Rwanda. Au-delà des gorilles, Musanze, une ville qui se réinvente

Musanze, une ville qui se métamorphose grâce au tourisme.

Le 28/09/2026 à 13h13

VidéoIl y a des villes que l’on traverse, et d’autres où l’on sent immédiatement que quelque chose est en train de se passer. Musanze appartient à cette deuxième catégorie. Au pied des volcans, la ville rwandaise connue dans le monde entier pour ses gorilles change rapidement de visage: de nouveaux hôtels, restaurants, espaces culturels et lieux de loisirs apparaissent, tandis qu’une nouvelle génération cherche à faire vivre cette transformation. Ici, le tourisme reste une locomotive, mais la ville commence à raconter beaucoup d’autres histoires.

À Musanze, il suffit parfois de revenir après quelques mois pour mesurer le changement. Une nouvelle construction ici, un commerce là, une route aménagée, un hôtel qui ouvre ses portes, un restaurant qui attire une nouvelle clientèle.

La ville conserve son charme particulier, entre les volcans qui dominent l’horizon et cette atmosphère de cité du Nord où l’activité semble gagner du terrain à chaque passage.

Cette évolution se lit aussi dans les chiffres. En 2018, le district comptait 83 établissements d’hébergement pour 1.119 chambres. En 2024, ils étaient 157 pour 2.191 chambres, selon le dernier annuaire statistique du Rwanda. Une progression qui accompagne l’attractivité touristique de la région, portée notamment par le parc national des Volcans.

Mais Musanze ne veut plus seulement être une ville où l’on dort avant de partir à la rencontre des gorilles.

Au cœur de la ville, un nouveau lieu en donne une illustration: le Musanze Food Court. Le projet est né d’une volonté du district de créer un espace capable de réunir restauration, loisirs et activité économique. Installé sur un ancien site marécageux, le complexe associe aujourd’hui restaurants, jardin et rivière.

«L’idée du district, c’est bien sûr d’avoir un impact non seulement socio-économique, mais aussi environnemental», explique Michel-Ange Legrand, qui accompagne le projet.

Trois mois seulement après son ouverture, quatre restaurants sont déjà opérationnels sur les six prévus. Cuisine congolaise, crêpes, burgers ou encore fusion rwandaise et ougandaise: chaque enseigne apporte son identité à ce nouveau morceau de ville.

L’ambition est aussi de créer un lieu qui ne soit pas réservé aux visiteurs étrangers. La clientèle recherchée est d’abord celle de Musanze, puis celle du reste du Rwanda, avant les touristes.

«La vision est surtout de pouvoir toucher d’abord la population de Musanze», souligne Michel-Ange Legrand. Les prix ont donc été pensés pour rester accessibles, tandis que le site travaille avec les établissements de formation professionnelle de la région.

Derrière les tables et les cuisines, c’est aussi une petite école des métiers de l’hospitalité qui est en train de se mettre en place. Des jeunes viennent y faire des stages en cuisine ou en service. À terme, les six restaurants pourraient employer directement plusieurs dizaines de personnes.

«Le site en soi va former et forme en ce moment déjà des professionnels», affirme Michel-Ange Legrand, qui voit dans le projet une manière de contribuer à l’évolution des métiers de l’hôtellerie et de la restauration à Musanze.

Cette volonté de créer une ville vivante ne se limite pas à la restauration.

À quelques kilomètres du parc national des Volcans, l’art devient lui aussi un prolongement du tourisme et de la conservation. Au Studio of African Wildlife Art, les gorilles et la faune sauvage quittent les sentiers du parc pour entrer dans les tableaux, les dessins et les contenus diffusés sur les réseaux sociaux.

À 19 ans, Kenny y travaille dans la communication tout en poursuivant ses études. Pour lui, l’objectif est de toucher un public qui ne viendra peut-être jamais physiquement jusqu’à Musanze.

«Nous ne voulons pas seulement montrer notre art et nos pratiques de conservation sous forme de dessins. Nous voulons aussi les rendre accessibles au monde entier grâce aux réseaux sociaux», explique-t-il.

Le jeune homme voit aussi dans cet espace une autre manière de faire découvrir les gorilles. Après avoir vu l’animal dans son environnement naturel, le visiteur peut retrouver son image dans l’art, comprendre davantage son habitat et repartir avec une expérience différente de la simple visite touristique.

Pour Ave Marie, assistante en communication à SAWA et originaire de la région, cette évolution dépasse largement les nouveaux lieux touristiques. Elle se mesure dans les rues et dans les souvenirs.

Elle se rappelle d’un Musanze où certaines zones étaient encore largement ouvertes, avec peu de maisons et des routes moins développées.

Aujourd’hui, elle voit davantage de bâtiments, des voies aménagées et de nouveaux services. Parmi les changements qui l’ont particulièrement marquée: l’arrivée d’une bibliothèque en ville.

C’est peut-être là que se trouve la transformation la plus intéressante de Musanze. Le tourisme continue d’attirer les visiteurs, les investissements et les nouvelles activités. Mais autour de cette locomotive apparaissent désormais d’autres moteurs: la restauration, l’hôtellerie, les métiers de service, l’art, la communication et les opportunités offertes aux jeunes.

Et certains acteurs locaux ne veulent pas s’arrêter là. Au Musanze Food Court, l’ambition est déjà affichée sans détour: faire du site l’un des meilleurs food courts d’Afrique de l’Est, avant de rêver plus grand encore.

«Il y a aussi cette envie de créer tout simplement le meilleur food court d’Afrique de l’Est. Et pourquoi pas de l’Afrique d’ici un an», lance Michel-Ange Legrand. Pour lui, cette ambition est à la mesure d’une ville qui grandit à vue d’œil et d’un Rwanda qui cherche lui aussi à se positionner comme un hub régional dans différents secteurs.

Le pari ne repose d’ailleurs pas uniquement sur les assiettes. Le projet prévoit des extensions commerciales et des infrastructures sportives, avec l’idée de faire du lieu davantage qu’un espace de restauration: un point de rencontre où se croisent habitants, touristes, entrepreneurs, sportifs et différentes cultures africaines.

Cette diversité existe déjà dans les cuisines qui occupent le site: crêperie, burgers, cuisine congolaise, fusion rwandaise et ougandaise… Six concepts sont prévus au total. Une manière, à petite échelle, de faire de ce nouveau lieu un espace où les saveurs et les influences africaines se rencontrent.

En 2025, le Rwanda a enregistré 1,49 million d’arrivées de visiteurs et 685 millions de dollars de recettes touristiques, selon le Rwanda Development Board. À Musanze, une partie de cette dynamique se traduit désormais dans la ville elle-même.

Et c’est ce qui rend la cité du Nord particulièrement intéressante: on peut venir pour les volcans et les gorilles, mais il devient de plus en plus difficile de ne pas remarquer ce qui se passe aussi en contrebas.

Musanze grandit, se diversifie et ose désormais penser plus grand qu’elle-même. La montagne attire les visiteurs, la ville cherche progressivement à leur donner davantage de raisons de rester, de revenir et de la découvrir autrement.

Par Fraterne Ndacyayisenga
Le 28/09/2026 à 13h13