Budget 2027 en Algérie: le régime gonfle son PIB de 62 milliards de dollars pour faire maigrir son déficit

Le 06/11/2026 à 09h42

Le gouvernement algérien annonce pour 2027 une économie plus grosse de 18% que celle calculée par le FMI. L’écart représente 62 milliards de dollars, l’équivalent de toute l’économie tunisienne. Il ne correspond à aucune usine, à aucun puits, à aucun emploi. Il sert surtout à rendre présentable un déficit qui ne l’est pas.

C’est un économiste algérien, ancien du Fonds monétaire international, qui a sorti la calculette. Dans une analyse rapportée par Maghreb Emergent, Abdelrahmi Bessaha a comparé deux chiffres censés décrire la même chose: la richesse que l’Algérie produira en 2027.

Le projet de loi de finances 2027 évalue cette richesse à 53.122 milliards de dinars. Le FMI, lui, l’estime à 45.041 milliards. La différence, 8.081 milliards de dinars, représente près de 18% de la projection du Fonds. Au taux de change retenu par le gouvernement lui-même, cela fait environ 62 milliards de dollars.

Soixante-deux milliards de dollars, c’est à peu près ce que produit la Tunisie voisine en une année. Le gouvernement algérien a donc ajouté à son économie, d’un trait de plume, l’équivalent d’un pays de douze millions d’habitants. Sans qu’aucune usine nouvelle ne soit sortie de terre, sans qu’un seul puits de pétrole de plus ne soit foré, sans qu’un emploi supplémentaire ne soit créé.

Le plus troublant est la date de cette révélation. L’an dernier, le budget 2026 prévoyait pour 2027 un PIB très proche de celui du FMI. Les deux chiffres concordaient. Puis la mission du Fonds a séjourné à Alger du 16 au 30 juin, a publié ses projections le 21 septembre, et le Conseil des ministres a adopté le nouveau budget le 4 octobre.

Entre-temps, le PIB algérien de 2027 a pris 27% en deux lois de finances, passant de 41.859 à 53.122 milliards de dinars. L’expert pose la question qui dérange: les données qui justifient cette révision existaient-elles quand le FMI faisait ses calculs à Alger? Et si oui, pourquoi ne les a-t-on pas montrées?

Car la croissance réelle, elle, n’a presque pas bougé: 4,4% en 2025, 4,3% en 2026, 4,2% en 2027, selon les mêmes documents.

L’Algérie ne produit pas davantage de blé, de gaz ou de ciment que prévu. L’écart vient presque entièrement des prix, c’est-à-dire de la façon de compter.

Quant au changement d’année de base de l’Office national des statistiques, qui avait relevé le PIB de 12,8% en 2024, il est trop ancien pour expliquer un écart apparu en 2026. Et, comme le rappelle Abdelrahmi Bessaha, une réévaluation statistique «ne constitue pas une création supplémentaire de richesse». On peut repeindre une voiture, qu’elle ne roulera pas plus vite.

Pourquoi alors gonfler ce chiffre? Parce que le PIB n’est pas un chiffre comme les autres. C’est le diviseur de tous les ratios qui mesurent la santé d’un pays: déficit, dette, dépenses.

Plus le diviseur est grand, plus le résultat paraît petit. Le budget 2027 prévoit un déficit de 8.631,5 milliards de dinars. Rapporté au PIB du gouvernement, il représente 16,25%. Rapporté au PIB du FMI, il dépasse 19%. Le trou est le même, seule la règle qui le mesure a changé.

Chacun connaît le procédé. C’est celui de l’emprunteur qui veut convaincre son banquier: il ne réduit pas ses dettes, il déclare un salaire plus élevé. Sur le papier, son taux d’endettement baisse. Dans la réalité, il doit toujours la même somme à la fin du mois. Le régime algérien applique la méthode à l’échelle d’un État, en espérant que les députés, qui voteront le budget le 16 novembre, ne poseront pas de questions.

Ils auraient pourtant de quoi en poser. Car même avec un PIB embelli, le déficit reste vertigineux: un sixième de la richesse nationale, financé pour l’essentiel par la Banque d’Algérie. Le FMI l’a écrit noir sur blanc dans sa dernière évaluation, en relevant la hausse du financement de l’État par la Banque centrale.

En clair, la planche à billets, officiellement débranchée en 2019, tourne toujours. Un PIB gonflé ne change rien à ce mécanisme. Il le rend seulement moins visible.

Le gouvernement algérien n’a pas répondu publiquement à ces interrogations. Il n’a pas non plus expliqué l’écart avec le FMI, alors que le Fonds a travaillé à Alger, avec les données officielles, quelques semaines seulement avant l’adoption du budget. L’économiste ne tranche pas en faveur de l’un ou de l’autre. Il demande simplement que l’on montre les comptes. Dans un pays où le budget est voté sans débat et où la presse qui pose ces questions n’existe pas, la demande a quelque chose d’audacieux.

Le PIB de 2027 sera donc plus gros que prévu, au moins dans les tableaux du ministère des Finances. Les Algériens, eux, mesureront la richesse de leur pays autrement: au prix de la pomme de terre et au cours du dollar au square Port-Saïd.

Par Karim Zeidane
Le 06/11/2026 à 09h42