Guinée. Lancement de l’ECO en 2027: les prérequis des économistes

Des spécimens de la future monnaie Eco de la Cedeao.

Le 10/08/2026 à 14h13

VidéoRéunis le 19 juillet dernier à Freetown, les dirigeants ouest africains ont réaffirmé leur volonté de lancer l’ECO à partir de 2027, avec une intégration progressive des pays remplissant les critères de convergence. Conakry a demandé à rejoindre la Task force présidentielle chargée du programme de la monnaie unique. Mais pour certains observateurs, l’enjeu est d’abord de préparer l’économie guinéenne aux exigences d’une zone monétaire.

Après plusieurs reports, le projet de monnaie unique ouest africaine entre dans une nouvelle phase. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont réaffirmé leur volonté de lancer l’ECO en 2027.

La monnaie devrait d’abord concerner les pays qui remplissent les critères de convergence, tandis que les autres pourraient être accompagnés pour une adhésion ultérieure.

La Guinée entend désormais participer davantage à ce processus. Conakry a exprimé sa volonté de rejoindre la Task force présidentielle consacrée au programme de la monnaie unique.

Pour le docteur Alhassane Makanéra Kaké, économiste, le principe d’une adhésion guinéenne n’est pas en soi un problème, «je dis tout simplement que la Guinée n’est pas Prête, pour la simple raison que pour la création d’une zone monétaire il y a des contraintes à surmonter et de une discipline à observer. Il y a également des variables macroéconomiques qu’il faut absolument respecter et une certaines discipline financière et monétaire gérée par des institutions supranationales».

Au-delà de la monnaie, l’économiste pose la question de l’intégration économique. Pour lui, l’adoption d’une monnaie commune doit être l’aboutissement d’un processus économique plus large. «Les grandes questions à résoudre c’est réussir l’intégration économique. La monnaie n’est que parachèvement d’une intégration économique. Si je prend le cas de la Guinée, notre monnaie a été le rempart contre les tentatives de déstabilisation et forgé l’unité de la Guinée nouvellement indépendante».

Le débat dépasse ainsi la seule question économique. Le choix d’une monnaie commune renvoie également à la souveraineté et aux relations entre les États de la région et leurs partenaires extérieurs.

Pour N’Faly Guilavogui, journaliste, le dossier comporte une dimension géostratégique. «Qui parle de géostratégie, parle de dépendance et d’interdépendance avec les grandes puissances. La zone franc Fcfa, la France est pointée par les pays de la CEDEAO, à tort ou à raison. Donc lorsque la Guinée opte pour le franc guinéen, c’est qu’elle veut pas être dépendante sur le plan géostratégique car lorsque la Guinée va décider de choisir l’Eco, il y a aura naturellement ce cordon ombilical avec la France».

Après le retrait du Niger, du Mali et du Burkina Faso, la CEDEAO regroupe aujourd’hui douze États dont cinq- Bénin, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Sénégal et Togo- ont le CFA pour monnaie commune.

Les sept autres disposent de leur propre monnaie, l’escudo au Cap-Vert, le dalasi en Gambie, le cedi au Ghana, le franc guinéen en Guinée, le dollar libérien au Libéria, le naira au Nigéria et le leone en Sierra Leone

Pour la Guinée, la prochaine étape sera donc de participer aux discussions régionales tout en évaluant sa capacité à répondre aux exigences de la future zone monétaire. Le calendrier de la CEDEAO fixe 2027 comme horizon, mais l’intégration doit être progressive et liée au respect des critères de convergence.

Par Mamadou Mouctar Souaré (Conakry, correspondance)
Le 10/08/2026 à 14h13