Le Togo affiche une santé macroéconomique insolente, mais son agriculture, pilier de l’emploi rural, donne des signes d’essoufflement. Le lancement du Programme de modernisation de l’agriculture au Togo (ProMAT) 2025-2034 sera-t-il un tournant ou un pansement sur une jambe de bois ?
Le pays d’Afrique de l’Ouest offre en 2025 un cas d’école de dissonance statistique: son secteur primaire, pilier historique de l’emploi et des revenus ruraux, ralentit nettement (4,2% contre 5,7% en 2024), tandis que l’économie nationale affiche une vitalité insolente à 6,3%. Un grand écart qui raconte une bascule structurelle en cours, où la croissance ne dépend plus mécaniquement de la performance des champs.
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La valeur ajoutée brute réelle du primaire atteint certes 1 095,1 milliards de FCFA, un record nominal, mais la décélération de 1,5 point en un an est un signal que les décideurs ne peuvent balayer d’un revers de main.
Derrière ce coup de frein, l’Institut national de la statistique (INSEED) dessine une réalité contrastée: la branche agriculture-élevage-sylviculture ne progresse que de 4,3%, loin des ambitions affichées par Lomé. Le gouvernement n’est pourtant pas resté inerte. Il a multiplié les leviers: accès aux intrants, mécanisation, financement, irrigation, services techniques, et surtout les Zones d’aménagement agricole planifiées (ZAAP), censées agréger les producteurs pour mutualiser équipements et infrastructures de transformation.
Le lancement en 2025 du Programme de modernisation de l’agriculture au Togo (ProMAT) 2025-2034, avec son double objectif de productivité et de résilience climatique, montre que l’exécutif a identifié l’urgence. Mais ces instruments produiront-ils des effets avant la fin de la décennie ?
Le ralentissement actuel pourrait aussi refléter les limites d’un modèle agricole encore largement pluvial, exposé aux aléas climatiques que le ProMAT prétend justement atténuer. Ce paradoxe togolais, une économie qui accélère pendant que son agriculture tousse, interroge la soutenabilité sociale de la croissance. Si le PIB réel grimpe à 5 649,2 milliards de FCFA, qui en profite vraiment ?
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Les ruraux, majoritaires dans le pays, voient leur activité décélérer ; les urbains et les secteurs tertiaires tirent la locomotive. L’INSEED ne fournit pas la contribution sectorielle au PIB, mais la simple arithmétique suggère que si le primaire pèse encore lourd, sa décélération aurait dû amputer la croissance globale ; or ce n’est pas le cas.
C’est là que se niche la nouvelle donne togolaise: les services, les infrastructures, peut-être l’industrie légère, prennent le relais. Une recomposition qui est à double tranchant. Elle signale une maturation économique, mais elle expose aussi une fracture territoriale croissante. Pendant que Lomé et les corridors logistiques prospèrent, les zones rurales risquent de décrocher si les ZAAP et le ProMAT ne tiennent pas leurs promesses.
Le ProMAT, doté d’une vision à dix ans, a le mérite de poser la question de la résilience climatique, mais les résultats ne se mesureront pas avant plusieurs campagnes agricoles. En attendant, les producteurs togolais doivent composer avec des rendements qui plafonnent et des coûts qui grimpent. Le discours officiel met en avant la mécanisation et le financement, mais l’accès réel au crédit reste un casse-tête pour les petits exploitants.
La croissance de 4,2% du primaire est honorable au regard de la moyenne ouest-africaine, mais elle marque une perte de vitesse par rapport à la dynamique nationale. Le Togo illustre ainsi une vérité dérangeante: une économie peut afficher des chiffres flatteurs sans que son agriculture, socle de l’emploi, ne suive le rythme. Un décalage qui n’est pas propre au Togo, mais il y prend une acuité particulière en raison de la dépendance historique du pays à ses campagnes.
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En somme, ce que révèlent les chiffres de l’INSEED, c’est moins un échec agricole qu’un changement d’époque: l’économie togolaise apprend à marcher sur deux jambes, mais la jambe agricole boite encore. La vraie question pour les années à venir sera de savoir si Lomé saura transformer ce ralentissement en opportunité de réforme profonde, ou s’il se contentera d’un discours volontariste pendant que les campagnes s’essoufflent.
