Cliniques non agréées en Guinée: avant la fermeture, les praticiens demandent un moratoire

Une clinique fermée par les autorités.

Le 18/02/2025 à 11h19

VidéoLes autorités poursuivent la fermeture des cliniques non agréées, souvent dirigées par des praticiens non qualifiés. Tout en ne remettant pas en cause le bienfondé d’une telle démarche, les praticiens demandent au ministère de la Santé de prendre en considération l’équilibre nécessaire entre la préservation des emplois et l’accès aux soins d’urgence. L’OMS a récemment regretté la régression du nombre des infrastructures de santé en Guinée.

Par le passé, cette clinique, la seule dans la zone de Sonfonia Centre, était particulièrement prisée par les habitants. Cependant, elle a récemment été fermée par les autorités. Avant cette mesure, ces structures s’étaient multipliées, en raison du manque d’infrastructures sanitaires formelles et de l’accès limité aux soins médicaux dans de nombreuses régions.

Nos demandes d’interviews avec le responsable de l’établissement sont restées sans réponse. Sur place, aucune personne présente. Un citoyen du quartier, Antoine Lamah, exprime son regret face à cette situation. «la seule clinique qui était dans notre quartier est fermée

Cette fermeture est le résultat des décisions prises par le ministre de la Santé qui a rappelé, à la mi-janvier, que «l’exercice illégal de la médecine doit cesser. Nous devons mettre un terme à cette situation qui met en danger la vie des citoyens.»

En réaction, le Réseau national des structures sanitaires de Guinée (Renassa) appelle les autorités à tenir compte de plusieurs facteurs, notamment le déficit en structures sanitaires. «Il est crucial de trouver un équilibre entre la préservation des emplois, l’accès aux soins d’urgence et le besoin de réguler les interventions chirurgicales, les accouchements et les traitements pour des maladies graves dans ces cliniques non agréées, qui manquent, il est vrai, d’équipements appropriés», confie docteur Jean Tanguino, médecin.

Le praticien ajoute que «l’Organisations mondiale de la santé a récemment fait une enquête sur le cas guinéen. Il en ressort que les 75% des portes d’entrée des maladies c’est dans le privé. Dans des zones comme Sonfonia, il y a un seul poste de santé pour toute une commune. C’est énorme. Aujourd’hui, il faut penser à impliquer les structures privées de santé dans certains programmes de lutte contre certaines maladies

Sauf que l’OMS, dans son rapport annuel 2021 sur la Guinée, a relevé la régression du nombre des infrastructures de santé «Le nombre d’habitants pour 1 centre de santé passe de 6.966 à 7.362, celui du nombre d’habitants pour 1 lit de 264.078 à 279.103″ entre 2016 et 2021. Durant cette même période, quelques indicateurs ont en revanche progressé: le nombre de médecins pour 10.000 habitants passe de 0,8% en 2016 à 2,08% en 2021. Le pourcentage de sages-femmes de 0,58% à 0,69% pour le même nombre d’habitants, selon l’OMS qui regrette que «le nombre d’infrastructures sanitaires n’a pas suivi cette légère évolution

Beaucoup d’efforts restent à fournir de la part de l’État guinéen, notamment en étudiant chaque cas de manière individuelle, en examinant les cliniques fermées et en envisageant des solutions adaptées, suggère Docteur Tanguino. «Nous avons demandé au ministre de la Santé de donner au moratoire au chef d’établissement». Le grand défi aujourd’hui réside dans le renforcement des infrastructures de santé publiques et privées, tout en sensibilisant la population aux risques liés à ces établissements.

Par Mamadou Mouctar Souaré (Conakry, correspondance)
Le 18/02/2025 à 11h19