Algérie: l’inflation galopante fait chuter le pouvoir d’achat, les autorités s'en lavent les mains

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Le 22/12/2021 à 17h28, mis à jour le 22/12/2021 à 17h29

Les données distillées par le gouverneur de la Banque d’Algérie indique que l’inflation a atteint un niveau alarmant de 9,2%. Pire, la hausse des prix sur les biens alimentaires est encore plus élevée. Et c'est le pouvoir d'achat des Algériens qui en pâtit.

L’inflation a atteint des niveaux inquiétants en Algérie, selon les données détaillées par le gouverneur de la Banque d’Algérie, Rostom Fadhli, lors d’une rencontre avec les banques commerciales à l’Ecole des banques d’Alger.

Selon le gardien de la politique monétaire et de la stabilité des prix en Algérie, l’inflation s’est accélérée dans le pays pour se situer à un niveau alarmant de plus de 9,2% au mois d’octobre dernier et un bond de 5,96 points en une année.

Plus grave encore, cette flambée des prix touche particulièrement les prix des produits alimentaires «à cause de la forte croissance des prix des produits agricoles frais qui ont marqué une évolution de 16,5% en octobre 2021, contre 1,9% le même mois de l’année passée», a expliqué le gouverneur de la Banque d’Algérie. Autre exemple, les pâtes alimentaires ordinaires ont vu leur prix passer de 40 à 80 dinars, celui du kilogramme de la pomme de terre qui était vendu à 50 dinars a vu son prix atteindre 150 dinars, celui de la viande blanche est passé de 320 dinars à 500 dinars…

Cette hausse des prix n’a pas épargné les produits manufacturés qui ont connu une hausse de 6,2% en octobre 2021, contre 0,7% à la même période l’année dernière.

Comment expliquer cette inflation galopante? Une chose est sûre, le gouverneur de la Banque d’Algérie s’est absous de son côté de toute responsabilité en soulignant que cette inflation «n’est pas d’origine monétaire». En clair, elle ne résulte pas de la politique monétaire de la banque centrale. Elle ne peut pas non plus être justifiée par une «inflation importée», l’Algérie n’important pas d’hydrocarbures, notamment le gaz, dont le cours a flambé durant l’année, et les interdictions d’importation touchent presque tous les produits.

Cette inflation s’explique essentiellement par la politique de préservation des avoirs en devises du pays édictée par le président et son Premier ministre.

Or, cette politique a été menée alors que la production algérienne est globalement faible et ne couvre pas la demande locale. A titre d’exemple, pour un besoin compris entre 5 et 6 millions de poules, 40% seulement sont produits localement, le reste devant être importé. Idem pour le lait dont à peine le tiers de la demande est produit localement. Conséquence, les interdictions d’importation se traduisent inéluctablement par des pénuries et par ricochet par des hausses vertigineuses des prix.

Conséquence, cette mesure règlementaire s’est traduite par des pénuries tous azimuts. Et la loi de l’offre et de la demande a fait le reste entraînant une flambée des prix de presque tous les produits.

Il y a aussi l’effet de la «dévaluation» continue du dinar algérien face aux devises étrangères, notamment à l’euro et au dollar, renchérissant la facture des importations de matières premières et d’intrants rentrant dans la production de certains produits.

Reste que le principal facteur à l’origine de la hausse des prix est le résultat de la politique d’interdiction des importations de produits par les autorités algériennes depuis 2016 et qui a été renforcée en 2021 par le gouvernement du Premier ministre et argentier du pays, Benabderrahmane.

L’Algérie ne produisant pas suffisamment localement, cette politique s’est traduite par des pénuries de nombreux produits durant l’année. On se rappelle de celles de l’huile, de la farine ou encore de lait, entre autres. Et ces interdictions ont également touché la production locale qui reste dépendante des intrants importés et devenus indisponibles eux aussi.

Cette politique d’interdiction des importations a entraîné des pénuries de produits qui a leur tour ont logiquement produit cette inflation galopante qui a particulièrement touché les produits alimentaires.

Et ce sont les ménages qui sont touchés au portefeuille par cette politique qui appauvrit davantage les couches populaires et réduit fortement le pouvoir d’achat de la classe moyenne parmi laquelle nombreux sont ceux qui ont du mal actuellement à joindre les deux bouts.

Malheureusement, pour les dirigeants algériens, l’essentiel est ailleurs: la préservation des réserves en devises du pays qui avaient beaucoup chuté durant ces deux dernières années, au point que les autorités avaient cessé de les annoncer. Désormais, grâce à cette politique de privation de la population, ces réserves se sont reconstruites et le gouverneur vient d’annoncer qu’elles se situent actuellement à 46 milliards de dollars. De quoi encore acheter des armes et continuer à priver la population de voitures et d’autres biens et produits.

Pourtant, les autorités savent clairement l'origine réelle de cette inflation. Le président algérien a même demandé, début novembre dernier, d’assouplir la politique d’interdiction des importations afin d’atténuer les pénuries et l’inflation. «Il faut résoudre les préoccupations des citoyens concernant les secteurs du commerce et de l’agriculture et lutter contre la hausse des prix, même si l’on doit recourir à l’importation, à titre urgent et exceptionnel, pour préserver le pouvoir d’achat», avait plaidé le président Tebboune, ajoutant que s’il le fallait «inonder le marché par les produits touchés par la spéculation, notamment les produits de large consommation et ceux entrant dans la production de viandes blanches». 

Par le biais de cette sortie, le président algérien reconnait lui-même que l’inflation et les pénuries des produits alimentaires et d’autres produits sont dues aux politiques d’interdiction des importations mises en place dans le but uniquement de préserver les réserves en devises, quitte à ce que le peuple en souffre. Du coup, sa sortie n'a pas eu de suite.

D’ailleurs, le Premier ministre et ministre des Finances du pays s’autosatisfait de l’excédent commercial dégagé par le pays après 7 ans de déficit budgétaire, sans expliquer que celui-ci n’a été possible qu’en privant les Algériens des biens et produits qui ne sont cependant pas fabriqués localement.

Le cas des véhicules neufs est emblématique. Depuis 2016, les voitures neuves sont vendues au compte-gouttes. Après les quotas d’importation, suivis des interdictions, l’arrêt des unités de montage automobile s’est traduit par la fin de l’approvisionnement du marché en véhicules neufs. Conséquence, les prix d’un véhicule d’occasion ayant roulé de nombreuses années coûte beaucoup plus cher qu’un véhicule neuf importé et vendu avant par les concessionnaires automobiles.

L’inflation touche donc tous les produits et c’est l’Algérien qui en pâtit. Avec un SMIG de 20.000 dinars (138 dollars) et un salaire moyen de 35.000 dinars (243 dollars), les Algériens ont de plus en plus du mal à vivre. D’ailleurs, d’après une étude d’experts sur les salaires, rendue publique par les syndicats, 34% des travailleurs algériens sont menacés de pauvreté. Et selon les syndicats, il faut disposer d’un salaire de 80.000 dinars pour vivre dignement. Ce qui est loin d’être le cas sachant que le salaire moyen est de 35.000 dinars et qu’un médecin généraliste débutant perçoit 50.000 dinars par mois (360 dollars). 

Conséquence, en septembre dernier, 14 syndicats, inquiets de la détérioration continue du pouvoir d’achat des travailleurs, avaient attiré l’attention des autorités sur la situation sociale «dangereuses» et «inacceptable». Depuis, les principaux syndicats de l’éducation et de la santé sont montés au créneau pour demander une augmentation des salaires afin de pouvoir «améliorer le pouvoir d’achat des travailleurs». Selon le Syndicat national autonome des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (Snapest), il est impossible de s’en sortir avec moins de 80.000 dinars. C’est dire que face à cette inflation, les fonctionnaires tirent le diable par la queue. 

Par Karim Zeidane
Le 22/12/2021 à 17h28, mis à jour le 22/12/2021 à 17h29