Sénégal. Écoles privées: mention très salée, État absent, parents un peu justes

Dans une classe d'une école privée de Dakar.

Le 05/10/2026 à 17h19

VidéoAu Sénégal, la scolarité dans le privé est devenue pour de nombreuses familles une dépense particulièrement lourde. Des parents d’élèves, qui parfois n’ont en pas les moyens, dénoncent l’accumulation des charges et s’interrogent sur l’encadrement du secteur par les pouvoirs publics.

Avant même le premier cours, la facture donne le vertige. Inscription, mensualités, uniformes et frais annexes: dans certaines écoles privées de Dakar, scolariser un enfant représente un engagement financier considérable.

À titre d’exemple, Saint-Exupéry, aux Almadies, affiche pour 2026-2027 des frais d’inscription de 200.000 francs CFA, soit environ 305 euros, auxquels s’ajoutent 2 millions de francs CFA de scolarité annuelle, soit environ 3.049 euros.

À la Mission libanaise, l’inscription coûte 130.000 francs CFA, environ 198 euros, la mensualité 100.000 francs CFA, environ 152 euros, et le pack d’uniformes, de la grande section au CM2, 80.000 francs CFA, environ 122 euros. Les frais généraux et les activités pédagogiques viennent encore alourdir l’addition.

Au Lysteg, l’inscription, la première mensualité et l’ensemble de dix pièces d’uniforme représentent 265.000 francs CFA dès la rentrée, soit environ 404 euros.

Donnés à titre d’exemple, ces montants varient selon les établissements, les niveaux et les prestations proposées. Si les tarifs publiés ne suffisent pas à démontrer une absence totale de réglementation, ils posent clairement la question du contrôle exercé par l’État. Jusqu’où laisser les établissements fixer leurs prix, et comment protéger les parents contre des frais qui s’accumulent ?

Ibrahima Faye, parent d’élève, dénonce une succession de dépenses qui, selon lui, finit par peser lourdement sur les familles.

Au-delà des frais d’inscription et des mensualités, il pointe également le coût du transport scolaire et celui des tenues imposées par certains établissements.

«Les écoles privées fixent plusieurs conditions, transport scolaire, frais d’inscription élevés, mensualités coûteuses. Il faut encore acheter les blouses parfois objet de publicités. Nous lançons un appel au ministère de l’Éducation nationale, aux parents d’élèves et à la société civile pour qu’ils se penchent sur les conditions de fonctionnement des écoles privées au Sénégal», souligne Ibrahima Faye, parent d’élève.

Mais sur le terrain, les prix des fournitures scolaires ne semblent pas suivre la même trajectoire. Dans les boutiques certains commerçants affirment constater une baisse sur plusieurs articles. Une situation qui pose alors la question de la marge appliquée par les établissements lorsqu’ils imposent leurs propres fournitures aux familles.

Balla Ndiaye, vendeur de fournitures scolaires, distingue ainsi les prix pratiqués par les commerçants de ceux imposés par certaines écoles. «Les écoles privées fixent elles-mêmes les prix des fournitures qu’elles proposent. Mais, en tant que vendeur, ce que je peux vous dire que les prix des fournitures n’ont pas augmenté. Ce qui se vendait à 3.000 francs l’est à 2.500 voire moins», explique Balla Ndiaye, vendeur de fournitures.

Pour l’enseignant Abdou Sadio, le choix du privé relève aussi de la responsabilité des parents, lorsque ceux-ci optent pour un établissement payant sans disposer des moyens suffisants pour assumer les charges sur toute l’année.

Abdou, appelle toutefois les établissements privés à davantage de modération dans leurs tarifs. «Certains veulent inscrire leur enfant dans une école privée alors qu’ils ne disposent pas des ressources nécessaires. L’enfant risque alors de rester à la maison, de ne pas étudier. C’est une situation qui mérite d’être signalée. Les écoles privées devraient faire un effort en réduisant les frais d’inscription et les mensualités. Il faut trouver des solutions pour rendre l’enseignement privé plus accessible», soutient Abdou Sadio, enseignant.

Entre les exigences des établissements, les moyens limités de certaines familles et l’absence d’un débat suffisamment structuré sur les tarifs, le coût de l’école privée continue de susciter des interrogations.

Parents, commerçants et enseignants appellent chacun à davantage de responsabilité. Reste désormais une question: comment garantir aux familles un accès à l’enseignement privé sans transformer la scolarité en véritable parcours financier du combattant ?

Par Moustapha Cissé (Dakar, correspondance)
Le 05/10/2026 à 17h19