Cameroun. Plus qu’un métier, le tissage du coton confectionne un tissu social pour les siècles des siècles

une femme tisserande.

Le 10/08/2026 à 08h36

VidéoAu Salon international de l’artisanat du Cameroun, 600 artisans africains ont perpétué l’art de créer des œuvres utilitaires à partir de ce que le continent offre en ressources naturelles. Si l’ingéniosité est présente à tous les stands, celle des tisserands camerounais se lit sur leur métier d’où naissent des étoffes en coton qui ont traversé les siècles. Reportage sur une dextérité des mains, véritable tissu social, dans ce pays premier producteur de coton en Afrique centrale.

Plusieurs métiers ont tendance à disparaitre, vaincus par l’industrie et les nouvelles technologies, mais pas celui du tissage qui résiste à l’usure du temps. Comme seule sait le faire une solide fibre végétale.

Depuis la nuit des temps, pour fabriquer une étoffe, les premiers tisserands se servaient du coton brut tel que récolté dans les champs. Ce coton était par la suite égrené à la main puis transformé en fil par les techniques de filature avant d’être tissé.

Pour y parvenir, les artisans utilisaient un dispositif rudimentaire qui leur permettait d’assembler à l’aide d’une navette, les fils de chaine c’est-à-dire des fils tendus verticalement sur ce dispositif, et les fils de trame c’est-à-dire ceux insérés horizontalement. Résultat: l’étoffe est fin prête.

Ce savoir-faire se perpétue de génération en génération.

A Yaoundé, la démonstration en a été donnée lors de la 9ᵉ édition du Salon international de l’artisanat tenu du 27 juillet au 5 août à l’esplanade du musée national.

De nombreux tisserands semblent avoir fait de bonnes affaires grâce à leurs produits fabriqués sur les lieux. Habiba Kamsouloum est artisan originaire de la région de l’Extrême-nord en témoigne. «Je regrette d’être venue avec très peu de matière. Je me rends compte que les gens aiment ce que nous faisons. C’est une technique que j’ai apprise de mes grands-parents et aujourd’hui je suis très fière de l’exercer».

Juste à côté d’elle, c’est une autre tisserande qui s’apprêtait à prendre le chemin de retour pour la région du Nord après une semaine passée à Yaoundé. Pour elle, la nécessité de former les jeunes est plus qu’impérative pour garder la flamme de l’artisanat du pays.

Asta Chouvette nous a confié qu’elle a créé un centre de formation et d’insertion des jeunes dans la ville de Garoua. Son objectif à long terme est créer une industrie du textile pour plus d’impact dans sa communauté.

Les produits issus du coton brut sont généralement plus couteux sur le marché local mais les artisans comme Habiba se défendent. «Je ne trouve pas que nos produits sont chers parce qu’il faut évaluer la peine que nous prenons. Pour un morceau d’étoffe de deux mètres sur un, il me faut un mois pour le fabriquer. Ne me dites pas qu’à 50.000 Fcfa, il coute cher» surtout au Cameroun, premier producteur de coton en Afrique centrale.

Le pays vise un nouveau sommet de production pour la campagne 2025‑2026. Cette ambition s’inscrit dans la stratégie nationale de développement, qui prévoit d’atteindre 600.000 tonnes d’ici 2030. La matière première est donc disponible, reste à perpétuer la dextérité des mains tisseuses.

Par Jean-Paul Mbia (Yaounde, correspondance)
Le 10/08/2026 à 08h36