Mauritanie: le célèbre érudit Cheikh Ridha, le Madoff mauritanien, entendu par les limiers anti-corruption

Cheikh Ridha Mohamed Nagi, célèbre érudit mauritanien, derrière la plus grosse arnaque du pays.. DR

Le 03/11/2020 à 08h01, mis à jour le 03/11/2020 à 08h05

Cheikh Ridha Mohamed Nagi, célèbre érudit mauritanien, à l'origine du système de Ponzi qui a touché plus de 8.900 personnes, est rattrapé par ses actes délictueux. Longtemps protégé par l'ancien régime de Mohamed ould Abdel Azuz, il a enfin été entendu par la police anti-corruption.

L’enquête préliminaire sur la décennie de gouvernance du régime Mohamed ould Abdel Aziz (2008/2019) n’est toujours pas bouclée.

Les limiers de la police chargée de la répression des infractions à caractère économique et financier ont en effet entendu, il y a quelques jours, Cheikh Ridha Mohamed Nagi, un érudit devenu célèbre pendant les dernières années du régime Mohamed ould Abdel Aziz. Et pour cause, une vaste affaire d’arnaque foncière présumée, dont les dommages ont affecté plusieurs milliers de personnes.

Les victimes du «Madoff mauritanien» auraient perdu un montant global de 70 milliards d’ouguiyas anciens, soit environ 200 millions de dollars.

L’«Affaires Cheikh Ridha», un érudit aux dons «mystiques» pour certains, mais qui n’a pas tardé à révéler son vrai visage, celui d’arnaqueur invétéré, à l’origine d'une vaste escroquerie au système de Ponzi, qui a fait 8.900 victimes.

Le mode opératoire est un gros prix d’achat, bien au-dessus de la valeur réelle d’un bien immobilier qu’on veut accaparer. Cheikh Ridha remet une modique somme d’argent en cash immédiat au vendeur sous forme d’avance, et le reste est à crédit.

Seulement, la suite est un feuilleton interminable, car le reliquat, c’est-à-dire le gros montant de la transaction, n’est jamais versé, sachant qu’entre-temps, le bien acquis est déjà vendu à un prix concurrentiel et payé rubis sur l'ongle par une autre personne. 

Malgré ls nombreuses plaintes et manifestations des personnes arnaquées, Cheikh Ridha n'a jamais été inquiété au temps du régime de Mohamed ould Abdel Aziz. Beaucoup n'hésitent pas à avancer que le Cheikh est un «un proche» de l’ancienne première dame du pays. 

En tout cas, son audition s’inscrit dans le cadre d’une enquête préliminaire relative à des faits présumés de corruption pendant la décennie de gouvernance de Mohamed ould Abdel Aziz, conduite par la police sous la supervision du parquet financier, suite à la transmission à la justice d’un rapport établi par une Commission d’enquête parlementaire (CEP).

Le célèbre érudit «a été précisément entendu sur son rôle au sujet d’un prêt de 50 millions de dollars, consenti par la Société nationale industrielle et minière (SNIM) au profit de la société Najah Major Works (NMW)», selon «Al Akhbar», un site d’information en ligne.

La société Najah Major Works (NMW) a réalisé l’Aéroport International «Oum Tounsy» de Nouakchott (inauguré en juin 2016) suivant une procédure sans appel d’offres, qui a fait l’objet de vives contestations.

Ce marché a été conclu sur la base d’un troc consistant à offrir un vaste domaine d’une superficie de 451 hectaresn répartie pour un tiers entre un quartier résidentiel et pour deux tiers l’ancien aéroport.

Cette opération est d’autant plus préoccupante qu’encore aujourd’hui la valeur des terrains reste indéterminée et que les données sur le coût sont approximatives.

Les victimes du Cheikh espèrent qu'avec cette première convocation, les autorités ouvriront les dossiers des arnaques immobilières de l'érudit, sachant que certains avancent que des membres de l'ancien régime figurent parmi les bénéficiaires des ventes de terrains, villas et autres biens acquis par le Madoff mauritanien. 

Par Amadou Seck (Nouakchott, correspondance)
Le 03/11/2020 à 08h01, mis à jour le 03/11/2020 à 08h05