Côte d’Ivoire: sur les routes, l’État serre la vis contre les dabagaou et les bavettes sur les véhicules

Un mini-bus amené à la fourrière pour non respect de la règlementation.

Le 27/09/2026 à 13h12

VidéoAccusés d’être à l’origine de plusieurs accidents de la circulation, les véhicules porteurs du système de protections métalliques appelé «dabagaou», installé à l’avant des minibus ainsi que certaines bavettes à l’arrière, sont désormais interdits.

Après une période de sensibilisation, l’heure de la répression a sonné contre les gbaka qui circulent avec des «dabagaou» et des bavettes non conformes.

Ces imposants pare-chocs et renforts métalliques installés à l’avant de nombreux gbaka, «en plus d’alourdir les véhicules, ils peuvent présenter un danger en cas d’accident et favoriser des comportements agressifs sur la route», affirment les autorités.

Quant aux bavettes, installées à l’arrière du véhicule, lorsqu’elles sont mal ajustées, peuvent traîner sur la chaussée et projeter poussière et gravier, réduisant la visibilité des autres usagers, notamment des motocyclistes.

Et le directeur général de la DGTTC, Oumar Sacko d’ajouter, «l’objectif est avant tout de renforcer la sécurité sur les routes». Selon lui, cette traque de ces équipements s’inscrit dans le cadre de l’opération «Tolérance zéro» qui a été associée à une baisse de 12% du nombre d’accidents sur une période comparée entre décembre 2025-février 2026 et février-avril 2026, sur l’étendue du territoire initiée par le gouvernement il y a quelques mois.

Ainsi, depuis quelques semaines, la mesure est désormais suivie d’actions concrètes. Une mesure qui suscite des réactions partagées, mais que plusieurs usagers considèrent comme nécessaire pour renforcer la sécurité sur les routes.

Pour certains chauffeurs, ces équipements donnent parfois l’impression que le véhicule est davantage protégé et peuvent contribuer à une certaine prise de risque au volant.

Konan Jean-Marc, conducteur de taxi communal, appelé wôrôwôrô dans la commune de Yopugon, en a un mauvais souvenir. «Les chauffeurs qui ont ces systèmes sur leurs véhicules sont très imprévisibles. Ils font de fausses manœuvres et en cas d’accrochage, ils endommagent les véhicules des autres. C’est mieux qu’on les interdise», confie-t-il amèrement.

«Normalement on met les dabagaou pour protéger nos parechocs, les vitres de phare et feux arrière, mais seulement que certains conducteurs en abusent et en profitent pour être imprudents au volant», décrie Joël Sindé, un responsable d’un syndicat de chauffeur.

Même constat chez les passagers. «Je pense que ce n’est pas utile. Ce n’est pas une protection. Quand un véhicule est équipé de ces grosses barres, le conducteur peut avoir moins peur des petits chocs. Ils se rapprochent dangereusement des autres voitures et prennent parfois des risques inutiles. Quand il vous colle ou vous coupe la route, on a l’impression que le conducteur se sent protégé. Pourtant, en cas d’accident, les conséquences peuvent être graves», confirme Elvis Madou, un usager rencontré sur un axe de transport.

Avant de réjouir de cette mesure. «On d’accord avec l’Etat mais on espère que ça va durer, parce que c’est une situation qui dure depuis plus d’une trentaine d’années. Selon nos renseignements, il a fallu qu’un commissaire de police en soit victime pour que les autorités comprennent la dangerosité de ces systèmes», se réjouit-il.

Pour les autorités, l’enjeu dépasse toutefois la simple question esthétique. Il s’agit de remettre les véhicules en conformité et de lutter contre les comportements qui peuvent contribuer à l’insécurité routière.

Le ministère des Transports avait d’ailleurs fait état d’une recrudescence des accidents en début d’année, avec 519 accidents, 164 décès et 1.934 blessés enregistrés depuis le 1er janvier 2026 dans un bilan communiqué en février.

Au-delà du retrait des «dabagaou» et des bavettes, le message des autorités est clair; aucun équipement ne doit devenir un prétexte à l’excès de confiance au volant. Sur la route, la meilleure protection reste le respect des règles et la prudence de chaque usager.

Par Emmanuel Djidja (Abidjan, correspondance)
Le 27/09/2026 à 13h12