Le haut-commissaire sud-africain à Accra, Thando Dalamba, avait été convoqué par le chef de la diplomatie ghanéenne, Samuel Okudzeto Ablakwa. Il lui a exprimé ses «préoccupations» face à des «actes d’intimidation et de harcèlement contre des ressortissants étrangers, y compris des Ghanéens», selon un communiqué.
Depuis plus d’un mois, la xénophobe contre les migrants africains qu’ils soient réguliers ou non, a atteint des sommets de violences. Les vidéos virales circulent sur les réseaux sociaux montrant des groupes anti immigration défilant dans les rues, armés de bâtons et de fouets, pourchassant des migrants. Ces derniers sont dépossédés de leurs biens et forcer à fermer leurs commerces.
Ces mêmes groupes se permettent de faire des contrôles en se substituant aux forces de l’ordre. Ils exigent des étrangers de présenter leurs documents et de décliner leur origine.
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Cette montée de la violence n’épargne aucune nationalité, les communautés les plus ciblées sont les Nigérians, les Ghanéens et les Congolais, qui sont parmi les plus importantes dans le pays, à côté de ceux des pays limitrophes.
Pire, des partis politiques soutiennent ouvertement cette vague xénophobe. C’est le cas du parti «Concerned Citizens and the Voters of SA», qui cautionne cette chasse à l’homme et appellent à des manifestations pour ce vendredi à Durban.
Un autre rassemblement est prévu mardi prochain à Pretoria qui sera suivi, le 4 mai, d’une grève pour exiger l’expulsion de tous les étrangers, qu’ils soient en situation régulière ou non.
Cette nouvelle vague xénophobe a pour prétexte l’installation de Solomon Eziko au titre d’Eze Ndi Igbo East London, une pratique courante au sein de la diaspora igbo nigériane dans le monde. Un «couronnement» qui a été mal vécu en Afrique du Sud. Ce prétexte a entrainé des échauffourées entre Sud-africains et Nigérians, une dizaine de véhicules brulés, des magasins vandalisés… et ce malgré que la Haute commission du Nigeria en Afrique du Sud ait démenti qu’il s’agissait d’un couronnement officiel, précisant que la communauté Igbo célébrait un festival culturel.
Et après les Nigérians, ce sont tous les étrangers qui sont ciblés. Lors d’une manifestation à Durban, un ressortissant ghanéen, résidant légalement, a été interpellé et sommé de fournir la preuve de son statut, puis il lui a été intimé l’ordre de quitter l’Afrique du Sud.
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La vidéo de cet incident a suscité la colère au Ghana poussant les autorités à réagir. Le ministre des Affaires étrangères ghanéen s’est entretenu, le 22 avril 2026, avec son homologue sud-africain Ronald Lamola, au sujet des vidéos virales montrant des Ghanéens victimes d’attaques xénophobes qui circulent sur les réseaux sociaux.
Le lendemain, la situation s’aggravant, les autorités ghanéennes ont haussé le ton et convoqué le chargé d’affaires par intérim de la Haute Commission sud-africaine à Accra pour lui exprimer la vive préoccupation des autorités ghanéennes face à ces actes xénophobes, tout en exigeant des garanties de sécurité pour leurs ressortissants en Afrique du Sud.
Suite à cette convocation, le ministre sud-africain de la Police a fini par condamner ce vendredi 24 avril les incidents xénophobes «contraires à la loi» et «s’opposent aux principes de dignité, d’égalité et de droits humains qui fondent la démocratie».
Si aucun décès n’a été enregistré jusqu’à présent, les scènes de maltraitances des migrants sont très mal vécues au niveau du continent.
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Ce n’est pas la première fois que ce genre d’actes xénophobes est enregistré dans le pays. En 2002, la vague de violence xénophobe visant les Africains avait fait 62 morts et de nombreux blessés. D’autres scènes xénophobes à l’encontre des ressortissants du continent ont été enregistrées en 2025, 2026 et 2019. En 2015, la mort d’un Sud-Africain à la sortie d’un bar avait entrainé une chasse aux étrangers avec à la clé quatre décès.
Et malheureusement, la réponse des autorités sud-africaines face à cette chasse aux migrants Africains tarde à se faire entendre. Aucune annonce officielle n’a été formulée jusqu’à présent par les dirigeants du pays.
Cette absence de réponse officielle révèle une indifférence des autorités sud-africaines que certains n’hésitent pas à considérer comme une «approbation tacite». A cela s’ajoute l’absence de poursuites judiciaires effectives contre les auteurs des attaques xénophobes.
L’Afrique du Sud, première puissance économique du continent, compte actuellement plus de 3 millions d’étrangers, soit 5,1% de la population du pays. La pauvreté, le taux de chômage de 32% et les inégalités criantes font des immigrés des boucs émissaires accusés de «voler» les emplois aux sud-africains.
