Economie

Algérie. Pénurie d’huile de table: la commission d’enquête parlementaire dément les autorités

Les autorités algériennes n’ont cessé de nier l’existence de pénuries d’huile en annonçant une production supérieure à la demande et en accusant les spéculateurs. Pourtant, la commission d’enquête parlementaire mise en place a fait des révélations en contradiction avec les annonces des autorités.

Par Karim Zeidane
Le 02/02/2022 à 08h11, mis à jour le 02/02/2022 à 08h34
Pénurie d'huile
DR

La pénurie de l’huile de table persiste. Cette denrée de première nécessité est toujours rare sur les étals des magasins et des épiceries en Algérie. Un état de fait qui a entraîné de nombreuses bousculades et des distributions rationnées. La situation a été telle que les autorités sont allées jusqu’à interdire la vente de l’huile aux personnes de moins de 18 ans!

Pourtant, les autorités n’ont cessé de démentir l’existence de pénuries en soulignant que la production d’huile de table en Algérie dépasse largement la demande du pays. Le Premier ministre, Aïmene Benabderrahmane, avait indiqué début janvier 2022 que la situation allait redevenir normale en 7 jours en affirmant que les besoins nationaux s’élevaient à 1.600 tonnes/jour, tandis que la production avaient atteint plus de 2.000 tonnes/jour, avec une capacité supplémentaire dépassant les 400 tonnes/jour.

Toutefois, face aux bousculades et aux rayons des supermarchés vides de bouteilles d’huile, il fallait trouver des raisons. Et au début, ce sont les spéculateurs qui ont été jugés coupables par les autorités. Une nouvelle loi anti-spéculation a été mise en place avec de lourdes peines de prison (3 à 10 ans) et d’amendes (1 à 2 millions de dinars, soit 6.350 à 12.700 dollars) pour intimider les commerçants, sans effets sur le terrai!n.

Par la suite, et c’est comme toujours le cas, les autorités ont accusé la «main extérieure» d’être derrière cette pénurie en Algérie.

Enfin, les autorités algériennes avaient incriminé la contrebande entre l’Algérie et la Tunisie d’être l’origine des pénuries d’huile et d’autres produits subventionnés, à l’origine de la sortie du territoire algérien de près de 30% des produits alimentaires du pays.

Seulement, face aux pénuries persistantes en dépit des démentis des autorités, une Commission d’enquête parlementaire a été mise en place par les élus pour mettre en lumière l’existence de cette pénurie et ses raisons.

Ainsi, selon le président de cette commission, Ismaël Kouadri, «on a entendu des chiffres annoncés, mais quand on est allé sur le terrain, on s’est rendu compte, et ça reste notre point de vue en tant que commission d’enquête, que ces chiffres sont imaginaires». En clair, les chiffres avancés par les autorités concernant l’existence d’une production abondante et des quantités importantes d'huile de table dans les magasins ne se sont pas avérés sur le terrain.

Pire, selon cette commission, «on n’a pas trouvé de spéculation», ce qui dément ainsi l’argument fondamental des autorités, dont le président Abdelmadjid Tebboune, qui n’avait pas hésité à taxer les commerçants de «parasites» spéculateurs.

Et enfonçant le clou, les parlementaires algériens expliquent que, «quand il y a abondance, il n’y a pas spéculation». Une manière de tancer encore plus ceux qui avancent que le pays produit largement et plus qu’il n'en a besoin.

Le même problème persiste actuellement avec la pénurie des médicaments, devenue plus préoccupante à cause de la forte demande sur certains médicaments entrant dans le protocole thérapeutique de lutte contre la pandémie du Covid-19.

Et là encore, comme pour l’huile, le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Lotfi Benbahmed, a souligné qu’il n’y a pas de pénurie de médicaments et qu’«il y a une disponibilité en continu», justifiant la situation sur certains médicaments par deux facteurs «le lobby de l’importation du médicament» et la «spéculation». Il se contredit toutefois en reconnaissant des tensions sur la matière première non produite en Algérie et sur le fret maritime qui occasionnent parfois des attentes de plusieurs mois et qui, en conséquence, entraîne des arrêts des chaînes de production.

Par Karim Zeidane
Le 02/02/2022 à 08h11, mis à jour le 02/02/2022 à 08h34

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