Zimbabwe: comment le bois de contrebande provenant du Mozambique vide les caisses et menace 7.000 emplois

L'interdiction d'exporter le bois sous forme de grumes par les pays du Bassin du Congo va entrer en vigueur en janvier 20202.

Grumes de bois. DR

Le 01/11/2026 à 10h26

Au Zimbabwe, la Fédération nationale des producteurs de bois sonne l’alerte: les passages non autorisés depuis le Mozambique menacent 7.000 emplois directs, privent l’État de recettes et introduisent du bois non inspecté dans une filière déjà fragilisée par la baisse des stocks, les incendies et la surexploitation.

Des milliers d’emplois directs, des recettes fiscales perdues et des parasites qui voyagent avec le bois: la contrebande entre le Mozambique et le Zimbabwe n’est plus une affaire de douane ordinaire. Dans le Manicaland, la force spéciale annoncée par Harare devra prouver qu’elle peut démanteler des circuits endémiques sans étouffer un commerce légal dont dépendent au moins 12.000 personnes.

À première vue, la contrebande de bois entre le Mozambique et le Zimbabwe se résume à des points de passage non autorisés et à des droits de douane escamotés. La Fédération nationale des producteurs de bois zimbabwéens oblige à voir plus loin. Derrière les 7.000 emplois directs menacés, il y a une filière forestière qui approvisionne le meuble, la construction et l’emballage, et une province du Manicaland où au moins 12.000 personnes vivent directement de ces activités.

Le mot employé par Darlington Duwa, directeur général de la Fédération, dit la gravité du moment. La contrebande est devenue endémique. Ce n’est pas une fuite marginale. C’est une concurrence déloyale organisée par des circuits qui contournent les droits de douane et les obligations fiscales, tout en privant l’État de recettes.

Le gouvernement a répondu par une force spéciale chargée d’enquêter, de renforcer les contrôles frontaliers et de poursuivre les contrevenants. Kupukani Masunungure, directeur provincial du ministère de l’Industrie et du Commerce au Manicaland, confirme que les opérations se préparent dans les districts de Mutasa et les zones de Burma Valley et Cashel Valley. La nuance est importante. Harare ne ferme pas la porte aux importations. Elle exige des voies légales et le paiement des droits. Le vrai enjeu n’est donc pas le commerce avec le Mozambique, mais la capacité de l’État à rendre la frontière lisible, contrôlable et fiscalement utile.

À cela s’ajoute un risque phytosanitaire à ne pas minorer. Du bois non inspecté peut transporter parasites et maladies et fragiliser davantage des plantations déjà éprouvées par la baisse des stocks, les incendies récurrents et la surexploitation. La force spéciale n’aura pas seulement une mission douanière. Elle devra protéger des emplois, des recettes publiques, un tissu industriel et un capital naturel. Sa réussite dépendra de sa capacité à démanteler les circuits, pas à multiplier les annonces.

Le Zimbabwe joue ici une partie de sa crédibilité économique et environnementale. Chaque camion qui passe hors contrôle affaiblit les producteurs légaux, les efforts de reboisement et les perspectives d’investissement. Chaque opération réussie, en revanche, enverra le signal que le bois peut circuler, mais pas au prix de la loi, des emplois et de la santé des forêts. La réunion de haut niveau organisée avec des partenaires privés et institutionnels rappelle d’ailleurs que la lutte ne sera pas seulement policière. Elle devra être opérationnelle, fiscale, sanitaire et économique. Sans quoi les 7.000 emplois menacés ne seront que la première ligne d’une crise plus large pour la filière forestière zimbabwéenne.

Par Le360 (avec MAP)
Le 01/11/2026 à 10h26