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Algérie: production et consommation de gaz, «on va avoir de sérieux problèmes en 2030», selon Chitour

Mise à jour le 07/01/2021 à 12h09 Publié le 06/01/2021 à 13h36 Par Karim Zeidane

#Economie
Gaz algérie
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#Algérie : La forte consommation domestique du gaz inquiète les autorités algériennes. Le ministre de la Transition énergétique vient de tirer la sonnette d’alarme. Outre l’épuisement des gisements, la consommation intérieure se fait au détriment des exportations de gaz qui assurent les recettes en devises.

La hausse exponentielle de la consommation intérieure de gaz inquiète les autorités algériennes. Le ministre de la Transition énergétique Chems Eddine Chitour a tiré la sonnette d’alarme en soulignant qu’au rythme actuel de la hausse de la consommation de gaz naturel, «on aura un sérieux problème en 2030».

En effet, selon le ministre, «l’Algérie consomme 800 millions de mètres cubes de gaz naturel par semaine». Et selon Chitour, «à ce rythme et en termes de production d’électricité, on consomme environ 40 milliards de mètres cubes par an».

Quant au coût de cette consommation, il est estimé à 12 milliards de dollars, sachant qu’un milliard de mètres cubes de gaz équivaut à 300 millions de dollars. Une ardoise supportée par l’Etat grâce aux subventions, sachant que la tarification énergétique ne couvre pas le coût de revient de la production électrique assurée à hauteur de 99% par le gaz de la Sonatrach.


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Du coup, à cause des subventions, la Sonelgaz, le groupe public de gaz et d’électricité, est surendetté et a du mal à faire face à ses besoins d’investissement. D’ailleurs, les dirigeants de l’entreprise n’ont cessé de solliciter une révision des tarifs de gaz afin d'en réduire la consommation intérieure, qui résulte surtout du gaspillage à cause du coût bas du mètre cube résultant des subventions publiques.

Partant, le ministre explique que l’Algérie doit revoir sa politique de consommation énergétique et réduire celle-ci. A défaut de revoir cette politique, l’Algérie va droit dans le mur et «on pourrait avoir de sérieux problèmes en 2030».

En effet, au rythme de l’évolution de la consommation actuelle, en tenant compte de l’évolution démographique avec 55 millions de consommateurs à cette date, l’Algérie se retrouvera devant un véritable dilemme à l’horizon 2030. «En 2030, on aura un sérieux problème, soit on consomme, soit on exporte. C’est une rupture qu’il faut mener. Le pétrole et le gaz vont disparaître», a expliqué Chitour.


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Ses prédictions rejoignent celle de l’ancien ministre de l’Energie, Mustapha Guitouni, qui avait alerté, en décembre 2018, que «si on continue à consommer à ce rythme, on arrêtera d’exporter à l’étranger, à l’horizon 2022, il restera juste de quoi satisfaire les besoins internes». Il avait alors expliqué que «l’Algérie produit actuellement 130 milliards de mètres cubes de gaz dont la moitié est consommée en interne et 30% doit rester dans les puits pour qu’ils puissent demeurer actifs». C’est dire que la proportion à exporter est faible.

Seulement, la forte consommation de gaz au marché intérieur, qui croit de 10% l’an sous l’effet de la démographie et du développement économique, alors que la production locale baisse, n’est pas la seule menace qui plane sur les exportations algériennes.

Celles-ci sont sous le coup de trois autres menaces. D’abord, il y a l’impact de l’épuisement des puits de gaz sous l’effet des faibles investissements dans le secteur au cours de ces dernières années. Des investissements limités grandement par la règle 51/49% qui assure à l’Etat et aux Algériens au moins 51% de la participation dans les projets au niveau des secteurs stratégiques. A cela s’ajoute qu’une partie du gaz extraite est réinjectée dans les puits pour extraire du pétrole. Une situation qui fait que la production n’arrive pas à suivre la forte demande locale.


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A cause de la demande intérieure et de l’épuisement des puits de gaz, l’actuel ministre de l’Energie, Abdelmadjid Attar, estime que les exportations devraient se situer autour de 25 milliards de m3 à l’horizon 2025, soit moins de la moitié des exportations en gaz du pays en 2005 qui se situaient à 64 milliards de m3, avant de chuter à 51 milliards de m3 en 2018, puis 43 milliards de m3 en 2019 et 41 milliards de m3 en 2020.

Cette baisse continue inquiète les importateurs européens, qui pour sécuriser leurs approvisionnements, se tournent vers des producteurs beaucoup plus sûrs, comme les Etats-Unis, le Qatar et surtout la Russie.

La troisième menace vient de la concurrence étrangère sur le marché européen jusque-là le principal débouché du gaz algérien grâce aux oléoducs reliant les champs gaziers algériens aux principaux marchés importateurs, notamment l’Espagne et l’Italie. Seulement, sur ces marchés, le gaz algérien est sous la double menace du gaz de schiste américain qui l’a supplanté sur le marché espagnol et très prochainement par le gaz russe avec la réalisation de l’oléoduc Nord Stream 2 qui permettra à la Russie de doubler ses exportations de gaz vers l’Europe occidentale. A cela s’ajoute aussi le démarrage du gazoduc Trans-Adriatique TAP) qui chemine depuis novembre dernier le gaz produit en Azerbaïdjan vers l’Europe en passant par la Turquie. Ces nouveaux concurrents, plus compétitifs, vont impacter fortement la demande de gaz algérien. Déjà en 2019, l’Algérie ne pesait que 5% des importations de gaz par l’Union européenne via les gazoducs.


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Enfin, le cours du gaz étant indexé sur celui du baril de pétrole, les cours bas du gaz ont impacté les recettes algériennes des hydrocarbures dominées par les exportations de gaz. Une situation qui risque de ne pas évoluer dans les années à venir à cause de la surproduction mondiale de pétrole et de gaz due à l’exploitation du gaz de schiste américain et des nouvelles découvertes de gaz au niveau du continent africain.

Conséquence, pour le ministre de la Transition énergétique, il faut prendre le virage des énergies renouvelables pour réduire la consommation des énergies fossiles et particulièrement du gaz. Il faut aussi changer les comportements en mettant l’accent sur les voitures électriques. Le pays a importé 5 bornes de recharge de voitures électriques pour démarrer ce virage électrique !!!

Un pari loin d’être gagné quand on sait que le pays fait face à l’épuisement de son matelas de réserves en devises qui se situe actuellement sous le seuil des 30 milliards de dollars. 
Le 06/01/2021 Par Karim Zeidane