeante d’une start-up gambienne active dans les services cloud. «Sans data centers performants, la croissance des start-up africaines reste limitée».
C’est dans ce contexte que des acteurs industriels comme Vertiv trouvent leur place au Gitex Africa. Le groupe met en avant des solutions dédiées aux infrastructures critiques, notamment l’alimentation électrique et le refroidissement des data centers.
L’entreprise insiste sur la nécessité d’accompagner la montée en puissance des usages numériques par des infrastructures capables de garantir continuité, performance et efficacité énergétique. Les solutions présentées reposent sur des modèles modulaires permettant d’adapter progressivement les capacités aux besoins des marchés.
Un tel positionnement s’inscrit dans une logique de soutien indirect aux écosystèmes de start-up, dont la croissance dépend désormais de la robustesse des infrastructures sous-jacentes.
L’organisation du Gitex Africa à Marrakech contribue à renforcer le rôle du Maroc comme point de convergence des dynamiques numériques africaines. Le pays bénéficie d’atouts structurels liés à sa position géographique, à ses infrastructures et à son intégration avec les marchés européens.
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Pour de nombreux entrepreneurs, le Royaume apparaît comme une porte d’entrée vers des marchés élargis. «Le Maroc offre un environnement propice pour tester et déployer des solutions à l’échelle régionale», estime Salma fondatrice d’une start-up marocaine spécialisée dans la cybersécurité.
Cette attractivité renforce la fonction du Gitex comme plateforme de mise en relation entre écosystèmes africains et partenaires internationaux.
La dynamique observée à Marrakech traduit une évolution plus large du paysage numérique africain. L’augmentation du nombre de start-up, la diversification des secteurs et l’émergence de besoins en infrastructures redessinent progressivement la chaîne de valeur.
«Le Gitex montre que l’Afrique est en train de structurer son propre écosystème technologique», résume Ibrahim Adeyemi. Une telle évolution repositionne le continent dans les équilibres numériques mondiaux, en renforçant son rôle en tant que producteur de solutions.
À mesure que ces dynamiques se consolident, l’enjeu se déplace vers la capacité à soutenir cette croissance par des investissements adaptés, notamment dans les infrastructures critiques et les plateformes technologiques.
