Recettes touristiques. Ces 4 pays africains parmi les plus fortes croissances au monde: leurs stratégies, trajectoires et profils

Face à l’incertitude du 1er semestre 2026, les voyageurs ont privilégié les destinations de proximité.

Le 01/10/2026 à 13h38

Au premier semestre 2026, le tourisme mondial n’a progressé que de 0,4%. Mais d’après ONU Tourisme, quatre pays africains ont transformé la crise en croissance des recettes remarquables: Mozambique, Maurice, Maroc et Gambie.

Le World Tourism Barometer volume n°24, publié dans la deuxième moitié de septembre 2026 par ONU Tourisme, dresse le tableau d’un monde touristique sous tension. Entre janvier et juin 2026, 690 millions de touristes ont voyagé à l’international, soit trois millions de plus qu’un an plus tôt. La croissance globale n’est que de 0,4%.

Le premier trimestre avait pourtant progressé de 2%, avant que le deuxième ne recule de 1%, avec un mois d’avril à -3%, un mois de juin à -3% au niveau mondial, et des chutes localisées: -6% en Europe occidentale en juin, -5% en Asie du Sud-Est, -6% en Océanie.

Le conflit au Moyen-Orient, la volatilité du pétrole, l’inflation et le coût des transports ont pesé. Dans ce paysage, l’Afrique a progressé: +4% d’arrivées au premier semestre, devant l’Europe (+3%), les Amériques (+2%) et l’Asie-Pacifique (+1%). Le Moyen-Orient, lui, s’est effondré de -22%.

Mais l’autre signal africain n’est pas seulement celui des arrivées. Il est dans les recettes. Le Baromètre cite quatre pays du continent parmi ceux qui ont enregistré les plus fortes croissances relative de recettes au premier semestre 2026: Mozambique (+22%), Maurice (+18%), Maroc (+16%) et Gambie (+12%). Quatre trajectoires, quatre profils, quatre manières de résister.

A l’échelle mondiale, plusieurs pays ont enregistré une croissance à deux chiffres au premier semestre 2026, parmi lesquels le Pakistan (+81%), le Suriname (+78%), la République de Corée (+36%), le Laos (+32%) et la Malaisie (+23%). En Europe, la Grèce et l’Irlande ont toutes deux enregistré une croissance de 15%, tandis que dans les Amériques, le Brésil a connu une hausse de 12%.

Les quatre pays africains aux plus fortes croissances relatives des recettes touristiques au premier semestre 2026

PaysCroissance relative des recettes S1 2026 / S1 2025Montant absolu S1 2026Arrivées S1 2026Précisions et limites
Mozambique+22 %Non disponibleNon disponible+78,8 % de recettes du tourisme international au T1 2026 vs 2025; 4,02 % du PIB en 2023; estimation de 1,7 milliard de meticais, environ 26,6 millions de dollars, pour la saison festive 2025-2026. Opacité statistique: effet base, soutenabilité et répartition non mesurables.
Maurice+18 % 55,8 milliards de roupies mauriciennes contre 47,4 milliards un an plus tôt, soit environ 1,23 milliard de dollars+1 % au S1 2026 ; -4 % au T2 2026La Banque de Maurice confirme la vigueur des recettes. Modèle haut de gamme, long-courrier, dépendant de la connectivité aérienne. La réduction de capacité des transporteurs moyen-orientaux touche les îles de l’océan Indien.
Maroc+16 % 64,9 milliards de dirhams, soit environ 7,05 milliards de dollars+6 % au S1 2026 ; Afrique du Nord +3 %Recettes « Voyages » en progression de 15,9 % sur un an. Écart entre +6 % d’arrivées et près de +16 % de recettes : effet de valeur, dépense par visiteur ou structure des séjours. Destination proche, accessible et diversifiée.
Gambie+12 %Non disponibleNon disponibleCroissance très forte des recettes/dépenses touristiques signalée, mais aucun agrégat « recettes touristiques » en niveau dans les rapports budgétaires de mi-année. Impossible de distinguer valeur réelle, inflation ou effets de change.

Source: ONU Tourisme.

Entendez par croissance relative des recettes la variation en pourcentage des recettes touristiques d’une période par rapport à la même période de l’année précédente. Ici, +22%, +18%, +16% et +12% mesurent l’évolution des encaissements touristiques au 1er semestre 2026 par rapport au 1er semestre 2025. A ne pas confondre ni avec la croissance des arrivées (volume de visiteurs), ni avec un montant absolu en dirhams, roupies ou dollars, ni avec la part de marché ou le taux d’occupation hôtelière. Nous mettons ici en perspective une dynamique, pas un niveau.

Un monde plus cher, plus instable

Le contexte n’aide pas. Selon l’enquête du Panel d’experts du tourisme, les facteurs économiques (pétrole volatil, inflation, faible croissance, coûts élevés du transport et de l’hébergement) constituent la première préoccupation pour 2026. Le West Texas Intermediate (WTI), référence du prix du pétrole brut, cotée en dollars par baril, et utilisé comme indicateur de la volatilité des prix pétroliers en 2026, est passé de 67 dollars le baril le 27 février 2026 à 113 dollars le 7 avril, avant de retomber sous 70 dollars fin juin, puis de remonter autour de 80 à 90 dollars en juillet.

Le conflit au Moyen-Orient, lui, reste le troisième sujet de préoccupation, après avoir été le premier en mai. Quelque 53% des experts estiment qu’il affecte négativement la demande pour leur destination, contre 64% en mai ; 39% parlent d’un impact modéré, 14% d’un impact élevé. Et 47% jugent l’effet faible ou nul, contre 36% auparavant. La confiance remonte pour septembre-décembre 2026, avec un indice de 113 sur 200, au-dessus des 105 attendus pour mai-août. Mais ONU Tourisme a revu sa prévision mondiale à la baisse: +1% à +2% pour 2026, contre +3% à +4% en janvier.

Dans ce monde incertain, les voyageurs cherchent le rapport qualité-prix, se rapprochent de chez eux ou privilégient le domestique. Les compagnies aériennes africaines ont pourtant transporté plus de passagers: +9% de trafic international en Revenue Passenger-Kilometres (RPK), en français kilomètres-passagers payants, au premier semestre, l’une des meilleures performances avec l’Amérique latine et les Caraïbes (+10%).

Mais la capacité aérienne internationale a reculé de 0,6%, plombée par -20% au Moyen-Orient. Les transporteurs du Golfe ont réduit leur offre, et certaines îles de l’océan Indien en ont payé le prix: Seychelles -14% d’arrivées au premier semestre, -20% au deuxième trimestre. Maurice n’a progressé que de 1% sur six mois, avec un recul de 4% au deuxième trimestre. La connectivité reste le maillon faible.

Le Maroc conjugue arrivées et recettes

Le Maroc fait partie des rares destinations africaines à conjuguer arrivées et recettes. L’Afrique du Nord a enregistré +3% d’arrivées au premier semestre, avec une hausse de 6% pour le Maroc. Mais les recettes «Voyages» ont atteint 64,9 milliards de dirhams, selon les données de l’Office des changes, soit environ 7,05 milliards de dollars, en progression de 15,9% sur un an.

Le Baromètre retient +16%. L’écart entre +6% d’arrivées et près de +16% de recettes dit quelque chose. La dépense par visiteur progresse, ou la structure des séjours change. Dans un contexte où les flux se redirigent partiellement loin du Moyen-Orient, le Maroc consolide sa position de destination proche, accessible et diversifiée. C’est moins un effet de volume qu’un effet de valeur.

Maurice illustre le paradoxe du semestre. Les recettes touristiques brutes cumulées atteignent 55,8 milliards de roupies mauriciennes, contre 47,4 milliards un an plus tôt, soit +17,9%, environ 1,23 milliard de dollars. Le Baromètre parle de +18%. Pourtant, les arrivées n’ont augmenté que de 1% au premier semestre, et elles ont chuté de 4% au deuxième trimestre.

La Banque de Maurice confirme la vigueur des recettes, mais la dépendance aérienne reste une menace. La réduction de capacité des transporteurs moyen-orientaux a touché les destinations insulaires de l’océan Indien.

Maurice a mieux résisté que les Seychelles, mais son modèle, haut de gamme, long-courrier, sensible aux coûts et à la connectivité, reste exposé. La croissance des recettes ne doit pas masquer la fragilité des flux.

L’énigme Mozambique

Le Mozambique est le cas le plus énigmatique. Le Baromètre le classe à +22% de recettes au premier semestre 2026, ce qui en ferait le premier pays africain du groupe. Les données complémentaires ne fournissent toutefois pas de montant absolu à fin juin.

Elles signalent une croissance de 78,8% des recettes du tourisme international au premier trimestre 2026 par rapport à 2025, des chiffres sectoriels antérieurs (4,02% du PIB en 2023) et une estimation de 1,7 milliard de meticais pour la saison festive 2025-2026, environ 26,6 millions de dollars.

Autrement dit, la dynamique est forte, mais l’opacité statistique empêche de mesurer l’effet base, la soutenabilité et la répartition. Pour un pays qui cherche à transformer le tourisme en moteur économique, la transparence des recettes devient un enjeu aussi stratégique que la promotion.

La Gambie complète ce quartet avec +12% de recettes, selon le Baromètre. Mais là encore, aucun montant absolu n’est publié à fin juin 2026. Les sources disponibles signalent une croissance très forte des recettes ou dépenses touristiques, sans détailler l’agrégat dans les rapports budgétaires de mi-année.

La Gambie confirme une tendance. Les destinations africaines de taille modeste peuvent croître vite, surtout lorsqu’elles partent d’une base faible. Mais sans données en niveau, impossible de savoir si le pays capte une vraie valeur ou si l’inflation et les effets de change gonflent artificiellement les montants.

Derrière ces quatre noms, une même bascule. L’Afrique subsaharienne a enregistré +6% d’arrivées au premier semestre, l’Afrique du Nord +3%, et l’Afrique dans son ensemble +4%.

L’Afrique du Sud a bondi de 12% en arrivées. Les compagnies africaines ont transporté 9% de passagers internationaux en plus. Pourtant, l’occupation hôtelière en Afrique reste à 58% en juin, loin des 77% en Europe, des 68% dans les Amériques et des 63% en Asie-Pacifique. Le taux mondial est de 68%. La croissance des recettes ne signifie donc pas encore une occupation pleine ni une rentabilité homogène.

La Secrétaire générale de l’ONU Tourisme, Shaikha Al Nuwais, résume l’instant: «les dernières données montrent un secteur qui absorbe de vraies pressions et trouve une voie de passage. Le tourisme n’a pas cessé de croître, mais cette croissance est fragile. La situation au Moyen-Orient a touché des destinations bien au-delà de la région et rappelle que, dans un monde aussi connecté, la résilience doit être construite partout, et pas seulement quand une crise commence.»

Mozambique, Maurice, Maroc et Gambie ne sont pas quatre histoires identiques. Le Maroc joue la valeur et la proximité. Maurice défend un modèle insulaire haut de gamme, mais dépendant des liaisons aériennes. Le Mozambique affiche une croissance spectaculaire, mais encore mal documentée. La Gambie croît sans que l’on puisse mesurer précisément le niveau atteint.

Tous partagent une même réalité. Dans un monde à +0,4% de croissance globale, la croissance africaine des recettes est un actif rare. Mais elle reste exposée au pétrole, à l’inflation, aux perturbations aériennes et aux chocs géopolitiques.

La résilience ne se décrète pas; elle se construit dans les statistiques, les infrastructures, la connectivité et la capacité à retenir la valeur sur le territoire. Le premier semestre 2026 le prouve: l’Afrique peut croître. Reste à savoir si elle peut durer.

Contexte mondial et africain du tourisme au premier semestre 2026

IndicateurValeur / évolutionDétails
Arrivées internationales mondiales690 millions+3 millions par rapport au S1 2025; croissance globale +0,4%
Rythme trimestriel mondialT1: +2% ; T2: -1%Avril: -3% ; juin: -3% au niveau mondial
Chutes localisées en juinEurope occidentale : -6% ; Asie du Sud-Est: -5%; Océanie: -6%Conflit au Moyen-Orient, volatilité du pétrole, inflation, coûts des transports
Régions - arrivées S1 2026Afrique: +4%; Europe: +3%; Amériques : +2%; Asie-Pacifique: +1%; Moyen-Orient: -22%L’Afrique devant les autres grandes régions
Afrique - sous-régionsAfrique subsaharienne: +6%; Afrique du Nord: +3%Afrique du Sud: +12%; Maroc: +6%; Maurice: +1% au S1 et -4% au T2; Seychelles: -14% au S1 et -20% au T2
Trafic aérienAfrique: +9% en RPK; Amérique latine et Caraïbes: +10%Capacité aérienne internationale: -0,6% ; Moyen-Orient: -20%
Occupation hôtelière en juin 2026Monde: 68%Europe: 77%; Amériques: 68%; Asie-Pacifique: 63%; Afrique: 58%; Moyen-Orient: 53%
West Texas Intermediate (WTI)67 USD le 27 février 2026; 113 USD le 7 avril; sous 70 USD fin juin; 80-90 USD en juilletRéférence du prix du pétrole brut, cotée en dollars par baril
Prévision mondiale 2026+1% à +2%Contre +3% à +4% dans la prévision de janvier d’ONU Tourisme
Indice de confiance113/200 pour septembre-décembre 2026Au-dessus des 105 attendus pour mai-août 2026

Source: ONU Tourisme.

Par Modeste Kouamé
Le 01/10/2026 à 13h38