Mauritanie: le blogueur Mkheitir toujours en détention, même après avoir purgé sa peine

Le blogueur mauritanien n'a toujours pas humé l'air de la liberté, même après avoir purgé sa peine.

Le blogueur mauritanien n'a toujours pas humé l'air de la liberté, même après avoir purgé sa peine. . DR

Le 28/04/2018 à 08h57, mis à jour le 28/04/2018 à 09h02

Alors que les défenseurs de la liberté d'expression avaient crié victoire après la transformation de sa condamnation à mort en une peine plus légère de 2 ans, déjà purgée, le blogueur mauritanien, Mohamed Ould Mkheitir n'est toujours pas libre.

Mohamed Ould Mkheitir, un jeune blogueur mauritanien, initialement condamné à mort par une cour criminelle pour «apostasie» et finalement reconnu coupable de «mécréance» par la cour suprême, qui a ramené sa peine à 2 ans de prison ferme en novembre 2017, peine purgée en préventive, se trouve actuellement en posture de détention administrative.

Cette révélation a été faite vendredi par Rassoul Ould El Khal, commissaire adjoint aux droits de l’homme de la Mauritanie, et délégué dans le cadre de la réunion de la 62e session de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), qui tient actuellement ses assises au Centre Internationale des conférences de Nouakchott (CICN).

Prenant la parole au cours d’une séance plénière au nom de la Mauritanie, le commissaire adjoint aux droits de l’homme a répondu à ce qu'il a appelé les «allégations mensongères de certaines associations soutenant la thèse de la disparition de Mohamed Ould Mkheitir, dont le dossier a fait l’objet d’un pourvoi de la part du parquet général, et qui se trouve depuis lors en détention administrative».

Le responsable gouvernemental mauritanien répondait ainsi aux déclarations de maître Fatimata M’Baye, avocate du blogueur et présidente de l’Association mauritanienne des droits de l’homme (AMDH), affirmant tout ignorer du sort de son client «qui se trouve dans une situation de disparition de fait».

Présent lors de cette plénière,Sarr Mamadou, président du Forum national des organisations de droits humains (FONADH-un collectif d’une vingtaine d’ONG), a également exprimé la vive préoccupation du ce vaste collectif par rapport au cas de Mohamed Ould Mkheitir.

Ainsi, suite à cette «information» donnée par le commissaire adjoint aux droits de l’homme, le président du FONADH s’interroge sur «l’existence de la mesure de détention administrative dans la législation pénale mauritanienne», précisant qu’il s’agit d’une pratique liée à une période d’exception.

Il estime par ailleurs que même en cas de détention à titre administratif, les proches et les avocats du blogueur ont le droit de savoir dans quel endroit il se trouve.

Des milieux considérés comme proches de la mouvance islamiste ont organisé plusieurs marches exigeant l’exécution de Mohamed Ould Mkheitir

Après le verdict de la cour suprême ramenant à 2 ans de prison la peine du blogueur, les autorités mauritaniennes ont initié une nouvelle loi comportant la peine de mort contre les individus reconnus

coupables de mécréance.

Dans la gestion de cette affaire aux allures de feuilleton depuis plus de 3 ans, les autorités de Nouakchott se retrouvent en définitive entre le marteau d’une opinion proche des milieux islamistes, et intraitable par rapport à tout ce qui touche à la religion, et l’enclume de ses engagements internationaux en faveur des droits humains.

Par Cheikh Sidya (Nouakchott, correspondance)
Le 28/04/2018 à 08h57, mis à jour le 28/04/2018 à 09h02