Sénégal: le projet de réforme constitutionnelle sera soumis à référendum

DR

Le 29/06/2026 à 15h34

Le chef de l’Etat sénégalais Bassirou Diomaye Faye a décidé de convoquer un référendum sur la proposition de révision constitutionnelle en cours d’examen lundi par l’Assemblée nationale, en cas d’adoption du texte par cette institution, a annoncé le ministre de la Justice.

«Le président a tenu à informer le président de l’Assemblée nationale (Ousmane Sonko) qu’il a décidé, en vertu de l’article 103 (de la Constitution) de soumettre le texte adopté au référendum», a déclaré Moussa Sarr devant les députés.

Cette réforme constitutionnelle vise à un «meilleur rééquilibrage des prérogatives» entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire du Sénégal, et de fait restreint les pouvoirs du président. Elle est initiée par la majorité parlementaire, menée par le parti de M. Sonko, ce dernier étant en plein désaccord depuis des mois avec le président Faye.

L’Assemblée nationale du Sénégal examinait lundi dans un climat tendu, marqué par des échanges houleux entre députés et des échauffourées entre manifestants et policiers aux abords du bâtiment, un texte révisant la Constitution concernant les pouvoirs du chef de l’Etat, du Parlement et du Premier ministre, une initiative de la majorité parlementaire et de son chef Ousmane Sonko, en plein désaccord avec le président du pays.

Un député de l’opposition qui avait proposé un report du vote et refusé de quitter le pupitre après le rejet de sa question préalable a été finalement évacué de l’enceinte de l’hémicycle de manière musclée par des policiers. Peu avant, plusieurs députés du parti majoritaire Pastef avaient tenté d’évacuer le député par la force, témoignant des tensions du débat.

En fin de matinée, une cinquantaine de manifestants, principalement issus de l’Alliance pour la République (APR), le parti de l’ex‑président Macky Sall, s’étaient rassemblés devant l’Assemblée, qu’ils ont tenté d’investir avant d’être repoussés par les forces de l’ordre à coup de gaz lacrymogène, ont constaté des journalistes de l’AFP. Des jets de pierre ont également été lancés contre la police.

«Referendum, le peuple doit décider», «Une Constitution ne se change pas au gré des intérêts politiques!», proclamaient notamment les pancartes qu’ils brandissaient.

Au moins trois manifestants ont été interpellés par la police, selon un journaliste de l’AFP. Tous les accès menant au bâtiment de l’Assemblée étaient interdits d’accès par les forces de l’ordre, a constaté l’AFP.

Cette proposition de loi du parti Pastef, dirigé par M. Sonko, président de l’Assemblée nationale, est critiquée par l’opposition et plusieurs organisations de la société civile.

Ce texte est soumis aux députés après la rupture entre le président Faye et M. Sonko, son ex-compagnon de route politique et ex-Premier ministre, limogé le 22 mai. Mais M. Sonko a rebondi le 26 mai, avec son élection comme président de l’Assemblée nationale après que le Pastef a boudé le nouveau gouvernement nommé par le président Faye, en fonction depuis avril 2024.

La plénière sur la proposition de révision constitutionnelle a débuté à 10H00 GMT, après son adoption mercredi dernier par une commission de l’Assemblée nationale, où le Pastef détient 130 des 165 sièges.

Le gouvernement a exprimé son désaccord la semaine dernière sur plusieurs points de la réforme constitutionnelle menée, selon lui, sans concertation avec les acteurs politiques.

Selon le Pastef, la réforme vise à un «meilleur rééquilibrage des prérogatives» entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire du Sénégal, un pays à régime présidentiel.

Avec cette révision, le président de la République «ne pourra plus diriger un parti politique ou une coalition de partis».

Si la proposition de loi est adoptée, l’élaboration du programme de gouvernement - actuellement du ressort exclusif du chef de l’Etat - sera désormais «défini (par ce dernier) en concertation avec le Premier ministre», un chef de gouvernement qui pourra désormais «nommer aux emplois civils».

«On utilise le Parlement pour affaiblir le Président. (Les propositions faites) semblent viser à limiter l’influence du Président de la République en augmentant les pouvoirs du Président de l’Assemblée nationale» Ousmane Sonko, a dénoncé dimanche la responsable de la coalition présidentielle Aminata Touré, lors d’un point de presse.

Le président Faye peut, après l’adoption du texte par les députés, ne pas le promulguer et convoquer un référendum à une date indéterminée.

Par Le360 Afrique (avec AFP)
Le 29/06/2026 à 15h34