Duane «Keffe D» Davis, ex-figure des South Side Compton Crips - un gang d’un quartier sensible de Los Angeles -, avait été reconnu coupable fin août, au terme d’un procès qui a décortiqué ses confidences compromettantes sur la nuit du meurtre, tirées de ses propres mémoires.
«Vous n’avez pas le droit d’arracher un homme à sa famille. Vous n’avez pas le droit de lui ôter la vie, de lui voler tout son avenir, puis de vous en tirer à bon compte. Surtout quand cet homme s’appelle Tupac Shakur», a insisté la juge de Las Vegas, Carli Kierny.
«Cela nous a pris 30 ans, mais aujourd’hui, vous allez répondre de vos actes», a-t-elle ajouté, en fixant une peine moindre que la perpétuité réclamée par l’accusation.
Avant même le prononcé de la peine, l’avocat de M. Davis, Michael Sanft, a annoncé qu’ils allaient «faire appel de cette décision».
Pendant trois semaines, le procès a décortiqué la vengeance de gang fatale à Tupac Shakur, la nuit du 7 septembre 1996 à Las Vegas.
Selon l’accusation, Duane Davis a organisé le meurtre du rappeur pour se venger du passage à tabac de son neveu Orlando Anderson, auquel Tupac avait participé quelques heures plus tôt, après avoir assisté à un combat du boxeur Mike Tyson à Las Vegas.
Rivalités meurtrières
A l’époque, l’univers du rap américain était à couteaux tirés et Tupac, auteur des tubes «California Love» et «All Eyez on Me» était alors la figure de proue du hip-hop californien.
Le label de la côte Ouest Death Row Records, où Tupac officiait, était l’ennemi juré de la maison de disques new-yorkaise Bad Boy Records, fondée par P. Diddy.
Lors de ses déplacements dans l’Ouest américain, chaque label recourait à des gangs rivaux de Los Angeles pour sa protection: Death Row Records faisait appel à Mob Piru, tandis que Bad Boy Records recourait aux South Side Compton Crips.
Le passage à tabac du neveu de Duane Davis à Las Vegas était ainsi lui-même motivé par un accrochage survenu entre les Crips et Mob Piru quelques semaines plus tôt, selon les procureurs.
Mais cette histoire de vengeance a pris près de trois décennies à prouver.
Les enquêteurs ont toujours échoué à retrouver la Cadillac blanche d’où les coups de feu fatals à Tupac Shakur ont été tirés.
Ils n’ont également jamais retrouvé l’arme du crime et les passagers du véhicule sont progressivement morts les uns après les autres, victimes de la violence des gangs.
À 63 ans, Duane Davis est le dernier membre de l’équipage du véhicule encore vivant.
Dès 2008, il a reconnu devant les enquêteurs qu’il se trouvait dans la Cadillac. Mais ses confidences intervenaient dans le cadre d’un accord prévoyant une immunité partielle, et ne pouvaient être retenues contre lui.
Livre accablant
Mais les années passant, l’ex-membre de gang a commencé à s’épancher dans les médias, avant de publier en 2019 des mémoires accablants.
Dans ce livre, il admet qu’il se trouvait sur le siège passager du véhicule, que l’équipage recherchait Tupac pour se venger, et qu’il a fait passer le pistolet aux occupants de la banquette arrière, sans révéler l’identité du tireur.
C’est cette parution qui a relancé l’enquête et a conduit à son arrestation en 2023, avant de devenir la pièce à conviction centrale du procès.
Duane Davis «est un criminel condamné à cinq reprises. Il est à la tête d’un gang de rue violent à Compton et, de son propre aveu, (...) c’est lui qui donne l’ordre» de tuer Tupac, a rappelé mardi le procureur Marc DiGiacomo.
Pendant le procès, Duane Davis a tenté de revenir sur ses confidences. Son avocat a assuré que ses mémoires avaient été romancés par son co-auteur, et qu’il se trouvait à Los Angeles le soir du meurtre.
Une défense visiblement inefficace auprès des jurés, qui n’ont eu besoin que de trois heures pour s’accorder sur sa culpabilité.
«Tu mérites chaque minute, chaque minute de la peine maximale», lui a lancé mardi la soeur de Tupac, Sekyiwa Shakur, face au tribunal. «Il est temps de réfléchir à ce que tu as fait à ce monde.»
