Choc monétaire au Mozambique: le metical au seuil du précipice

Billets de metical, monnaie du Mozambique.

Le 26/09/2026 à 10h26

Après la dégradation de Moody’s, le Mozambique tente de transformer l’urgence en programme négocié avec le FMI. La monnaie, les importations et la circulation fiduciaire disent la même tension: la stabilité reste fragile.

Une monnaie peut perdre 30% sans qu’aucune bombe n’explose. Au Mozambique, la dépréciation annoncée du metical se prépare dans les couloirs du FMI et dans les files des importateurs.

Abaissement de la note souveraine à Caa3, pénuries de devises, importations plus chères. Le Mozambique n’affronte pas seulement un choc monétaire, il découvre que son potentiel gazier ne le protège pas de l’immédiat.

La prévision d’Oxford Economics d’une dépréciation de 30% du metical au premier trimestre 2027 n’est pas qu’une alerte de change. Elle survient après la décision de Moody’s d’abaisser la note souveraine du Mozambique à Caa3, à un cran du défaut. La défiance touche donc la monnaie et la dette. Oxford Economics lie cette trajectoire aux pressions sur les finances publiques et la stabilité monétaire. Les pénuries de devises et les difficultés financières pourraient pousser le gouvernement à négocier un nouveau programme avec le FMI. Une telle dépréciation renchérirait immédiatement les importations libellées en monnaie locale et réduirait le pouvoir d’achat des ménages.

Les analystes préviennent: le prix des importations augmentera, le pouvoir d’achat s’affaiblira et les pressions sur les prix s’accentueront. Maputo estime que les bases d’un nouveau programme avec le FMI sont réunies. La mission de dix jours entamée le 8 septembre a permis, selon le ministère des Finances, d’entamer les discussions sur un éventuel programme de facilité de crédit et de jeter les bases d’un futur accord. Les négociations reprendront en novembre pour examiner les objectifs du programme.

La mission a porté sur le secteur réel, la viabilité budgétaire et de la dette, la politique monétaire, le marché des changes et les réformes structurelles. Malgré les difficultés des finances publiques, des secteurs financiers et des changes et des chocs climatiques, le ministère évoque des signes positifs de reprise et un potentiel important à moyen terme lié aux projets gaziers. Mais ce potentiel ne règle pas l’immédiat. Il ne supprime ni les pénuries de devises, ni la défiance des créanciers, ni le coût des importations. Un pays peut avoir des ressources et rester vulnérable si sa monnaie, ses finances et son marché des changes inspirent la méfiance.

La monnaie physique en circulation ajoute un signal ambigu. Après 75 milliards de meticais en décembre 2025, la circulation avait reculé à 69 milliards en janvier 2026, puis à 67,6 milliards en février et 67,4 milliards en mars. Elle est repartie à la hausse en avril avec 70,8 milliards, puis en mai, juin et juillet. En juillet, elle a progressé de 0,5%, atteignant près de 77 milliards de meticais, environ 1,04 milliard d’euros, soit un quatrième mois consécutif de hausse.

Cette hausse ne prouve pas une reprise solide, mais elle montre que la demande de monnaie physique ne faiblit pas. Dans un climat de défiance, elle peut traduire des besoins transactionnels, une inflation ressentie ou une préférence pour le liquide. Le Mozambique fait face à une convergence: dette dégradée, devises rares, importations plus chères, pouvoir d’achat sous tension et négociations avec le FMI devenues une bouée de sauvetage.

La dépréciation de 30% annoncée pour début 2027 sera un révélateur. Elle dira si les signes positifs de Maputo ont assez de substance pour tenir face aux marchés, ou si le pays devra passer par un ajustement douloureux avant de convertir son potentiel gazier en stabilité durable.

Par Le360 (avec MAP)
Le 26/09/2026 à 10h26