Le foot au Gabon: un maigre bilan qui pèse lourd sur les finances de l’État

L'attaquant du Gabon, Malick Evouna après avoir raté un but contre le Cameroun à la CAN 2025, à Agadir (Maroc) le 24 décembre 2025

L'attaquant du Gabon, Malick Evouna après avoir raté un but contre le Cameroun à la CAN 2025, à Agadir (Maroc) le 24 décembre 2025. AFP or licensors

Le 24/04/2026 à 11h12

VidéoAbsence d’un championnat régulier, élection du bureau de la fédération remise aux calendes grecques, une pâle participation à la CAN 2025... le foot gabonais ne tourne pas rond. Entre gouvernance défaillante, absence de structures et talents vieillissants, l’heure est au sursaut collectif.

«Le football gabonais ne traverse pas une simple zone de turbulences; il est face à son destin», constate avec amertume Olivier Youssouf Mbera, ancien arbitre international et figure de l’administration sportive. Le 16 avril, il a appelé le collège électoral à saisir «une chance unique de remettre le jeu à plat».

Depuis des années, le pays de 2,5 millions d’habitants, sans véritable diaspora footballistique, voit ses ressources humaines et financières s’épuiser, à l’image de l’âge de ses cadres.

Pourquoi tant de tensions? Jean Claude Nounamo, directeur de publication de Gabon Allsport, pointe la transformation du sport roi en machine à sous. «Le football est devenu une industrie, avec des enjeux financiers énormes. Quand certains amassent de l’argent sans résultats sur le terrain, cela crée des tensions. Le football gabonais est triplement financé par l’État, la CAF et la FIFA.»

Des fonds considérables, mais un vide criant de leadership sportif.

Un champion à l’arrêt, un supporter des Panthères résume le malaise. «C’est la gouvernance qui est à l’origine des tensions. Les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes. On peut avoir tout l’argent du monde et ne jamais rien gagner par manque de vision.»

Sans championnat régulier, sans politique de formation structurée, le vivier de talents se réduit à peau de chagrin. Quelles solutions pour sortir de la crise ? Kennedy Ondo Mba, journaliste sportif, met le doigt sur l’urgence. «Le Gabon doit être ambitieux et se doter de structures adaptées pour tutoyer le haut niveau. Que l’État prenne ses responsabilités: des centres de formation, des stades, des gymnases...»

Sans ces infrastructures, les Panthères continueront de rêver petit.

La dernière CAN 2025 au Maroc a été un nouveau coup de poignard: aucune victoire, zéro point, comme en 1994 sous le Belge Jean Thissen (défaites face au Nigeria et à l’Égypte).

La débâcle des Panthères du Gabon à la dernière CAN n’est passée pas auprès de la plus haute autorité du Gabon. Très remonté après cette humiliation, le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema avait alors déclaré que «c’est une part de l’identité nationale qui s’en trouve fragilisée», traduisant le mécontentement général qu’a suscité cette sortie prématurée de la compétition phare africaine. La sélection nationale avait été momentanément suspendue.

Le Gabon n’a jamais remporté de Coupe d’Afrique des nations. Un palmarès vide qui pèse lourd dans la crise d’identité collective. En une phrase: le football gabonais tient une balle de match. Reste à savoir qui aura le courage de la frapper.

Par Ismael Obiang Nze (Libreville, correspondance)
Le 24/04/2026 à 11h12