Guinée: la diplomatie au cœur de la stratégie de restitution du patrimoine culturel spolié durant la colonisation

La stratégie de restitution du patrimoine culturel guinéen spolié durant la colonisation.

Le 04/07/2026 à 15h37

VidéoDes objets emblématiques ayant appartenu à l’Almamy Samory Touré, conservés en France, aux nombreuses œuvres dispersées dans les musées étrangers, la Guinée entend poursuivre la récupération de son patrimoine culturel. Une démarche que les autorités présentent comme fondée sur la recherche scientifique, la coopération internationale et une diplomatie culturelle privilégiant le dialogue plutôt que la confrontation.

La restitution des biens culturels africains demeure l’un des grands enjeux des relations entre les anciennes puissances coloniales et les États du continent africain. En Guinée, les autorités affirment privilégier une approche progressive, fondée sur le dialogue et le respect mutuel.

Au cours d’une récente mission en France, une délégation guinéenne a notamment visité le Musée de l’Armée, aux Invalides, où sont conservés plusieurs objets ayant appartenu à l’Almamy Samory Touré, figure majeure de la résistance.

«Nous nous sommes récemment rendus en mission en France. Nous avons notamment visité le Musée de l’Armée, aux Invalides. C’est cette coopération gagnant-gagnant que nous poursuivons, fondée sur le respect réciproque que nous entretenons avec l’ensemble des pays où résident des biens ou des éléments de notre patrimoine. C’est le cas avec la France. Parce que ces biens, nous souhaitons qu’ils reviennent. Mais nous voulons que cela se fasse dans le cadre d’une diplomatie culturelle, dans le respect mutuel», confie Moussa Moïse Sylla, ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat.

Au-delà des pièces déjà identifiées, les autorités estiment que de nombreux objets d’origine guinéenne restent encore méconnus, dispersés dans plusieurs institutions muséales à travers le monde. Leur identification constitue désormais un chantier prioritaire, qui nécessite un important travail scientifique.

«Bien d’autres biens appartenant à notre pays sommeillent dans plusieurs musées. Comment les connaître ? Comment savoir ce que racontent ces biens ? Comment comprendre leur ancrage au sein des communautés de notre pays ? Il faut des études, il faut des recherches approfondies. Cela ne se fait pas du jour au lendemain», indique toujours le ministre Moussa Moïse Sylla.

Pour les spécialistes du patrimoine, la Guinée s’inscrit désormais dans une dynamique déjà engagée par plusieurs pays africains ayant obtenu le retour d’une partie de leurs biens culturels.

«Il y a des pays qui sont très en avance comme le Bénin ou encore le Sénégal. Mais la Guinée a également amorcé ce processus, de manière peut-être plus diplomatique. Je pense que, progressivement, nous allons récupérer ce patrimoine qui a été spolié durant la période coloniale et qui a vocation à revenir légitimement à la Guinée», fait remarquer le Pr Moustapha Keïta Diop, anthropologue.

Entre diplomatie culturelle, recherche scientifique et coopération internationale, la Guinée affiche ainsi sa volonté de mieux documenter son patrimoine et de créer les conditions d’un retour progressif des œuvres qui constituent une part essentielle de sa mémoire historique. Une démarche qui pourrait également renforcer les relations culturelles entre Conakry et les pays détenant encore une partie de cet héritage.

Par Mamadou Mouctar Souaré (Conakry, correspondance)
Le 04/07/2026 à 15h37