Maroc, Égypte et Tunisie: plus de 70 milliards de dollars rapportés par les transferts des diasporas et les recettes touristiques

Le 11/10/2026 à 11h39

Les transferts des diasporas et les recettes touristiques constituent des moteurs puissants pour les économies des trois pays d’Afrique du Nord: Égypte, Maroc et Tunisie. Avec plus de 70 milliards de dollars générés en 8 mois (janvier-août 2026), ces ressources constituent de vrais amortisseurs économiques pour les trois pays.

Les transferts des diasporas et les recettes touristiques en Afrique du Nord, notamment en Égypte, au Maroc et en Tunisie, pays dont les chiffres sont disponibles et fiables, affichent une forte dynamique. Selon les données cumulées au niveau des rois pays à fin août 2026, les ressources transférées par les diasporas des trois pays et les recettes touristiques se sont établies à hauteur de 70 milliards de dollars.

A titre de comparaison, le volume des exportations de ces trois pays à fin août 2026 s’est établi à hauteur de 86 milliards de dollars. C’est dire que les recettes générées par les transferts et le tourisme ont représenté presque 81,40% de celle des exportations totales des trois pays. C’est dire l’importance des transferts des diasporas et des recettes touristiques pour ces trois pays qui les considèrent à juste titre comme stratégiques pour leurs économies.

En effet, les transferts des diasporas des trois pays se sont établis à hauteur de 45,5 milliards de dollars, ressortant comme la seconde source de devises derrière les exportations.

Transférés par une population estimée à plus de 21 millions de migrants pour les trois pays, ces transferts contribuent à la stabilité sociale et économique des trois pays. Ils constituent d’abord un filet de sécurité financière pour de nombreuses familles. Ils contribuent à stimuler le pouvoir d’achat et la consommation des ménages dont certains dépendent entièrement des transferts des migrants. Globalement, ces transferts sont en très grande partie consacrés à la consommation courante, attestant à la fois leur impact social immédiat et le potentiel encore important d’orientation d’une partie de cette épargne vers l’investissement productif.

Au-delà, sur le plan économique, ces transferts contribuent au renforcement des réserves en devises des pays récipiendaires, à l’amélioration de l’équilibre de leurs comptes extérieurs (balance des opérations courantes, balance des paiements) et contribuent globalement à stabiliser les économies des pays dans un contexte de fortes incertitudes liées au conflit au Moyen-Orient.

En ce qui concerne les recettes touristiques, celles-ci se sont établies à 24,5 milliards de dollars pour des arrivées de touristes atteignant autour de 34 millions de visiteurs en 8 mois, pour les trois pays. La dynamique du secteur touristique contribue à la création de richesse et d’emplois, au renforcent des réserves de change et à l’équilibre des comptes extérieurs des trois pays.

Si ces ressources ont des impacts très positifs sur les trois pays, elles varient d’un pays à l’autre en fonction de l’importance des diasporas et de la dynamique des secteurs touristiques respectifs.

Égypte: le champion africain des transferts des migrants et des recettes touristiques

L’Égypte est le pays africain qui engrange le plus de ressources tirées des transferts des migrants et du tourisme. Pour le volet transferts d’argent de la diaspora, le pays a engrangé près de 34 milliards de dollars au titre des 8 premiers mois de l’année. Ces transferts sont en hausse de plus de 27% par rapport à la même période de l’année dernière. La conjoncture au Moyen-Orient et la situation difficile qu’elle entraine en Égypte poussent les migrants égyptiens à transférer davantage de fonds au pays pour soutenir leurs familles et sécuriser une partie de leur épargne.

La hausse enregistrée au terme des 8 premiers mois de l’année laisse penser que les transferts vont dépasser largement les 41,5 milliards de dollars enregistrés en 2025.

Le pays des pharaons doit ces transferts à sa très forte diaspora estimée à plus de 14 millions d’âmes, la plus forte au niveau du continent africain, représentant 11,70% de la population égyptienne. Cette diaspora est majoritairement installée dans les riches pays pétroliers du Golfe. En effet, 62% de la diaspora égyptienne est installée dans les pays arabes, notamment en Arabie Saoudite, aux Émirats arabes unis, au Qatar et au Koweït. Ce qui contribue à des flux de fonds importants, sans contraintes règlementaires et avec des frais de transferts très bas.

Outre les pays arabes, autour de 20% des migrants égyptiens sont installés sur le continent américain, notamment aux États-Unis et au Canada. Environ 15% résident sur le marché européen, principalement en Italie, en France, en Allemagne et au Royaume-Uni.

Ces transferts constituent des filets de sécurité importants pour la population égyptienne dont de nombreuses familles dépendent entièrement des transferts effectués par les migrants. Ils contribuent à répondre aux besoins quotidiens des familles des migrants (scolarité, alimentation, santé…).

Pour les recettes touristiques, en dépit de la perte de la place de leader africain en termes d’arrivées de touristes au profit du Maroc, l’Égypte conserve son rang au niveau des recettes. Au terme des 8 premiers mois de l’année, le pays des pharaons a engrangé 12 milliards de dollars de recettes touristiques pour 12,7 millions de touristes enregistrés. Le secteur touristique, grand pourvoyeur d’emplois, constitue aussi une source importante de devises du pays, se classant en troisième position derrière les exportations et les transferts de la diaspora.

Grâce à la forte hausse des transferts et des recettes touristiques, combinée à l’évolution positive des recettes d’exportation, les avoirs extérieurs nets en devises du pays se sont établis à un niveau record de 57,21 milliards de dollars à fin août 2026. Ces ressources contribuent à améliorer fortement les équilibres des comptes extérieurs du pays et à faire face aux incertitudes liées à un environnement mondial difficile.

Maroc: 20 milliards de dollars générés en 8 mois

Les transferts de fonds et les recettes touristiques ont dépassé les 187,15 milliards de dirhams à fin août 2026, soit 20 milliards de dollars, en hausse de 9% par rapport à la même période de l’année dernière, représentant l’équivalent de 55,90% des recettes d’exportation à cette date.

Les recettes touristiques (97,93 milliards) et les transferts des Marocains résidant à l’étranger (89,22 milliards) constituent respectivement les deuxième et troisième sources de devises du pays après les exportations (334,89 milliards de dirhams). Ce qui explique leur importance stratégique pour l’économie marocaine.

Avec quelque 6 millions de Marocains résidant à l’étranger (MRE), soit un peu plus de 15% de la population du pays, le Maroc fait partie des pays africains ayant les diasporas les plus importantes du continent. Sa diaspora est essentiellement installée au niveau des pays de l’Union européenne, notamment en France (1,7 million) et en Espagne Ceux-ci, ayant conservé des liens très solides avec leur pays d’origine, transfèrent annuellement des montants en hausse continue. A fin août 2026, ils ont transféré 89,21 milliards de dirhams au Maroc. Un volume en hausse de 9,7% par rapport à la même période de l’année dernière, selon les données de l’Office des changes.

Ces transferts constituent pour les familles bénéficiaires au Maroc de véritables filets sociaux en contribuant à la satisfaction des besoins essentiels (alimentation, soins, scolarisation…).

Quant aux recettes touristiques, dans le sillage de la hausse des arrivées de touristes, elles ont affiché une progression appréciable de 9,7% à fin août 2026, par rapport à la même période de l’année dernière, pour s’établir à 97,92 milliards de dirhams, soit 10,50 milliards de dollars, pour 14,1 millions de touristes reçus. Le Maroc réduit l’écart avec l’Égypte tout en consolidant son second rang de grand bénéficiaire des recettes de voyages au niveau du continent.

Les transferts des MRE et les recettes touristiques contribuent fortement à l’amélioration des réserves de change du Royaume qui ont atteint un niveau record de 500,06 milliards de dirhams, soit 53,60 milliards de dollars. Ils contribuent aussi à résorber l’important déficit commercial du pays qui s’est élevé à 282,6 milliards de dirhams à fin août, contribuant à l’amélioration des équilibres extérieurs du Royaume.

Tunisie: 26% des recettes d’exportation

Les transferts de Tunisiens résidant à l’étranger (TRE) et les recettes touristiques ont atteint 11,66 milliards de dinars à fin août 2026 (soit autour de 4 milliards de dollars). Ils ont représenté l’équivalent de 26,12% des recettes d’exportation à cette date, illustrant leur importance stratégique.

Les flux des transferts des migrants tunisiens ont atteint 6,14 milliards de dinars (soit 2,11 milliards de dollars), en hausse de 5% par rapport à la même période de l’année dernière. Ce montant transféré par les 2 millions de Tunisiens vivant à l’étranger confirme une fois de plus le rôle crucial de la diaspora comme pilier financier de la Tunisie.

Ces transferts ont un impact à deux niveaux sur l’économie tunisienne. D’abord, ils constituent un soutien direct aux ménages en soutenant directement le pouvoir d’achat des familles restées au pays et dynamisent la consommation et l’investissement, notamment dans l’immobilier. Ensuite, au niveau macroéconomique, les transferts renforcent le matelas des réserves en devises, améliorent les équilibres des comptes extérieurs et stabilisent le dinar tunisien face aux devises.

Au niveau des recettes, celles-ci se sont établies à 5,52 milliards de dinars, soit 1,9 milliard de dollars à fin août 2026, pour 7,16 millions de touristes. Comparativement au nombre d’arrivée, le volume des recettes demeure bas à cause du modèle de tourisme de masse adopté par la Tunisie.

Globalement, les transferts des TRE et les recettes touristiques contribuent à l’amélioration des réserves en devises du pays, lesquelles se sont établies à 25,27 milliards de dollars, assurant 99 jours d’importations de biens.

Transferts et recettes touristiques à fin août 2026

PaysTransferts d’argent (en milliards de dollars)Diaspora estimée (en millions)Recettes touristiques (milliards de dollars)Arrivées de touristes (en millions)Transferts et recettes touristiques (milliards de dollars)
Egypte34,0014 12,0012,7046
Maroc9,60610,5014,1020
Tunisie2,1021,907,204
Total45,702233,4034,0070

Enfin, au niveau de la région, pour l’Algérie, il n’y a pas de données disponibles pour l’année en cours aussi bien pour les transferts de la diaspora algérienne que pour les recettes touristiques. Pour l’année dernière, selon les estimations de la Banque d’Algérie, les recettes touristiques se sont élevées à près de 1,7 milliard de dollars. Pour les transferts des migrants algériens, selon les données de du FIDA, ils se sont établis à 1,8 milliard de dollars.

Toutefois, pour les transferts de la diaspora algérienne forte à hauteur de 7 millions d’âmes, installée essentiellement en France, les données sont biaisées à cause du gap du taux de change entre le marché officiel (135 dinars pour 1 dollar) et le marché parallèle (237 dinars pour 1 dollar). Un gap de plus de 100 dinars qui fait que les membres de la diaspora algérienne privilégient les voies parallèles pour transférer de l’argent en Algérie afin de réaliser des gains de change très conséquents.

Par Moussa Diop
Le 11/10/2026 à 11h39