Algérie: incendies procès en appel d’une centaine de personnes accusées de lynchage

Des hommes tentent d'éteindre un incendie dans le village d'Iboudraren, dans la région montagneuse de Kabylie de Tizi Ouzou, à l'est d'Alger, Algérie le 12 août 2021.
Le 16/10/2023 à 06h55

Le procès en appel de 102 personnes accusées d’avoir lynché à mort, Djamel Bensmaïl, un jeune artiste peintre venu aider à éteindre des incendies meurtriers en Kabylie pendant l’été 2021 et pris à tort pour un pyromane, s’est ouvert dimanche à Alger, a constaté un journaliste de l’AFP.

«Nous espérons que ce procès sera juste pour l’ensemble des parties. Nous avons confiance dans la justice algérienne pour qu’elle soit équitable à l’égard de tous les accusés», a déclaré à l’AFP Me Abderrahmane Salhi, l’un des avocats de la défense.

Ce procès qui devrait durer plusieurs jours «va permettre aux juges (de la Cour d’appel) d’étudier à nouveau le dossier et d’écouter toutes les déclarations», a indiqué également à l’AFP, Me Brahna Fakhredine, l’un des avocats de la partie civile.

En première instance, 94 personnes avaient été condamnées en novembre 2022 par le tribunal de Dar El Beida, près d’Alger dont 49 à la peine capitale, commuée en prison à vie. Un moratoire sur l’application de la peine de mort est en vigueur depuis 1993.

Un total de 28 autres personnes avaient été condamnées à des peines allant de 2 à 10 ans de prison ferme tandis que 7 avaient été acquittées.

Les accusés sont poursuivis pour «homicide volontaire avec préméditation, délit d’agression portant atteinte à l’intégrité territoriale et complot».

Ils sont également accusés d’«actes terroristes et subversifs attentatoires à la sécurité de l’Etat, à l’unité nationale et à la stabilité des institutions ainsi qu’à leur fonctionnement normal, en semant la terreur au sein de la population et en créant un climat d’insécurité par l’agression morale et physique contre les personnes, mettant leurs vies et leurs biens en danger».

En moins d’une semaine en août 2021, des incendies avaient fait au moins 90 morts en Kabylie et ravagé des milliers d’hectares.

Après avoir entendu qu’on le soupçonnait d’avoir déclenché un feu, Djamel Bensmaïl, venu aider les villageois à éteindre les flammes, s’était présenté volontairement à la police pour fournir des explications à sa présence.

Des images relayées par les réseaux sociaux avaient montré la foule entourant le fourgon de police et extirpant le jeune homme du véhicule après l’avoir frappé.

M. Bensmaïl, âgé de 38 ans, avait été roué de coups puis brûlé vif, tandis que des jeunes prenaient des selfies devant son cadavre.

A l’époque des faits, qui avaient soulevé une vague d’indignation dans tout le pays, les images du lynchage devenues virales étaient commentées notamment via le mot-dièse #JusticePourDjamelBenIsmail.

Les auteurs des selfies avaient tenté d’effacer leurs traces mais des internautes de tout le pays ont compilé des vidéos et effectué des captures d’écran pour que le crime, qui avait marqué les esprits par son horreur, ne reste pas impuni.

Les interpellations avaient eu lieu dans plusieurs régions du pays et certaines personnes impliquées dans le lynchage avaient été livrées à la police par leur propre famille.

Par Le360 Afrique (avec AFP)
Le 16/10/2023 à 06h55