En 2023 et 2024, une première vague de démolitions dans plusieurs quartiers de la ville avait suscité la polémique: des dizaines de milliers d’Abidjanais avaient vu leurs maisons ou commerces détruits par les bulldozers des autorités et beaucoup déploraient l’absence d’indemnisation ou de relogement.
A la manœuvre, le district d’Abidjan indiquait cibler des quartiers précaires construits dans des zones dangereuses, pour éviter notamment des pertes humaines dans des inondations ou glissements de terrain.
Mardi, dans le quartier de «Vridi 3» communément appelé «Zimbabwe», dont la population est estimée à 40.000 habitants, des bulldozers sont arrivés dès l’aube et ont entamé les destructions.
Mercredi à la mi-journée, les opérations avaient cessé, et les habitants cherchaient leurs affaires dans les gravats, sous l’oeil des forces de sécurité, ont constaté des journalistes de l’AFP.
«Quand les autorités sont arrivées, je suis allé mettre mes bagages dans l’église méthodiste. J’ai pensé que comme c’est la maison de Dieu, elle serait épargnée, mais à mon retour, la machine avait tout détruit», se désole Prosper Egny, un sexagénaire qui vit depuis 40 ans dans le quartier.
Ses médicaments et ses documents administratifs sont restés dans les décombres.
Comme lui, Hamid D., chauffeur de 25 ans affirme ne pas avoir été formellement prévenu de l’opération.
«On ne nous a pas donné un minimum de temps pour pouvoir enlever nos valises. Dès qu’ils sont arrivés, en même temps, ils se sont mis à casser», déplore ce chauffeur de 25 ans qui ne «sait pas où aller».
Les démolitions pourraient reprendre vendredi.
La mairie de Port-Bouet, la commune qui abrite le quartier Zimbabwe, aux mains de l’opposition a déploré les «méthodes» du district et appelé à la «prise en charge urgente» des populations sans abri.
Dans un communiqué publié mardi, le district d’Abidjan assure avoir annoncé «depuis plusieurs mois» cette opération aux populations concernées.
«Il y a une volonté du district de mettre de l’ordre dans nos villes. N’oubliez pas que l’un des premiers objectifs de ces déguerpissements c’est de sauver des vies déjà», a ajouté mercredi Amadou Coulibaly, le porte-parole du gouvernement.
Avec six à sept millions d’habitants, deux fois plus qu’à la fin des années 1990, la métropole d’Abidjan est en constante mutation et connaît une explosion des constructions, parfois de manière anarchique dans des quartiers exposés aux inondations meurtrières.
