Le Sénégal fait revivre cette semaine la saga de son ex-dirigeant lors de festivités présidées par le chef de l’Etat Bassirou Diomaye Faye, dont une conférence jeudi et vendredi au Grand Théâtre de Dakar, une de ses réalisations.
Emanant du président Faye, de différents hommes politiques dont des opposants à son régime, mais aussi d’internautes anonymes, un large hommage est rendu depuis plusieurs jours à «Gorgui» (le vieux, en langue wolof), né officiellement le 29 mai 1926 à Saint-Louis (nord) et à la tête du Sénégal de 2000 à 2012.
«Des milliers de Sénégalais le célèbrent dans leurs coeurs», a déclaré le président de l’Assemblée nationale Ousmane Sonko, louant «un des pères les plus illustres de la démocratie sénégalaise», après l’avoir vivement pourfendu dans le passé. M. Wade ne s’est pas exprimé publiquement sur les récents développements de la vie politique sénégalaise, qui ont vu le président Faye acter sa rupture et limoger son Premier ministre Ousmane Sonko, élu depuis président de l’Assemblée.
Politicien madré, grand tribun, Abdoulaye Wade est toujours, plus de 50 ans après l’avoir créé, à la tête du Parti démocratique sénégalais (PDS, libéral), avec lequel il a conquis le pouvoir après 26 ans d’opposition et quatre échecs à la présidentielle.
Ce fils de négociant, ancien instituteur, suit une brillante scolarité. Après le bac, il obtient une bourse pour poursuivre ses études en France, où il rencontre sa future épouse française, Viviane Vert, avec qui il aura un garçon, Karim, et une fille, Sindiély.
Immense espoir
Diplômé en droit, en économie et en mathématiques appliquées, il rentre au pays en 1960, enseigne le droit puis ouvre un cabinet d’avocat.
Alors que le président Léopold Sédar Senghor (1960-1980) préside sans opposition légale, Abdoulaye Wade le convainc en 1974 de le laisser créer le PDS. Sous le régime du président Abdou Diouf (1981-2000), Wade est arrêté, emprisonné plusieurs fois et devient le «président de la rue publique».
Arrivé triomphalement au pouvoir à 74 ans par les urnes en 2000, après une campagne marquée par son solgan «Sopi» (Changement), il suscite alors un immense espoir de reconstruction dans ce pays.
Mais plus de 10 ans après, alors qu’il a 85 ans, il est sourd aux appels à ne pas briguer un nouveau mandat en 2012 malgré sa promesse de n’en faire que deux, jusqu’en 2012.
En 2007, il est réélu pour un quinquennat, mais a, depuis, modifié la Constitution pour rétablir le septennat.
Systématiquement, le président a écarté ses proches, à l’exception de son fils Karim: «super ministre», ce dernier cumule des portefeuilles. Son père aimerait qu’il lui succède, selon d’anciens proches devenus opposants, mais son entourage dément cette assertion.
«Un bâtisseur»
En juin 2011, Wade est obligé, sous la pression de la rue, de retirer sa réforme devant permettre l’élection d’un président avec 25% des voix. Mais malgré les manifestations et les critiques, de pays occidentaux notamment, il demande encore du temps pour finir ses projets.
En 2012, il est contraint d’affronter au second tour de la présidentielle un de ses ex-proches Macky Sall, qu’il avait nommé ministre puis Premier ministre avant leur séparation en 2008.
Pendant le mois ayant précédé le premier tour de la présidentielle en 2012, au moins six personnes sont mortes et 150 ont été blessées dans la contestation de sa candidature.
Il est battu au second tour par M. Sall et rate l’occasion de partir du pouvoir la tête haute, pacifiquement.
Sous son magistère, M. Wade a contribué à doter son pays d’infrastructures: routes, aéroport et grand théâtre à Dakar, écoles, hôpitaux... Il initie une loi sur la parité, réhabilite les tirailleurs en leur dédiant une journée. Il se fait l’une des voix du continent et est l’un des fondateurs du Nepad, un plan de développement de l’Afrique.
Mais la presse, critique, dénonce les scandales financiers, la pauvreté, les inégalités, le goût pour les voyages du chef d’Etat au puissant égo.
Il est «le bâtisseur», «le modernisateur», «le visionnaire» pour les uns, «le monarque» ou «l’illusionniste» pour les autres.
Alors qu’il s’était donné «100 jours» pour son règlement, la rébellion indépendantiste en Casamance est toujours active, 43 ans après.
Après son départ du pouvoir, il réduit ses activités à l’international. Il se consacre essentiellement à la libération de son fils Karim, condamné en 2015 puis détenu pour enrichissement illicite et gracié en 2016 par Macky Sall.
