Sénégal. Célibataires malgré eux ou par choix? Les raisons d’un mariage qui se fait attendre

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Le 09/07/2026 à 15h12

VidéoSi autrefois fonder une famille jeune était une évidence, aujourd’hui, de plus en plus d’hommes sénégalais repoussent cette étape. Difficultés économiques, perte de repères ou évolution des mentalités: chacun avance ses propres raisons.

Le premier à prendre la parole choisit d’en rire. Babacar Fall se présente lui-même comme un «célibataire endurci». Une manière d’anticiper les plaisanteries dont il fait souvent l’objet. Mais derrière l’humour se cache un véritable désir de tourner la page. «Personnellement, je suis un célibataire endurci, mais j’ai vraiment envie de sortir de cette vie, de me marier, d’avoir une femme et des enfants.»

Très vite, le sourire laisse place à un constat plus sérieux. Pour lui, les longues études, la difficulté d’accéder à un emploi stable et le coût de la vie retardent inévitablement les projets de mariage. «Le problème est peut-être lié aux études: parfois, on prolonge son cursus jusqu’à 35 ou 36 ans. Le coût de la vie est également difficile. Il est parfois compliqué de trouver un emploi. Et même lorsqu’on en trouve un, on rencontre des difficultés à prendre en charge une famille et à assumer toutes les responsabilités qui vont avec.»

Pour Ousmane Ndiaye, coach-formateur et écrivain, les raisons sont ailleurs. À ses yeux, le véritable problème est avant tout moral et éducatif. Il dénonce une perte des valeurs et une tendance grandissante à fuir les responsabilités. «Le constat est simple: nous assistons à une déperdition des valeurs. La jeunesse est de plus en plus déconnectée de la réalité. Ce n’est pas seulement une course vers le confort matériel, mais aussi un vide intellectuel et idéologique. Le mariage tardif et la fuite des responsabilités sont intimement liés. En tant que jeune, il faut apprendre à se responsabiliser très tôt.»

Plus jeune, Ousmane Niang apporte un regard différent. Selon lui, avant même les difficultés financières, c’est le manque de sincérité dans les relations amoureuses qui freine la construction des couples. «Fonder un foyer est une question de volonté, mais aussi de sentiments. Aujourd’hui, nous, les jeunes, manquons souvent de sincérité dans nos relations. Pourtant, le couple exige de la fidélité, de la franchise et surtout de l’honnêteté dans nos comportements et dans nos promesses envers notre partenaire.»

Entre contraintes économiques, perte de repères et fragilité des relations amoureuses, les explications divergent. Une certitude, cependant: le mariage n’est plus perçu comme une étape automatique de la vie. Pour de nombreux jeunes hommes, il est désormais conditionné par la stabilité, la maturité… et parfois l’espoir de jours meilleurs.

Le mariage reste une aspiration pour beaucoup, mais le chemin pour y parvenir semble aujourd’hui plus long et plus complexe. Entre réalités économiques, évolution des mentalités et nouvelles attentes, le célibat prolongé s’impose progressivement comme une tendance qui interroge toute la société sénégalaise

Par Moustapha Cissé (Dakar, correspondance)
Le 09/07/2026 à 15h12