Algérie. Perquisitions chez 5 généraux: le dernier acte du coup de force contre l'armée

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Le 18/09/2018 à 15h40, mis à jour le 19/09/2018 à 07h43

Revue de presseLe procureur général près le tribunal de Blida a ordonné de perquisitionner les domiciles de cinq généraux, jusque là interdits de quitter le territoire. Une énième bravade du camp présidentiel contre Ahmed Gaïd Salah?

Des faits d'une extrême gravité se déroulent actuellement en Algérie, avec cette chasse aux sorcières dont les protagonistes sont les plus haut gradés de l'armée. Après la vague de limogeages de généraux et de responsables de la Police, de la Gendarmerie et de l'Armée nationale populaire (ANP), une série de perquisitions a été menée dimanche dernier, le 16 septembre en soirée, au domicile de cinq généraux précédemment interdits de quitter le territoire.

Il s'agit de Lahbib Chentouf, ex-chef de la première Région militaire (RM), Saïd Bey, ex-commandant de la deuxième RM, Abderrazak Cherif, ex-chef de la quatrième RM, Boudjemaa Boudouaouar, ex-directeur des finances au ministère de la Défense nationale, et Menad Nouba, ex-commandant de la Gendarmerie nationale. 

L'enchaînement de ces faits étranges montre un emballement manifeste: la situation échappe actuellement à l'exécutif. D'ailleurs, malgré son interdiction de sortie du territoire, le général-major Saïd Bey a réussi à se rendre à l'étranger, en compagnie de sa famille. Néanmoins, selon certaines sources, ce dernier a réussi à quitter l'Algérie vendredi et serait aussitôt revenu samedi dernier. 

C'est du moins ce que croit savoir le quotidien algérien El Watan, qui affirme que Saïd Bey s'est présenté à l'aéroport vendredi avec son passeport et "une prise en charge médicale de la Caisse militaire" établie depuis plusieurs semaines. C'est après son départ que les choses se seraient accélérées. Le procureur du tribunal de Blida a démandé et obtenu du juge une commission rogatoire, plus communément appelé "mandat de perquisition".

Dans la foulée, les personnes impliquées dans le départ de Saïd Bey ont toutes été démises de leur fonction. Il s'agit en l'occurrence du directeur de la Police de l'aéroport, le général-major Abdelkader Lounes, qui n'occupait ce poste que depuis deux mois. De même, le directeur de la Caisse de sécurité sociale militaire qui avait signé cette prise en charge a été renvoyé. Et au ministère de la Défense, c'est le secrétaire général, Mohamed Zenakhri, qui a "sauté". 

Ces derniers rebondissements contredisent l'attitude du général Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major des armées et vice-ministre de la Défense, qui n'a cessé d'aller de caserne en caserne et d'y prétendre que cette vague de limogeages a été dictée par la seule nécessité d'une alternance au sein de l'institution militaire.

Il est clair que ces décisions, aux conséquences imprévisibles du fait leur gravité, ne sont pas guidées par une volonté de changement au sein de la Grande Muette. Le clan Bouteflika a décidé mettre en oeuvre son plan qui vise à prendre le contrôle définitif du pouvoir militaire. Cette énième bravade est peut-être le risque ultime qu'il leur fallait prendre pour se prouver que le coup de force contre Ahmed Gaïd Salah a bel et bien réussi. 

Par Mar Bassine Ndiaye
Le 18/09/2018 à 15h40, mis à jour le 19/09/2018 à 07h43