Politique

Ethiopie: une étape cruciale du périple de Mohammed VI

L’Ethiopie compte aussi bien du point de vue politique qu’économique. Le pays abrite le siège de l’Union africaine que le Maroc compte réintégrer en janvier prochain, et avec ses 100 millions d’habitants, c’est aussi le pays africain qui affiche le taux de croissance le plus élevé depuis 10 ans.

Par Moussa Diop
Le 18/11/2016 à 09h49, mis à jour le 18/11/2016 à 13h30
Mohammed VI
Mohammed VI, roi du Maroc. | DR

Chacune des étapes de la tournée du roi du Maroc en Afrique a sa particularité. Celle de l'Ethiopie est très attendue pour plusieurs raisons. Après les succès des étapes rwandaise et tanzanienne, voilà Mohammed VI au pays des négus.

Au niveau diplomatique d’abord, l’Ethiopie abrite un certain nombre d’institutions régionales et continentales; notamment le siège de l’Union africaine. Une institution que le Maroc compte réintégrer lors du son prochain sommet d’Addis-Abeba en janvier 2017.

Ensuite, grâce à son poids démographique et à sa position géographique, l’Ethiopie pèse lourd dans l’échiquier économique de l’Afrique de l’Est. Un positionnement que le Maroc qui souhaite développer des partenariats gagnant-gagnant avec le reste des pays africains ne pouvait continuer à ignorer. Au cours de ces dernières années, un certain réchauffement des relations bilatérales est remarqué avec comme point d’orgue la nomination par l’Ethiopie d’une ambassadrice à Rabat il y a quelques mois et la signature de plusieurs accords dans les domaines de l’agriculture, de l’éducation, de la santé et des services entre les deux pays.

Et pour donner une nouvelle impulsion aux relations entre les deux pays, le roi du Maroc a nommé récemment une diplomate jeune, mais chevronnée, à la tête de l’ambassade stratégique d’Addis-Abéba, en la personne de Nezha Alaoui M’Hamdi, ancienne ambassadrice du royaume au Ghana et ex-numéro 2 de la direction des Affaires africaines au ministère des Affaires étrangères et de la coopération. Celle-ci aura la lourde charge de piloter la diplomatie marocaine auprès d’Addis-Abeba et au sein de cette capitale africaine stratégique qui abrite aussi le siège de l’Union africaine et de nombreuses organisations panafricaines.

C’est dire si la visite du roi du Maroc en Ethiopie revêt un cachet particulier dans cette volonté du royaume d’élargir ses partenariats stratégiques au delà de l’Afrique de l’ouest et centrale.

Train reliant l'Ethiopie à Djibouti.

Au-delà du volet politique, la visite du roi dans ce pays devrait également ouvrir une nouvelle page dans la coopération économique entre les deux pays.

Une économie dynamique

En effet, estimée à 100 millions d’habitants, l’Ethiopie est le second pays le plus peuplé du continent africain, après le Nigéria et devant l’Egypte. En plus de son important marché, l’Ethiopie est incontestablement l’économie la plus dynamique du continent africain. Ainsi, entre 2005 et 2015, son PIB a enregistré une croissance annuelle moyenne de 10%, reflétant l’augmentation du niveau d’activité économique du pays. Le PIB a été multiplié par 5 en moins de 20 ans, passant de 12,4 milliards de dollars vers la fin des années 1990 à 63,02 milliards de dollars en 2015, faisant passer la richesse par habitant de 162,81 dollars à 702,12 dollars sur la période.

Cette croissance est tirée par les investissements dans les infrastructures (routes, aéroports, chemin de fer, tramway, etc.). Dans ce cadre, on peut signaler l’inauguration il y a quelques jours d’une ligne de chemin de fer de 752 km qui relie Addis-Abeba au port de Djibouti, d’un coût de 3,4 milliards de dollars. Un canal par lequel passe la quasi-totalité des importations et des exportations de l’Ethiopie.

Par ailleurs, pour faire face à ses besoins en électricité, l’Ethiopie construit le plus grand barrage d’Afrique, le barrage de la Renaissance. Ce barrage pharaonique de 1800 mètres de long et 175 mètres de haut, qui sera livré en 2017, devrait permettre avoir une puissance de 6000 MW. Ce qui permettra au pays de couvrir ses besoins électriques croissants en lien avec son industrialisation et d’exporter son excédent aux Kenya et dans les autres pays voisins.

Le barrage de la Renaissance.

Le FMI prévoit 8% de croissance du PIB pour les années à venir

Le Fonds monétaire international (FMI) prévoit une croissance plus modérée de l’ordre de 8% par an en moyenne sur les années à venir, croissance tirée par le développement agricole et industriel. Grâce à cette dynamique, le pays attire de plus en plus d’investisseurs étrangers, notamment saoudiens, chinois, américains, etc.

Si certains secteurs sont fermés aux investisseurs étrangers dont les banques, les compagnies d’assurances et la grande distribution, les secteurs ouverts offrent d’importantes opportunités. La Chine fait d’ailleurs de l’Ethiopie sa nouvelle usine pour la production de nombreux produits (chaussures, textiles, etc.). Le pays bénéficiant des avantages comparatifs indéniables grâce à une main-d’œuvre abondante et bon marché.

Ethiopie: inauguration d'un train chinois pour relier Addis Abeba au port de Djibouti

Ethiopie: construction de deux nouveaux barrages d’une capacité globale de 672 MW

En attendant le développement industriel du pays, l’agriculture représente 42% du PIB, 80% des exportations et 75% des emplois. L’Ethiopie est le premier producteur du café arabica en Afrique et le 6e mondial. Outre le café, le thé est largement cultivé. Le pays dispose également du plus gros cheptel du continent avec 40 millions de têtes de bovins, 26 millions d'ovins, 23 millions de caprins et 2 millions de camelins. L’élevage représente 40% du PIB agricole.

Afin d’impulser une nouvelle dynamique à son développement, l’Ethiopie a lancé un second Plan de croissance et de transformation GTP II 2015-2020 –Growth and transformation Plan II- qui met davantage l’accent sur l’activité manufacturière dominée actuellement par l’agroalimentaire, le textile et l’habillement, le cuir, etc.

Une faible présence marocaine

Tous ces éléments font que l’Ethiopie, du point de vue économique, est un marché stratégique. Rares sont les entreprises marocaines présentes sur ce marché. Bank of Africa, filiale du groupe BMCE Bank of Africa, y dispose d’un bureau de représentation via sa filiale djiboutienne Bank of Africa Mer Rouge.

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D’autres entreprises y sont implantées. C’est le cas du spécialiste de la monétique marocaine m2m Group et du groupe minier Managem qui y exploite un projet aurifère. Ces acteurs seront bientôt rejoints par Jacob Engineering S.A (JESA), joint-venture du groupe OCP et de l’américain Jacobs. D’ailleurs, la visite du roi devrait marquer l’officialisation de l’implantation du groupe OCP en Ethiopie avec un investissement de l’ordre de 2,5 milliards de dollars visant la construction d’une usine d’engrais d’une capacité de production annuelle de 1,1 million de tonnes de m3 d’urée et 1,5 million de tonnes de m3 d’engrais.

Ainsi, le groupe OCP, après le Gabon et le Nigéria, se positionne comme le fer de lance de la diplomatie économique du Maroc en Afrique, tout en consolidant son leadership mondial, non seulement du phosphate, déjà incontestable, mais aussi et surtout des engrais.

Et l’implantation du groupe OCP en Ethiopie est stratégique pour ce pays à fort potentiel agricole mais fragile à cause des sécheresses et de la pauvreté de ses sols.

Par ailleurs, ce marché affiche des besoins importants en ce qui concerne les produits pharmaceutiques, électriques et électroniques, matériaux de construction, produits de la pêche, etc.

Outre le potentiel du marché local et ses 100 millions de consommateurs, dont 64% ont moins de 64 ans et au pouvoir d’achat croissant, les entreprises marocaines peuvent bénéficier d’un marché régional beaucoup plus large. L’Ethiopie étant membre du Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA) et ses 340 millions de consommateurs.

Ainsi, à l’instar des étapes du Rwanda et de la Tanzanie lors de la première partie du périple du roi en Afrique de l’Est, l’étape éthiopienne sera aussi marquée par de nombreuses signatures de conventions de partenariat et d’investissement.

L’Ethiopie, pays dynamique certes sur le plan économique avec les taux de croissance les plus élevés du continent grâce notamment au développement des infrastructures (barrages, routes, chemin de fer, métro, tramway, etc.), reste fragile pour nourrir sa population qui fait presque trois fois celle du Maroc. Et à ce titre, le pays va certainement solliciter l’expertise marocaine du Plan Maroc vert pour développer son agriculture et assurer durablement sa sécurité alimentaire. Et l’investissement du groupe OCP, évènement économique phare de cette visite royale, ne manquera pas aussi d’impacter de manière structurelle l'agriculture et l’économie éthiopienne.

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Quelques indicateurs du pays

République fédérale démocratique d'Ethiopie

Capitale
Addis-Abeba
Superficie 1.132.308 km2 (81,43 hab/km2)
Monnaie Birr (1$=21 birr)
Population  100 millions d’habitants
Terres arables 39 millions d’hectares
Religions 43% de chrétiens-orthodoxes, 34% de musulmans, 18% de protestants, etc.
Ethnies Oromos (35%), Amharas (27%), Tigrays (6%), Somalis (6%)
Par Moussa Diop
Le 18/11/2016 à 09h49, mis à jour le 18/11/2016 à 13h30

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