Le 15 octobre 2026, l’Office des changes a publié les rapports statistiques annuels sur les échanges extérieurs du Maroc au titre de 2025. Dans ces chiffres, neuf pays africains se démarquent avec plus de 100 millions de dollars (environ 935 millions de dirhams au taux moyen de 2025 de 1 dollars pour 9,34 dirhams) chacun d’exportations marocaines en 2025.
Il s’agit de la Côte d’Ivoire, la Mauritanie, le Sénégal, la Tunisie, le Ghana, l’Égypte, la Guinée, le Bénin, et le Mali. Derrière ce seuil, un classement, des dynamiques opposées et une géographie commerciale qui ne se réduit pas à un simple palmarès.
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Les données de l’Office des Changes permettent d’établir l’ordre de valeur suivant: Côte d’Ivoire, premier client du Maroc avec environ 433 millions de dollars (4,048 milliards de dirhams d’exportations en 2025). Le pays est le premier marché en valeur, en hausse de 13,2% et une part de 0,9% dans le total des exportations marocaines.
La Mauritanie suit à environ 395 millions de dollars (3,694 milliards de dirhams), en progression de 11,3%, avec une part de 0,8%. Le Sénégal, troisième à environ 294 millions de dollars (2,752 milliards de dirhams), recule de 9,3% et ne pèse plus que 0,6% du total. La Tunisie, à environ 234 millions de dollars (2,183 milliards de dirhams), affiche l’une des progressions les plus nettes: +52,6%, pour une part de 0,5%.
Les neuf pays africains à plus de 100 millions de dollars d’exportations marocaines en 2025
| Rang | Pays | Exportations 2025 (millions de dirhams) | Équivalent (millions de dollars) | Part 2025 (%) | Variation 2025/2024 |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Côte d’Ivoire | 4 048 | ~433 | 0,9 | +13,2 % |
| 2 | Mauritanie | 3 694 | ~395 | 0,8 | +11,3 % |
| 3 | Sénégal | 2 752 | ~294 | 0,6 | −9,3 % |
| 4 | Tunisie | 2 183 | ~234 | 0,5 | +52,6 % |
| 5 | Ghana | 1 725 | ~185 | 0,4 | −0,7 % |
| 6 | Égypte | 1 561 | ~167 | 0,3 | +106,0 % |
| 7 | Guinée | 1 544 | ~165 | 0,3 | +19,5 % |
| 8 | Bénin | 1 528 | ~163 | 0,3 | +4,2 % |
| 9 | Mali | 1 134 | ~121 | 0,2 | −2,0 % |
| — | Total des neuf | 20 169 | ~2 158 | 4,3 | — |
| — | Total Afrique | 30 333 | ~3 245 | 6,5 | −4,1 % |
| — | Poids des neuf dans le total Afrique | 66,5 % | 66,5 % | — | — |
Unités: millions de dirhams (MDH) et millions de dollars (M$), conversion au taux moyen de 1 USD = 9,34 DH. Part en % du total des exportations marocaines.
Source: Office des Changes.
Le Ghana tient son rang à environ 185 millions de dollars (1,725 milliards de dirhams), mais recule légèrement de 0,7%. L’Égypte est le cas le plus spectaculaire: environ 167 millions de dollars (1,561 milliards de dirhams), en hausse de 106%, avec une part de 0,3%.
La Guinée progresse de 19,5% à environ 165 millions de dollars (1,544 milliards de dirhams); le Bénin de 4,2% à environ 163 millions de dollars (1,528 milliards de dirhams). Le Mali reste au-dessus du seuil de 100 millions de dollars avec environ 121 millions de dollars (1,134 milliards de dirhams), mais recule de 2,0%.
La Côte d’Ivoire domine, mais l’Égypte affiche la plus forte croissance relative. La Tunisie confirme une dynamique robuste. Le Sénégal, lui, est le signal d’alerte: troisième marché en valeur, mais en contraction.
Ensemble, ces neuf marchés représentent environ 2,158 milliards de dollars sur les 3,245 milliards de dollars exportés vers l’Afrique, soit près des deux tiers (66,5%) du total africain. Ce n’est donc pas une liste marginale: c’est le cœur de la vente marocaine en Afrique.
Une Afrique qui pèse, mais un excédent qui se réduit
Le cadre global aide à comprendre l’enjeu. En 2025, les exportations marocaines vers l’Afrique s’élèvent à 3,245 milliards de dollars (30,333 milliards de dirhams), en baisse de 4,1% par rapport à 2024. Elles représentent 6,5% du total des exportations marocaines, qui atteignent 50,287 milliards de dollars (470,048 milliards de dirhams), en hausse de 3,0%.
Autrement dit, l’Afrique reste un débouché important, mais elle recule quand le total progresse. Les importations d’origine africaine, elles, augmentent de 19,2% pour atteindre 3,113 milliards de dollars (29,100 milliards de dirhams). Résultat: l’excédent commercial avec le continent africain tombe à 128 millions de dollars (1,2 milliard de dirhams).
L’Office des Changes le formule clairement: «l’excédent commercial avec le continent africain s’établit à 1,2 milliard de dirhams, en baisse de 82,9% ou -6 milliard de dirhams par rapport à l’année précédente», soit une baisse d’environ 642 millions de dollars.
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Ce repli n’efface pas la performance des neuf marchés. Il la replace dans une équation plus fragile: le Maroc vend beaucoup à neuf pays, mais l’ensemble africain recule, et ses achats en Afrique progressent plus vite que ses ventes. La balance commerciale africaine se resserre. Les neuf marchés à plus de 100 millions de dollars sont donc un socle, pas une assurance.
L’Office des Changes donne la structure des produits exportés vers l’Afrique. Les engrais naturels et chimiques restent le premier poste: 765 millions de dollars (7,154 milliards de dirhams), soit 23,6% du total africain, mais en baisse de 25,8%. C’est un point crucial: le principal produit exporté vers l’Afrique recule fortement, ce qui pèse mécaniquement sur le total.
Mais en même temps, l’on comprend aisément pourquoi c’est en Côte d’Ivoire que l’UM6P et OCP Africa, viennent d’inaugurer, en partenariat avec l’INP-HB, la Digital Farming School de Yamoussoukro, avec l’ambition de former des experts africains capables de concevoir des solutions technologiques adaptées aux réalités agricoles du continent. Cela éclaire la stratégie marocaine. Le repli des engrais, premier poste exporté, n’empêche pas la Côte d’Ivoire, premier marché africain, d’accueillir une école d’agriculture digitale. Vendre moins, mais former les prescripteurs de demain. Ainsi, la valeur migre du produit vers la compétence.
Les poissons frais, salés, séchés ou fumés suivent à 270 millions de dollars (2,527 milliards de dirhams), en hausse de 8,8%, avec 8,3% de part. Le sucre brut ou raffiné atteint 217 millions de dollars (2,028 milliards de dirhams), en hausse de 16,3%, pour 6,7% de part. Les fils, câbles et autres conducteurs isolés pour l’électricité pèsent 165 millions de dollars (1,546 milliard de dirhams), en hausse de 17,9%.
Les préparations et conserves de poissons et crustacés reculent à 147 millions de dollars (1,373 milliard de dirhams), -15,8%, pour 4,5%. Les voitures de tourisme, à 138 millions de dollars (1,291 milliard de dirhams), bondissent de 85,3%. Les huiles de pétrole et lubrifiants atteignent 105 millions de dollars (982 millions de dirhams), +4,7%.
Les papiers et cartons 88 millions de dollars (826 millions de dirhams), +1,6%. Les papeteries et préparations à base de céréales 82 millions de dollars (769 millions de dirhams), +11,5%. Les fils et câbles électriques 73 millions de dollars (678 millions de dirhams), +37,0%.
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Les appareils pour la coupe ou la connexion des circuits électriques et résistances 70 millions de dollars (655 millions de dirhams), +23,9%. Les «autres produits» représentent 1,124 milliard de dollars (10,504 milliards de dirhams), en baisse de 2,9%, soit 34,6% du total. Cette structure dit que le Maroc vend à l’Afrique une combinaison d’agro-industrie, de matériaux, de câblage et de véhicules.
Le Maroc achète à l’Afrique de l’énergie, des minerais et combustibles, des produits agricoles et chimiques. Il lui vend des engrais, du poisson, du sucre, des câbles, des véhicules. Une complémentarité qui explique pourquoi l’excédent africain se réduit quand les importations énergétiques et agricoles progressent plus vite que les exportations de produits transformés. Le seuil de 1 milliard pour chacun des neuf pays ne compense pas, à lui seul, la hausse des achats du Maroc.
Dons d’engrais du Maroc à un pays d’Afrique subsaharienne. Les engrais sont le premier poste exporté et représentent le premier point de fragilité des exportations marocaines vers le reste de l’Afrique. Ils représentent 765 millions de dollars (7,154 milliards de dirhams), 23,6% du total des exportations marocaines vers le reste du continent, mais avec une baisse de 25,8% par rapport à 2024, le recul du principal produit pèse sur l'ensemble du socle. . M. K. Diemba/Le360 Afrique
Transformer ce seuil en trajectoire
Les neuf pays africains à qui le Maroc a vendu pour plus de 100 millions de dollars chacun en 2025 ne sont donc pas neuf «succès» identiques. Ce sont neuf positions commerciales, avec des vitesses contrastées.
La Côte d’Ivoire et la Mauritanie forment le haut du panier en valeur. La Tunisie et l’Égypte apportent la dynamique. Le Sénégal, le Ghana et le Mali doivent être surveillés. Le premier recule nettement, les deux autres s’effritent légèrement. La Guinée et le Bénin consolident leur seuil. Le Maroc a donc neuf équations à gérer: ne pas perdre les grands, accélérer les dynamiques, redresser les reculs.
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Dans un contexte où le commerce mondial des marchandises augmente de 4,6% en volume en 2025 et de 7% en valeur, selon les données de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), l’Afrique exporte et importe davantage. Les exportations africaines progressent de 10,3% et les importations de 8,7%.
Le Maroc, lui, recule de 4,1% en exportations vers l’Afrique. Le contraste est là. Les neuf marchés à plus de 100 millions de dollars de recette chacun sont un actif réel. Mais l’actif ne devient une force durable que si le Maroc transforme ce seuil en trajectoire: défendre les parts, diversifier les produits, et surtout éviter que le recul des engrais (premier poste exporté) ne tire vers le bas l’ensemble du socle africain.
Structure des produits exportés par le Maroc vers l’Afrique en 2025
| Produit | 2025 (millions de dirhams) | Équivalent (millions de dollars) | Part (%) | Variation 2025/2024 |
|---|---|---|---|---|
| Engrais naturels et chimiques | 7 154 | ~765 | 23,6 | −25,8 % |
| Poissons frais, salés, séchés ou fumés | 2 527 | ~270 | 8,3 | +8,8 % |
| Sucre brut ou raffiné | 2 028 | ~217 | 6,7 | +16,3 % |
| Fils, câbles et conducteurs isolés pour l’électricité | 1 546 | ~165 | 5,1 | +17,9 % |
| Préparations et conserves de poissons et crustacés | 1 373 | ~147 | 4,5 | −15,8 % |
| Voitures de tourisme | 1 291 | ~138 | 4,3 | +85,3 % |
| Huiles de pétrole et lubrifiants | 982 | ~105 | 3,2 | +4,7 % |
| Papiers et cartons ; ouvrages divers | 826 | ~88 | 2,7 | +1,6 % |
| Papeteries et préparations à base de céréales | 769 | ~82 | 2,5 | +11,5 % |
| Fils et câbles électriques | 678 | ~73 | 2,2 | +37,0 % |
| Appareils pour la coupe ou la connexion des circuits électriques et résistances | 655 | ~70 | 2,2 | +23,9 % |
| Autres produits | 10 504 | ~1 124 | 34,6 | −2,9 % |
| Total Afrique | 30 333 | ~3 245 | 100,0 | −4,1 % |
Source: Office des Changes.





