Chaque arrivage au marché de Rufisque près de Dakar est une course contre la montre pour les commerçants. Sans magasin de conservation ni équipements adaptés, les invendus représentent une perte sèche.
Pour Karbala, vendeur de légumes, la situation est devenue difficile à supporter. Il explique que même les produits achetés à prix élevé peuvent disparaître en quelques heures. «Avant-hier, j’ai jeté un sac de carottes à 20.000 FCFA. Il faut nous trouver des frigos pour la conservation. Il faut aussi que les producteurs diminuent leurs doses d’engrais. Il fait chaud et ces produits chimiques provoquent le pourrissement rapide des produits. Nos ventes doivent durer un jour, pas plus, sinon tout le reste est jeté.»
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Karbala fait allusion aux pertes post-récoltes estimées entre 30% et 40% du total des récoltes de certaines filières. Alors Premier ministre, Ousmane Sonko avait annoncé le 26 avril 2026, la mise en place d’une nouvelle politique agricole nationale qui entrera en vigueur à partir de la saison 2027 et qui prendrait en compte les pertes qui affectent les produits périssables comme la tomate et le gombo.
En attendant, les équipements de conservation, Oumou Kalsoum, vendeuse de légumes, partage le constat de son confrère et qui pointe également l’absence d’espace sécurisé pour garder les marchandises après la fermeture des marchés. «Nous n’avons nulle part où garder nos légumes, ça pourrit vite. Chaque soir, l’invendu est laissé ici. Aujourd’hui, je viens de jeter 10 kg. Nous sommes fatigués. On veut travailler, mais ce n’est pas possible de conserver»
Au-delà du problème de conservation, les vendeurs dénoncent également l’insécurité dans les marchés. Les produits laissés sur place la nuit deviennent une cible pour les voleurs.
Amy Sène, vendeuse de légumes, raconte les difficultés rencontrées après chaque journée de vente. «Certains laissent ici leur marchandise, en plus de la courte conservation qui nous coûte beaucoup avec des légumes qui pourrissent, même les plus durs qu’on laisse ici, on ne les retrouve pas le lendemain. Il y a des voleurs qui passent et soulèvent tout, ils mettent tout sens dessus dessous et nous volent tout.»
Une production abondante donc, mais une richesse qui se transforme rapidement en pertes pour ces commerçants. Sans solutions de stockage et de sécurisation des marchés, les vendeurs craignent de continuer à voir une partie importante des récoltes disparaître avant même d’être consommée.
