Politique

L'armée algérienne accusée d'avoir annexé le nord du Mali

L'armée algérienne est allée prendre ses aises en territoire malien, au point que la presse et le parti Adépm l'accusent d'avoir annexé plusieurs kilomètres carrés du Mali. La frontière étant bornée depuis 1983, il s'agit bien d'une décision mûrement réfléchie.

Par Djamel Boutebour
Le 06/10/2020 à 13h22, mis à jour le 06/10/2020 à 13h23
L'armée algérienne accusée d'occuper le nord du Mali par un important parti politique
Un militaire algérien faisant le guet. | DR

Mercredi 23 septembre vers 12h, selon des sources maliennes, l’armée algérienne est entrée dans le territoire de son voisin, s’avançant sur plusieurs kilomètres. "A la frontière d’In-Halid dans le cercle de Tessalit dans la région de Kidal, l’Algérie vient d’annexer quelques centaines de kilomètres carrés de notre territoire", écrit ainsi le site d’information Maliweb qui relaie un communiqué de l’Alliance démocratique du peuple malien (Adépm).

Ces accusations ne sont pas à prendre à la légère. Elles viennent, en effet, d’une formation politique pour le moins sérieuse avec à sa tête le docteur Aboubacar Sidick Tomba.

Le parti Adépm "déplore cette violation du principe d’intangibilité des territoires par l’Algérie au moment où le Mali est plongé dans une crise multidimensionnelle".

Et d’ajouter: "le moment de cette annexion est mal choisi par l’Algérie qui veut profiter d’une période de transition encore douteuse (…) pour poignarder le peuple malien dans le dos". Pourtant, rappelle l’Adépm, c’est ce peuple malien qui a aidé l’Algérie "de 1960 à 1963 à conquérir son indépendance en envoyant des militaires combattre la France".

Cette incursion inacceptable en territoire malien aurait duré plusieurs jours, puisque la mission algérienne s’est terminée le 21 septembre, selon les aveux mêmes du ministère algérien de la Défense.

Car tentant de nier les faits, l’armée algérienne donne de précieux détails qui l’incriminent davantage.

Qualifiant les accusations parues dans la presse malienne de simples "allégations", les autorités algériennes affirment qu’elles "font suite à une mission technique conduite par des experts, relevant du Service géographique et de télédétection de l’Armée nationale populaire, accompagnés par un détachement de sécurisation et de protection et à l’intérieur du territoire national pour effectuer des travaux de vérification des bornes du tracé frontalier algéro-malien et à proximité de la localité frontalière malienne d’In Khalil".

C’est là qu’elles avouent pourtant que "cette mission technique a achevé ses travaux en date du 21 septembre 2020 avant de quitter les lieux sans enregistrer d’incident".

La question se pose donc de savoir ce que faisaient ces militaires, plusieurs kilomètres à l’intérieur du Mali, le 23 septembre à midi, soit deux jours après la fin officielle de ladite mission.

En tout cas, si l’armée algérienne est entrée en territoire malien, c’est qu’elle l’aura fait sciemment, puisque la frontière entre les deux pays a fait l’objet d’une convention de bornage depuis 1983, date à laquelle d’ailleurs, des repères physiques ont été clairement posés. Dans ce paysage rocailleux de Tessalit, on est loin d’un désert de sable qui bouge au gré des vents et qui pourrait être à l’origine d’une incursion en territoire voisin par inadvertance. De plus, à l’heure du GPS, aucune erreur n’est permise.

Par Djamel Boutebour
Le 06/10/2020 à 13h22, mis à jour le 06/10/2020 à 13h23