Mauritanie: les raisons du retrait d'un parti de l'opposition du suivi de la gestion de la pandémie du Covid-19

Ibrahima Moctar Sarr, leader de l'AJD/MR
Ibrahima Moctar Sarr, leader de l'AJD/MR. DR
Le 19/06/2020 à 09h03, mis à jour le 19/06/2020 à 13h26

Après les islamistes de Tawassoul, les membres de l'Alliance pour la justice et la démocratie-Mouvement pour la réconciliation (AJD-MR) ont eux aussi décidé de quitter la Commission interministérielle de lutte contre le Covid-19. Et ont listé les griefs et les manquements de celle-ci. Explications.

L'Alliance pour la justice et la démocratie-Mouvement pour la réconciliation (AJD-MR), un parti de l'opposition issu de mouvance nationaliste noire, ne veut pas servir d’alibi à la bonne gouvernance, dans un contexte d’absence de transparence.

C'est du moins le constat auquel sont arrivés les camarades de Sarr Ibrahima Moctar, plusieurs fois candidat malheureux à une présidentielle en Mauritanie. Ils ont donc annoncé le retrait de leur formation, de la coordination des partis représentés à l’Assemblée nationale, pour le suivi de la gestion du fonds alloué à la lutte contre pandémie du coronavirus (Covid-19) en Mauritanie, dont, estiment-ils, «les conséquences sont de plus en catastrophiques» dans une déclaration rendue publique mercredi dernier, 17 juillet 2020. 

Ce fonds, rappelle-t-on, est alimenté à hauteur 25 milliards d’anciennes ouguiyas (675 millions de dollars) par l’Etat et d’autres contributions de privés nationaux et partenaires au développement.

Une décision motivée par «une gestion unilatérale de la pandémie par le gouvernement, qui se manifeste tant au niveau de la distribution des vivres aux populations nécessiteuses, que de la non-implication réelle des forces politiques de la société civile dans la campagne. Mais aussi et surtout par l’attitude insupportable des forces de l’ordre vis-à-vis de citoyens, déjà éprouvés par un long confinement. Un comportement dur et arrogant, qui a conduit au meurtre de notre compatriote Abass Diallo, sous les balles d’un soldat».

Abass Diallo exerçait le métier de charretier. Originaire du village de Dabe, près de la préfecture de M’Bagne (située à 400 kilomètres au sud-est de Nouakchott, dans la vallée du fleuve Sénégal), il a été abattu par une patrouille chargée de faire respecter la mesure de fermeture de la frontière au cours de la nuit du 27 au 28 mai 2020, alors qu’il transportait de la marchandise pour un présumé trafiquant.

«Devant le tollé et l’émotion générale suscitée par ce drame, la réponse inacceptable des autorités militaires, traitant la victime de repris de justice, au lieu de s’incliner devant sa mémoire, est venue renforcer le sentiment d’arrogance», selon la déclaration d’AJD-MR.

Ce parti rappelle par ailleurs que la présence de la coordination des partis politiques représentés à l’Assemblée nationale, au comité de suivi de la gestion du fonds Covid-19 «n’a été acceptée qu’après deux mois de tergiversations de la part des autorités gouvernementales».

En définitive, le parti estime que «sa bonne volonté à contribuer à la lutte la pandémie du coronavirus (Covid-19) n’a pas de répondant du côté des pouvoirs publics».

Par Cheikh Sidya (Nouakchott, correspondance)
Le 19/06/2020 à 09h03, mis à jour le 19/06/2020 à 13h26