Les Archives nationales ne sont pas de simples lieux de conservation de vieux documents. Elles renferment l’histoire administrative, juridique et institutionnelle d’un pays.
Archivistes et spécialistes du numérique plaident pour une modernisation de la gestion documentaire afin de garantir un accès fiable et durable aux documents. En Guinée, leur modernisation passe désormais par un vaste chantier, celui de la numérisation.
Pour Franco Kaniba, PDG de Documa Digital, «les Archives nationales constituent le cœur de la mémoire de l’État et doivent être conservées de manière permanente, car il est impensable de les perdre. La numérisation a pour principal objectif la préservation des archives, notamment pour des raisons de sécurité. Mais ses documents doivent également être accessibles».
Au-delà de la simple conservation, la transition numérique est également perçue comme un levier de développement économique. Pour les investisseurs, la disponibilité de documents administratifs fiables constitue un élément déterminant dans la prise de décision.
Franco Kaniba souligne cet enjeu, «cette expérience apporte beaucoup d’enseignements. Dans le cadre du projet Simandou 2040, si nous voulons attirer des investisseurs étrangers prêts à engager des centaines de millions de dollars en Guinée, ils doivent avoir la certitude de pouvoir accéder à une documentation administrative fiable et rapidement mise à disponibilité pour lancer son projet. Il doit être certain que les informations auxquelles il accède sont crédibles, authentiques et juridiquement valables. En définitive, cette documentation ne peut être accessible de manière efficace que si elle est numérisée, hébergée de façon sécurisée et correctement protégée».
Sur le terrain, les professionnels des archives saluent les efforts entrepris, tout en appelant à une meilleure reconnaissance de leur métier.
Selim Diane, archiviste, rappelle que la profession reste méconnue malgré les avancées récentes: «l’École supérieure des sciences de l’information et des archives a été créée en 2005 à l’Université de Kankan. J’ai fait partie de cette filière et nous sommes sortis en 2014. À l’époque, le métier d’archiviste n’était pas suffisamment valorisé. Mais avec l’initiative de M. le Président d’instituer une semaine nationale des archives, davantage de personnes s’y intéressent aujourd’hui. L’État doit continuer à valoriser notre profession. Et nous-mêmes, en tant qu’archivistes, devons également contribuer à mieux faire connaître et promouvoir notre métier».
Entre préservation du patrimoine documentaire, modernisation de l’administration et amélioration du climat des affaires, la numérisation des Archives nationales apparaît aujourd’hui comme un chantier stratégique.
Sa réussite dépendra autant des investissements technologiques que de la formation des professionnels, de la protection des données et d’une véritable politique publique en faveur des archives.
