Le nouveau président béninois Wadagni en tournée au Sahel, réouverture en vue de la frontière avec le Niger

Le 02/06/2026 à 20h51

Le nouveau président du Bénin, Romuald Wadagni était en visite officielle mardi chez ses voisins du Niger et du Burkina Faso, un déplacement qui augure d’une décrispation des relations très tendues entre ces deux pays sahéliens dirigés par des militaires et Cotonou.

Signe de cette détente, M. Wadagni et son homologue, le chef de la junte nigérienne Abdourahamane Tiani ont exprimé mardi dans un communiqué conjoint «leur engagement à œuvrer à la levée de tous les obstacles au renforcement de la coopération entre les deux pays, notamment la réouverture de la frontière».

Depuis son arrivée au pouvoir par un putsch en juillet 2023 qui a renversé le président élu Mohamed Bazoum, toujours séquestré depuis, le régime militaire nigérien qui a tourné le dos à la France maintient sa frontière fermée avec son voisin béninois l’accusant d’être trop proche de Paris et de chercher à le déstabiliser.

Le Niger forme, avec le Mali et le Burkina Faso, l’Alliance des Etats du Sahel (AES), une confédération de régimes militaires souverainistes qui ont quitté le bloc ouest-africain de la Cedeao, qu’ils estiment à la solde de l’Occident et trop peu efficace dans la lutte antijihadiste.

Plusieurs pays comme le Sénégal, le Ghana ou le Togo ont tenté ces dernières années des médiations pour relancer les relations, en vain.

Moins de dix jours après sa prise de fonctions, Romuald Wadagni a symboliquement choisi de réserver l’un de ses premiers déplacements à ses deux voisins de l’AES, après une visite lundi au Nigeria. C’est la première visite d’un chef d’Etat béninois à Niamey depuis le putsch de 2023.

Mardi matin, il a été accueilli par son homologue, le chef de la junte Abdourahamane Tiani, selon des images en direct de Télé Sahel, la télévision publique nigérienne.

Au cours de leurs échanges, les deux présidents ont réaffirmé «leur engagement à unir leurs forces pour combattre le fléau du terrorisme et du banditisme qui sévit depuis plusieurs années dans la sous-région».

Dégel

Les deux pays sont confrontés à des violences jihadistes récurrentes de groupes liés à Al-Qaida et l’Etat islamique.

Un comité d’experts est par ailleurs chargé de rendre un rapport aux deux chefs d’Etat concernant la réouverture de la frontière sous quinze jours.

Après son passage à Niamey, Romuald Wadagni s’est envolé pour Ouagadougou, où il a été accueilli par le chef de la junte, le capitaine Ibrahim Traoré.

Après un tête-à-tête, les deux hommes ont là aussi «réaffirmé leur volonté commune de renforcer (leur) partenariat» et insisté «sur l’urgence de consolider la coopération face au terrorisme, à la criminalité transfrontalière et à l’extrémisme violent», selon un communiqué commun.

Un dégel avait été entrevu à la cérémonie d’investiture de Romuald Wadagni à Cotonou, le 24 mai, où le Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine avait fait le déplacement, tout comme les chefs de la diplomatie du Burkina et du Mali.

Depuis près de trois ans, le Niger accuse régulièrement le Bénin d’héberger des bases militaires françaises qui formeraient des jihadistes.

Fin janvier, le prédécesseur et mentor de Romuald Wadagni, Patrice Talon, avait même été nommément cité par le général Tiani comme l’un des «sponsors» des jihadistes qui avaient attaqué l’aéroport de Niamey.

Ces accusations ont toujours été démenties par Cotonou et Paris. Le Bénin est d’ailleurs lui-même confronté depuis quelques années à un regain de violences jihadistes meurtrières dans sa partie nord, frontalière du Niger.

«Opportunité»

A l’inverse, des soupçons ont pesé sur une implication de Niamey dans un coup d’Etat manqué au Bénin, en décembre 2025, même si Cotonou n’a jamais spécifiquement désigné son voisin.

Et si Romuald Wadagni a fait campagne sur la continuité avec son prédécesseur, cette visite «peut aider à réduire la tension entre le Bénin et ses voisins de l’AES», pointe Odilon Koukoubou, docteur en science politique à Cotonou.

«On avait l’impression que les leaders militaires de l’AES en voulaient plus à Patrice Talon qu’ils n’en voulaient au Bénin lui-même. Le départ de Patrice Talon offre une fenêtre d’opportunité dont il fallait rapidement profiter», ajoute t-il à l’AFP.

Les deux pays ont des intérêts économiques communs évidents: le port de Sèmè-Kpodji, à Cotonou, est la voie la plus simple pour ravitailler Niamey, ou pour écouler les matières premières de ce pays enclavé.

Selon les statistiques officielles nigériennes, 80% du fret nigérien passait par ce corridor avant la brouille.

Un gigantesque oléoduc qui exporte le pétrole nigérien via le Bénin est toutefois resté fonctionnel.

Par Le360 Afrique (avec AFP)
Le 02/06/2026 à 20h51