Cameroun: les tissus traditionnels, vitrine de tous les peuples

Le 03/06/2026 à 12h23

VidéoJadis réservés à la noblesse et portés lors des rituels sacrés, Ndop, Toghu, Obom sont de plus en plus arborés dans les rues du Cameroun. Tissés à partir de sources naturelles, ces étoffes ont même conquis de grands créateurs de mode à l’international. Cette reconnaissance ne doit cependant pas occulter le risque de la contrefaçon.

En raison de sa diversité culturelle et géographique, le Cameroun, souvent qualifié d’«Afrique en miniature» abrite des trésors textiles dont l’histoire et la symbolique sont profondément ancrées dans les traditions. L’on cite entre autres le Ndop, cette étoffe royale des Grassfields prend ses originaires dans les régions de l’Ouest et du Nord-Ouest du pays.

Le Ndop est un tissu en coton cousu en bandes et teint à l’indigo, reconnaissable par ses motifs géométriques blancs sur fond bleu. Chaque dessin en forme de losange ou en spirales est un véritable alphabet visuel qui symbolise la fertilité, la protection et le cycle de la vie des humains.

Le Toghu vient aussi du Nord-Ouest. C’est du velours aux mille couleurs. Il est brodé à la main des motifs audacieux aux couleurs orange, rouge, blanc et or sur fond noir.

Le Toghu n’était jadis porté que par les dignitaires. Il est au fil du temps devenu une véritable vitrine culturelle internationale parce que plusieurs fois porté par les délégations camerounaises lors de compétitions mondiales.

Dans l’aire culturelle Ekang localisée dans les régions du Centre, de l’Est et du Sud, on retrouve l’Obom, un tissu fabriqué à la main à base des écorces d’un arbre hyponyme. L’Obom est moins vulgaire que le Ndop et le Toghu à cause de la rareté de sa matière première.

Dans les rues de la capitale Yaoundé, il n’est plus surprenant de voir un citoyen arborer l’un de ces tissus sans que celui-ci ne soit d’une lignée royale au sens des chefferies traditionnelles au Cameroun.

Comme nous l’a affirmé un Prince de la grande chefferie Esselé d’Obala: «Dans un passé récent, le port du ces étoffes était exclusivement réservé aux chefs traditionnels, aux princes et aux autres dignitaires de la chefferie. Tout a complètement changé mais je crois que cela va de notre intérêt. A l’ère de la mondialisation, il est urgent de promouvoir notre culture pour ne pas disparaitre», a-t-il déclaré.

Mais il est à relever que tous les objets culturels qui circulent sur le marché local ne sont pas authentiques. Une grande partie est fabriquée à base de plastique, donc complètement dénuée des valeurs spirituelles comme les écorces, les fruits, les lianes, les pierres et bien d’autres sources naturelles qui constituaient l’âme de ces tissus.

Une ouverture qui offre une nouvelle visibilité à l’artisanat local et même international avec certains pays asiatiques comme la Chine qui ravitaille le Cameroun à plus 50%.

Par Jean-Paul Mbia (Yaounde, correspondance)
Le 03/06/2026 à 12h23