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Voici les pays africains qui ont reçu le plus d’investissements directs étrangers en 2020, selon la CNUCED

Mise à jour le 23/06/2021 à 14h34 Publié le 23/06/2021 à 14h29 Par Moussa Diop

#Economie
Economies africaines
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#Maroc : A cause de la pandémie du Covid-19 et de ses impacts, les flux d’investissements directs étrangers (IDE) ont baissé de 15,6% à 39,8 milliards de dollars en 2020, selon les données du rapport de la CNUCED. Les investissements sont concentrés dans une poignée de pays et de secteurs d’activité.

La pandémie du Covid-19 a impacté les flux d’investissements directs étrangers (IDE) à destination du continent africain. Outre les réductions de la mobilité des voyageurs et les restrictions sanitaires, le ralentissement de la croissance économique du continent enregistré en 2018 et 2019 ont impacté négativement les flux d’investissements à destination du continent.

Durement touchés par la crise sanitaire, plusieurs firmes ont mis en veilleuse certains de leurs projets de développement au niveau du continent en attendant d’avoir plus de visibilité sur l’évolution de la conjoncture. Une situation qui s’est traduite par une chute des projets greenfield et de financement de projets internationaux. La chute des prix de plusieurs matières premières durant l’année 2020, dans le sillage de la baisse de la demande mondiale, a également fortement ralenti l’engagement de certaines multinationales.

L’Afrique a vu ses flux d’IDE baisser de -15,6% à 39,8 milliards de dollars, soit le plus bas niveau depuis 15 ans, selon le rapport de la Cnuced. L’Afrique n’a ainsi capté que 4,0% du flux des IDE dans le monde.

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A l’instar des précédentes années, c’est l’Egypte qui a attiré le plus d’IDE malgré un flux qui a fortement reculé de -35,1% à 5,9 milliards de dollars.

Depuis la découverte du champ gazier de Zohr en mer Méditerranée, l’Egypte et les majors du secteur pétrolier accentuent leurs investissements dans l’exploitation et le développement des champs gaziers du pays. Ainsi, en 2020, le développement du projet offshore Baltim South West, le champ de Katameya et la troisième phase du projet Kamose-Nord Sinaï ont été annoncés comme prioritaire. Devenue 13e producteur mondial de gaz et autosuffisant, l’Egypte espère améliorer son rang de producteur majeur de gaz au niveau de la région.

Loin derrière suit le Congo avec un flux en hausse de 19,3% à 4 milliards de dollars. Ces investissements pont été soutenus par le secteur pétrolier avec le démarrage des investissements dans les champs pétroliers offshore.

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L’Afrique du Sud, avec un flux de 3,1 milliards de dollars, enregistre  également une chute de -39,4%. Le plus gros investissement du pays a été réalisé par PepsiCo qui a acquis Pionner Foods pour un investissement de 1,7 milliard de dollars.

Le Nigéria et l’Ethiopie bouclent le top 5 avec chacun un flux de 2,4 milliards de dollars. La première puissance économique du continent, le Nigéria, a vu ses flux d’IDE croître légèrement de 2,3 à 2,4 milliards de dollars. Outre les investissements dans le secteur pétrolier, dont le pays est le premier producteur du continent, les investissements étrangers ont concerné surtout les infrastructures dont la réalisation du port en eau profonde de Lekki Deep Sea port qui a bénéficié d’un investissement de 221 millions de dollars de China communications construction company dans un projet de 629 millions de dollars.

Quant à l’Ethiopie, les IDE, en hausse de 6,1%, ont surtout été orientés vers les industries manufacturières, agricoles et hôtelières. Le programme initié par le gouvernement, visant à attirer les investissements étrangers, a permis l’implantation de nombreuses entreprises chinoises dans le secteur manufacturier.

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Ces 5 pays ont reçu un flux cumulé de 17,8 milliards de dollars d’IDE, soit 44,5% des flux globaux à destination du continent africain en 2020. Une situation qui atteste de la concentration de ces flux dans une poignée de pays.

A part des 5 principaux bénéficiaires, d’autres pays ont drainé des flux importants. Ainsi, le Mozambique a réussi à attirer 2,3 milliards de dollars d’IDE grâce à la mise en œuvre du colossal projet d’investissement gazier de 20 milliards de dollars, mené par le pétrolier français Total. Toutefois, ce projet a été retardé par la pandémie du Covid-19 et par les attaques terroristes des Shebab mozambicains.

Le Ghana qui avait enregistré une forte hausse des flux d’IDE en 2019, à 3,9 milliards, a vu ses investissements entrants chuter de 52% à 1,9 milliard de dollars. Une chute liée aux effets de la pandémie du Covid-19 sachant que la moitié des IDE du pays était orientée vers le secteur manufacturier.

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Concernant le Maroc, qui figurait parmi les principaux bénéficiaires des IDE du continent, les flux sont restés quasiment inchangés à hauteur de 1,8 milliard de dollars. Contrairement aux autres pays, le profil des IDE vers le Maroc sont diversifiés et fortement orientés vers les industries manufacturières, notamment l’automobile, l’aéronautique, le textile, etc.

La République démocratique du Congo (RDC) a vu ses flux d’IDE légèrement croître à 1,7 milliard de dollars grâce aux investissements dans le secteur minier soutenus par une forte demande du cobalt, tirée par le secteur de la téléphonie et des batteries électriques et encouragée par l’explosion des prix de certains métaux dont le cobalt et le cuivre.

Le Sénégal a été l’un des rares pays a enregistré une forte hausse de ses flux d’IDE en 2020, comparativement à l’année précédente, avec des investissements entrants en hausse de 39% à 1,5 milliard de dollars, tirée par les investissements dans l’énergie, notamment dans le pétrole  gaz et dans les énergies renouvelables. 

Toutefois, la situation devrait évoluer avec la reprise économique qui s’amorce. En effet, plusieurs projets en greenfield ont été annoncés en 2019 et 2020 dans les domaines des infrastructures (76 milliards de dollars pour 19 projets), les énergies renouvelables (20 milliards de dollars pour 79 projets), agriculture et agroalimentaire (9 milliards de dollars pour 112 projets),…

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En outre, le redressement des matières premières depuis le début de l’année (fer, cuivre, cobalt, pétrole, etc.) et le développement de certains secteurs d’activité dont les énergies renouvelables pourraient aussi contribuer à la redynamisation des flux d’IDE à destination du continent africain. De même, le financement des investissements internationaux pour les grands projets d’infrastructures pourrait connaître une nouvelle impulsion dans de nombreux pays, notamment dans les pays qui enregistrent de fortes croissance (Côte d’Ivoire, Ghana, Ethiopie, Kenya, Tanzanie, Ouganda, etc.) et ceux qui bénéficient de la reprise du cours du baril de pétrole (Algérie, Angola, Nigéria, Libye, Niger,…).

En dépit des perspectives intéressantes, la CNUCED ne projette qu’une hausse marginale des flux d’IDE en 2021. La vaccination de la population africaine qui est encore négligeable et les problèmes sécuritaires liés au terrorisme, notamment au Mozambique, au Sahel et au niveau du lac Tchad (Nigéria, Tchad, Centrafrique, Cameroun et Niger), peuvent contribuer à freiner les flux d’IDE en 2021.

Toutefois, la CNUCED entrevoit une reprise plus dynamique à partir de 2020 dans le sillage d’une reprise vigoureuse de la demande mondiale de matières premières et de l’impact de la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf).
Le 23/06/2021 Par Moussa Diop