Kigali. Une première en Afrique: une académie pour le leadership politique des femmes voit le jour

Les femmes débattent du leadership politique en Afrique lors de l'African academy for women in political leadership à Kigali.. Pnilippe Studio Pro

Le 10/08/2026 à 11h03

VidéoPendant cinq jours, quarante femmes venues de vingt-huit pays d’Afrique et des Caraïbes se sont retrouvées à Kigali pour la première promotion de l’Académie africaine pour le leadership politique des femmes. Bien plus qu’une simple formation, cette initiative inédite sur le continent ambitionne de créer un réseau de futures dirigeantes appelées à transformer durablement la gouvernance africaine.

«Je suis arrivée ici au moment où mon rêve de devenir la première femme présidente du Sénégal me faisait encore peur. Aujourd’hui, je repars avec la conviction que même ce rêve n’est pas assez grand.»

Assise parmi quarante femmes politiques venues de vingt-huit pays d’Afrique et des Caraïbes, Anta Babacar Ngom Diack ne décrit pas seulement l’expérience qu’elle vient de vivre à Kigali. La députée sénégalaise, entrepreneure et ancienne candidate à l’élection présidentielle de 2024, raconte une véritable transformation personnelle.

Pendant cinq jours, cette première cohorte de l’Académie africaine pour le leadership politique des femmes a partagé les expériences d’anciennes cheffes d’État, de diplomates et de responsables internationales qui ont déjà occupé les plus hautes fonctions du continent.

Cette Académie constitue une première en Afrique. Portée par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), l’Union africaine, le Réseau des femmes leaders africaines (AWLN) et l’African School of Governance (ASG), elle ambitionne de préparer une nouvelle génération de femmes déjà engagées dans la vie publique à accéder aux plus hautes responsabilités politiques.

Le programme ne se limite pas à cette première semaine de formation: il se poursuivra tout au long de l’année à travers des sessions en présentiel à Kigali, où est basée l’ASG, ainsi que des modules d’apprentissage en ligne destinés à accompagner durablement les participantes.

Au-delà du développement des compétences, les initiateurs veulent lever plusieurs obstacles qui freinent encore l’accès des femmes aux responsabilités politiques. Le programme aborde notamment le financement des campagnes électorales, la communication politique, le leadership éthique, la gouvernance publique ou encore la constitution de coalitions durables, autant de dimensions jugées essentielles pour permettre aux participantes de transformer leurs ambitions en victoires électorales et en actions de gouvernement.

Pour Anta Babacar Ngom Diack, la plus grande richesse de cette Académie réside pourtant dans les rencontres. Échanger avec les anciennes présidentes Sahle-Work Zewde d’Éthiopie, Catherine Samba-Panza de la République centrafricaine ou encore Ellen Johnson Sirleaf du Liberia, intervenue par visioconférence, a donné une autre dimension à son propre parcours.

«Elles l’ont fait. Elles ont traversé les mêmes étapes que celles auxquelles nous aspirons aujourd’hui», résume-t-elle. Mais au-delà de ces figures inspirantes, elle raconte surtout la naissance d’une véritable communauté de femmes décidées à s’entraider bien après la fin de cette première session.

Cette solidarité répond à une réalité que plusieurs participantes décrivent sans détour: le leadership politique féminin demeure souvent une aventure solitaire. «Au Sénégal, j’avais le sentiment d’être seule à poursuivre ce combat», confie la députée. À Kigali, ce sentiment s’est dissipé.

Les discussions ont rapidement dépassé les discours de circonstance pour aborder des sujets très concrets: comment financer une campagne présidentielle, mobiliser le secteur privé, créer des alliances, convaincre les partenaires ou encore bâtir des réseaux de soutien entre femmes... mais aussi avec les hommes engagés en faveur de l’égalité.

Les organisateurs ont d’ailleurs constitué cette première cohorte avec une ambition bien précise. Selon le PNUD, près de 60% des participantes proviennent de pays appelés à organiser des élections dans les trois prochaines années. L’objectif est que les enseignements acquis à Kigali puissent rapidement produire des effets concrets sur le terrain, à travers les campagnes électorales, les parlements ou les futurs gouvernements africains.

À seulement 25 ans, Lenia Charity Kevin, la plus jeune députée du Parlement ougandais, partage le même enthousiasme. Pour elle, cette Académie confirme que le leadership s’apprend tout au long de la vie. Malgré la diversité des pays représentés, elle dit avoir découvert que les défis auxquels sont confrontées les femmes politiques restent étonnamment similaires à travers le continent. Elle repart avec une vision stratégique renforcée, convaincue que la confiance des citoyens se construit avant tout par le respect de la parole donnée et des engagements pris.

Le choix du Rwanda pour accueillir cette Académie n’est d’ailleurs pas anodin. Avec 64% de femmes au Parlement, le pays affiche aujourd’hui la plus forte représentation féminine au sein d’une assemblée législative dans le monde. Un environnement que les organisateurs considèrent comme particulièrement propice à la réflexion sur le leadership politique féminin et à la transmission d’expériences entre générations.

Cette transmission constitue d’ailleurs le cœur du projet. Au fil des échanges, les anciennes dirigeantes africaines n’ont pas seulement partagé leurs réussites. Elles ont aussi évoqué leurs doutes, leurs épreuves et parfois leur vulnérabilité.

Ancienne présidente de l’Éthiopie, Sahle-Work Zewde a ainsi confié avoir souvent ressenti une profonde solitude lorsqu’elle se retrouvait comme unique femme autour des plus hautes tables de décision. Une confidence qui a profondément marqué plusieurs participantes, convaincues que cette nouvelle génération de responsables politiques africaines devra désormais avancer collectivement plutôt qu’isolément.

Même appel à la solidarité chez l’ancienne présidente centrafricaine Catherine Samba-Panza, qui a invité les participantes à profiter pleinement des connaissances acquises tout en gardant à l’esprit une responsabilité essentielle: transmettre, à leur tour, ce qu’elles auront appris aux femmes qui suivront leur chemin.

Les quarante participantes vont désormais regagner leurs pays respectifs, mais leur parcours au sein de l’Académie est loin d’être terminé. Pendant les prochains mois, elles poursuivront leur apprentissage entre sessions en ligne et rencontres à Kigali, tout en mettant progressivement en pratique les enseignements reçus.

Pour les initiateurs du programme, le véritable test ne se déroulera pas dans les salles de formation, mais sur le terrain. Au fil des prochaines élections, des nominations gouvernementales et des responsabilités qu’elles exerceront, cette première cohorte dira si l’Académie africaine pour le leadership politique des femmes est capable de faire émerger une nouvelle génération de dirigeantes et de transformer durablement la gouvernance du continent.

Par Fraterne Ndacyayisenga
Le 10/08/2026 à 11h03