Abidjan. «Les années passent, notre souffrance reste»: à chaque hivernage, le même flot de promesses et de dégâts

Le 01/07/2026 à 16h04

VidéoEntre inondations, dégâts matériels et humains, les habitants d’Abidjan payent lourdement le prix des aléas climatiques. Dans plusieurs communes, les populations tentent tant bien que mal de faire face aux conséquences de cette saison pluvieuse particulièrement éprouvante.

À Yopougon, précisément au quartier Camp Militaire au niveau du secteur Terminus Gbaka, la situation est devenue insoutenable. Depuis plusieurs années, les habitants vivent au rythme des inondations qui surviennent à chaque grande pluie. Un phénomène récurrent, mais dont les solutions annoncées se font toujours attendre.

Au lendemain des dernières précipitations, les voies principales et les rues du secteur étaient encore recouvertes d’eau boueuse, empêchant les déplacements piétons et automobiles.

Dans certaines concessions, les habitants s’affairaient à évacuer l’eau des maisons tandis que d’autres tentent de sauver quelques meubles et appareils électroménagers endommagés.

«Chaque année, c’est le même scénario. Dès qu’il pleut fortement, nous passons la nuit sans dormir. L’eau envahi tout le quartier, quant à la route, on n’en parle même pas. Quand il y a une urgence médicale, il est impossible de faire entrer l’ambulance. Nous avons peur pour nos enfants et pour nos biens», témoigne une Tiétiéka Paul, agent de salubrité rencontré devant sa maison encore inondée.

Plus loin, un commerçant déplore les pertes enregistrées. «L’eau est entrée dans mon magasin. Nous subissons des pertes importantes à chaque saison des pluies», explique-t-il avec amertume.

Selon les habitants, le problème serait principalement lié à l’insuffisance ou à l’absence d’un système efficace d’évacuation des eaux pluviales dans cette zone fortement urbanisée.

Malgré les nombreuses plaintes adressées aux autorités compétentes au fil des années, les populations disent ne constater aucun changement significatif sur le terrain.

«Les responsables municipaux et même le maire, viennent souvent faire des constats et nous promettent des travaux. Mais après leur départ, plus rien ne se passe. Les années passent, la souffrance reste», regrette l’un des responsables du quartier.

Cette situation impacte profondément le quotidien des résidents. Outre les dégâts matériels, les déplacements deviennent difficiles, les activités commerciales tournent au ralenti et les risques sanitaires augmentent avec la stagnation des eaux usées.

«A cause des eaux qui stagnent dans ce secteur, la boulangerie d’à côté a dû fermer, les élèves peinent à se rendre à l’école, ils sont contraints de faire de grands détours pour pouvoir s’y rendre. C’est déplorable!», déplore Gnalé Alfred, un habitant du quartier.

Face à ce qu’ils considèrent comme un abandon, les habitants du Camp Militaire ne cachent plus leur exaspération. Beaucoup estiment avoir épuisé toutes les voies de recours locales sans obtenir de réponses concrètes.

«Aujourd’hui, nous lançons un appel au Président de la République et encore une fois au maire. Nous voulons que notre cri de détresse soit entendu au plus haut niveau. Nous sommes des citoyens comme les autres et nous avons droit à un cadre de vie sécurisé. Au moins qu’ils viennent des caniveaux pour permettre à l’eau d’évacuer quand il pleut», plaident tous à l’unisson.

Alors que la saison des pluies est loin d’être terminée, les populations du Camp Militaire vivent dans l’angoisse des prochaines averses.

Entre résignation et espoir, elles continuent d’attendre des actions concrètes susceptibles de mettre définitivement fin à un problème qui, année après année, transforme leur quotidien en véritable parcours du combattant.

Par Emmanuel Djidja (Abidjan, correspondance)
Le 01/07/2026 à 16h04