Début décembre, des militaires avaient tenté de renverser M. Talon, mais le putsch avait été rapidement contré par la résistance de l’armée béninoise, appuyée ensuite par le Nigeria voisin et son allié la France.
La continuité de l’Etat et des institutions n’a pas été remise en cause, et le calendrier électoral maintenu.
Dimanche, le bloc présidentiel, composé de trois partis, espère renforcer sa majorité: il possède actuellement 81 des 109 sièges à l’Assemblée.
Or, les législatives, élection à un tour, sont le seul scrutin pour lequel le principal parti d’opposition, les Démocrates, a été autorisé à participer.
Ils n’auront pas de candidats aux élections communales le même jour, ni à la présidentielle d’avril, faute d’un nombre de parrainages suffisant.
Plusieurs observateurs soulignent qu’avec le code électoral actuel, l’opposition pourrait être totalement absente de la prochaine Assemblée.
Il faut en effet réunir 20% des voix dans chacune des 24 circonscriptions électorales pour pouvoir siéger à l’Assemblée.
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«Ce fameux seuil de 20% paraît relativement insurmontable. En plus, avec les dissensions récentes nées au sein des Démocrates, on ne voit pas un parti aussi uni et déterminé qu’aux précédentes élections de 2023», où il avait obtenu 28 sièges, pointe le politologue béninois Joël Atayi Guèdègbé.
La campagne s’est déroulée sans grand meeting, la plupart des partis ayant opté pour des stratégies de terrain avec du porte à porte notamment.
«Les candidats viennent nous voir directement, ils discutent avec nous, c’est mieux comme ça, on peut poser nos questions», salue Assanatou Toko, une électrice de 31 ans.
«La question de la participation sera intéressante, on a malgré tout un scrutin assez pluriel, on espère que ça mobilisera l’électorat», souligne M. Guèdègbé.
Les précédentes législatives en 2019 et 2023 avaient mobilisé respectivement 27 et 37% des électeurs.
Opposant «modéré»
Le président béninois Patrice Talon va passer la main en avril, après deux mandats de cinq ans, conformément à la Constitution et son dauphin et ministre des Finances Romuald Wadagni fait figure d’ultra-favori pour lui succéder.
Ce dernier n’aura qu’un seul adversaire, l’opposant «modéré» Paul Hounkpè des Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE).
Les candidats du FCBE à la députation formeront, s’ils sont élus, une coalition avec le bloc présidentiel.
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L’élection de M. Wadagni dans trois mois fait donc peu de doute pour un mandat dont la durée a été allongée à sept ans renouvelable une fois, au lieu de cinq, lors d’une modification constitutionnelle validée mi-novembre.
Après la présidentielle, une longue période sans élection s’annonce donc au Bénin, une «trêve politique» qui met «les libertés en quarantaine», pestent les Démocrates.
Les dix années de gouvernance Talon sont régulièrement saluées pour le développement économique connu par le Bénin, avec une forte croissance à l’appui, tandis que ses détracteurs critiquent une restriction de l’espace politique et des libertés publiques.
«L’espace civique rétrécit toujours plus au Bénin, avec une vague d’attaques contre les médias indépendants et des personnes toujours arrêtées et détenues arbitrairement pour leurs opinions divergentes», a déclaré Dieudonné Dagbéto, directeur exécutif d’Amnesty International au Bénin qui appelle à «s’engager à protéger les droits humains».
«Le Bénin est une nation libre et démocratique, attachée à l’Etat de droit et aux libertés publiques (...) protégées par un cadre juridique solide qui garantit la liberté d’expression dans la responsabilité», répond l’Union pour le Renouveau (UP-R), l’une des forces de la majorité.
Outre le développement économique, l’un des enjeux de cette année électorale reste la question sécuritaire: le Bénin est durement touché par la contagion des violences jihadistes dans sa partie nord, venue des pays sahéliens voisins, le Burkina Faso et le Niger.




