Les Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale, du 12 au 18 octobre à Bangkok, étaient très attendues dans un contexte mondial marqué par la persistance des impacts de la guerre au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d’Ormuz par où transite plus de 20% du pétrole et du gaz mondial, mais aussi des carburants, des engrais et de nombreux produits dérivés des hydrocarbures.
Une situation qui a entrainé une relative pénurie en carburants dans le monde et surtout une flambée des prix à la pompe avec des retombées sur les transports de voyageurs et de marchandises induisant des tensions inflationnistes.
Les Assemblées d’octobre ont été l’occasion de débattre des effets de cette guerre sur l’économie mondiale. Globalement, les économies ont affiché une bonne résilience face à cette crise. La multiplication des tensions au cours de cette décennies (Covid-19, guerre Russie-Ukraine, taxes douanières de Trump…) ont poussé les pays à mieux se préparer pour éviter les fortes tensions inflationnistes et la baisse de création de richesses.
Ce faisant, en dépit de la flambée des prix des carburants partout dans le monde, cette crise ne sera pas synonyme de destructrice de richesse. En atteste la révision à la hausse des projections de croissance de l’économie mondiale par le FMI et la Banque mondiale par rapport aux prévisions d’avril dernier.
Ainsi, le FMI table sur une croissance du PIB mondial de 3,1% pour 2026, contre 3,0% en juillet dernier, et un rebond à 3,4% en 2027, contre 3,2% projeté en avril dernier.
Bref, l’économie mondiale affiche une bonne résilience. Cela ne veut pas dire que la guerre n’a pas eu d’impacts sur l’économie mondiale. Bien au contraire, elle a perturbé de nombreuses économies, notamment celles de la région du Moyen-Orient dont les secteurs clés (pétrole, gaz, tourisme…) ont été durement affectés.
Toutefois, au niveau mondial, les conséquences de la guerre seront largement compensées par d’autres leviers. Outre la résilience des économies face aux incertitudes géopolitiques, l’économie mondiale sera très soutenue par les investissements dans l’Intelligence artificielle (IA), même si ceux-ci bénéficieront beaucoup plus aux pays développés qu’aux pays en développement.
En Afrique, les économies vont globalement résister aux perturbations occasionnées par la guerre au Moyen-Orient. Ainsi, selon les nouvelles prévisions du FMI, la croissance des économies d’Afrique subsaharienne devrait s’établir à 4,5% en 2026, contre 4,3% initialement projetée, et 4,5% également en 2027.
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Cette moyenne cache de fortes disparités entre les pays du continent. Plusieurs pays devraient enregistrer des taux de croissance supérieurs à 6% en 2026 et 2027.
A titre d’illustration, selon les projections du FMI, l’Éthiopie devrait afficher un taux de croissance de 9,2% en 2026 et 7,8% en 2027, après une croissance de 9,2% en 2025. Idem pour le Rwanda dont le Produit intérieur brut (PIB) qui s’est établi à 9,4% en 2025, devrait croître de 7,4% en 2026 et 7,2% en 2027.
Par contre, les plus grandes économies du continent devraient enregistrer des croissances beaucoup moins vigoureuses. C’est particulièrement le cas de l’Afrique du Sud dont la croissance devrait s’établir à 1,0% en 2026 et 1,3% en 2027, contre 1,1% en 2025. La première économie africaine continue à souffrir de facteurs structurels liés à la mauvaise gouvernance, à la qualité des chaines logistiques, aux coupures d’électricité, à l’insécurité…
Et en lien avec les nouvelles projections de croissance sur le courts terme (2026-2027), le FMI a aussi révisé ses prévisions de croissance des pays africains sur la période 2026-2031 établies en avril dernier.
Des projections qui tiennent compte de nombreux facteurs et qui sont aussi susceptibles d’être impactés par d’autres. À titre d’exemple, la guerre qui s’est déclenchée au Tigré, en Éthiopie, pourrait impacter négativement la croissance économique du pays durant la période mentionnée.
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De même, les méga-raffineries de Dangote au Nigeria et au Kenya vont booster ces deux économies, en sécurisant les approvisionnements en carburants de ces pays, en générant des recettes en devises et en ayant des effets d’entrainement sur d’autres secteurs des économies des deux pays.
Ces projections peuvent aussi être impactées par l’effet de change des monnaies africaines vis-à-vis du dollar américain sous l’effet de «dévaluations» ou de simples dépréciations, par des troubles politiques et sécuritaires,…
En tenant compte d’un certain nombre de variables, le FMI a établi ses nouvelles projections de croissance des PIB. Il s’agit du PIB en prix courant (en valeur nominale), c’est-à-dire que la valeur marchande de tous les biens et services mesurée en utilisant leur prix courant du marché.
Et par souci de comparaison, les PIB obtenus sont convertis en dollar américain, au cours du marché. Résultat, ce mode de calcul de la création de richesse des pays est fortement impacté par l’inflation et l’effet de change des monnaies des pays africains vis-à-vis du dollar.
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En dépit de ces insuffisances, ce mode de calcul demeure le principal indicateur utilisé par les institutions financières pour comparer les créations de richesses des pays.
Et sur la base de celles-ci, le PIB du continent africain devrait passer de 3.160 milliards de dollars en 2025 à 3.650 milliards de dollars en 2026 pour atteindre 4.970 milliards de dollars en 2031. Ainsi, sur la période 2025-2031, le PIB du continent africain devrait croitre de 57,28%.
Parallèlement, le PIB mondial devrait passer de 118.490 milliards de dollars en 2025 à 128.000 milliards de dollars en 2026 avant d’atteindre 161.720 milliards de dollars en 2031, affichant une croissance de 36,48%.
Conséquence, la part du PIB de l’Afrique de la richesse mondiale devrait passer de 2,67% en 2025 à 3,07% en 2031, si bien évidemment les projections se confirment. C’est dire que malgré ses importantes richesses, le continent africain demeure un nain économique.
Avec un PIB de 3.650 milliards de dollars, l’Afrique se situe au 7e rang mondial derrière les États-Unis (32.640 milliards), la Chine (21.550 milliards) l’Allemagne (5.470 milliards), le Japon (4.340 milliards), le Royaume-Uni (4270 milliards) et l’Inde (4.060 milliards). Le continent devance la France, 8e mondial avec un PIB de 3.550 milliards de dollars.
Et cette création de richesse africaine est inégalement répartie et portée par une poignée de pays. En effet, les 10 premières puissances économiques du continent vont peser 69% de la richesse créée en Afrique en 2031. Un pourcentage presque identique que celui de 2025 (68,60%).
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Globalement, il ne devrait pas y avoir de changements dans le Top 10 des pays les plus riches d’Afrique en 2031, par rapport aux projections précédentes. Toutefois, entre certains pays, l’écart se resserre du fait des dynamiques de croissance divergentes.
Et dans ce contexte, c’est l’Égypte, l’actuelle seconde puissance économique du continent derrière l’Afrique du Sud, qui devrait occuper la première place en 2031 avec un PIB de 665 milliards de dollars, contre seulement 365 milliards de dollars en 2025, soit une progression de 82,20%, ou une création de valeur de 300 milliards de dollars.
Le PIB du continent africain devrait passer de 3.160 milliards de dollars en 2025 à 3.650 milliards de dollars en 2026 pour atteindre 4.970 milliards de dollars en 2031 (3,07% du PIB mondial en 2031).
Il faut souligner que l’Égypte avait occupé cette place en 2023 avant que la crise économique ne la pousse à dévaluer fortement sa monnaie, la livre égyptienne. Alors qu’il fallait autour de 30 livres pour 1 dollar, la dévaluation de mars 2024 a fortement fait chuter la valeur de la monnaie américaine à 50 livres pour 1 dollar. C’est ainsi que l’Égypte a perdu sa place de première puissance économique au profit de l’Afrique du Sud dont la monnaie, le rand, s’est mieux comporté vis-à-vis du dollar.
Malgré l’effet de change, l’économie égyptienne devrait retrouver cette position grâce à sa dynamique. Après avoir enregistré un taux de croissance de 4,4% en 2025, cette croissance devrait être plus dynamique et s’établir à 5,2% en 2026 et 4,7% en 2027.
La bonne tenue des secteurs exportateurs, le tourisme, la forte hausse des transferts de sa diaspora qui o un impact sur la consommation et les investissements dans les infrastructures.
Les réformes entreprises qui ont contribué au repli de l’inflation, la stabilité de la monnaie et la hausse des réserves de change ont contribué à la nouvelle dynamique de l’économie égyptienne.
Si les projetions du FMI se confirment, avec un PIB de 665 milliards de dollars en 2031, l’Égypte devrait peser 13,40% de la richesse créée du continent africain. Toutefois, il faut souligner les fragilités de l’économie égyptienne qui doit faire face aux tensions géopolitiques régionales.
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Derrière, l’Afrique du Sud, première puissance économique actuelle du continent, pourrait perdre ce rang dès 2029 au profit de l’Égypte, selon les évaluations du FMI. Le pays fait face, depuis plusieurs années, à des taux croissance faibles.
Après un taux de croissance de 1,1% en 2025, le pays devrait enregistrer des croissances de l’ordre de 1,0% en 2026 et 1,3% en 2026. La mauvaise gouvernance, les coupures d’électricité, les faiblesses logistiques, le chômage très élevé (au-delà de 31%)... sont autant de facteurs qui ont fait que l’économie sud-africaine ne devrait progresser que de 40,28% durant la période 2025-2031.
Son PIB devrait passer de 427 milliards de dollars en 2025 à 599 milliards de dollars en 2031, selon les projections du FMI. Conséquence, la seconde place de l’économie sud-africaine est menacée par le Nigeria, ancienne première puissance économique africaine qui a perdu sa couronne aussi à cause des tensions monétaires et des dévaluations de sa monnaie, le naira.
L’économie nigériane semble avoir retrouvé de la vigueur et pourrait afficher des bonds significatifs durant les cinq prochaines années.
Son PIB devrait passer de 290 milliards de dollars en 2025 à 578 milliards de dollars en 2031, soit une augmentation de 99,31%. Le PIB pourrait gagner 288 milliards de dollars supplémentaires.
L’économie nigériane tire profit du raffermissement du naira vis-à-vis du dollar, du dynamisme de son secteur pétrolier, des certains gros investissements comme la raffinerie de Dangote dont la capacité de traitement sera portée à 1,4 million de barils par jour et qui a un impact structurant sur l’économie et constitue une importante source de devises pour le pas.
Toutefois, pour retrouver la première place du pays le plus riche d’Afrique, le Nigeria doit entreprendre des réformes structurelles et résorber son déficit en électricité (moins de 60% de la population à accès à l’électricité).
Derrière ce trio suit l’Algérie dont le PIB devrait passer de 284 à 343 milliards de dollars sur la période 2025-2031, soit une progression de 20,80%, ou une création de richesse supplémentaire de 59 milliards de dollars, à cause notamment d’un net ralentissement de la croissance envisagé à partir de 2026. Entre 2026 et 2031, le PIB ne devrait augmenter que de 11 milliards de dollars supplémentaires.
À cela, il faut ajouter que la base de l’évaluation de la richesse de l’État algérien est gonflée par le «rebasage» du calcul du PIB entrepris par les autorités en 2022 pout tenir compte du secteur informel. Le PIB s’est retrouvé bonifié de 12,8% mais sans création de richesses supplémentaires.
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En plus, le taux de change qui sert de base du calcul du PIB algérien est celui dit «officiel». Or, celui-ci est déconnecté de la réalité du marché. Alors que le taux de change affiché par la Banque d’Algérie est de 134,43 dinars pour 1 dollar, sur le marché parallèle, qui est le véritable baromètre de change, il faut 236 dinars pour le même dollar, soit un gap de plus de 100 dinars. Une situation qui biaise la quantification de la richesse réelle créée par l’économie algérienne exprimée en dollar.
L’économie algérienne est piégée par sa quasi dépendance de la rente pétrolière qui assure plus de 40% des ressources budgétaires et autour de 95% des recettes d’exportation. Une situation qui explique l’échec des politiques de diversification du tissu économique.
L’économie marocaine demeure à la cinquième place des plus riches du continent africain. Devenu le pays le plus industrialisé du continent africain selon la BAD, le Royaume dispose, avec l’Afrique du Sud, de l’une des économies les plus diversifiées du continent.
Et aujourd’hui, , c’est le secteur automobile qui est la locomotive d’une économie diversifiée soutenue par l’agroalimentaire, les phosphates et dérivés, le tourisme, l’aéronautique, le textile-habillement, l’offshoring…
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Une économie soutenue par des infrastructures de qualité (routes, autoroutes, ports, aéroports, chemin de fer,..) et des chaines logistiques bien intégrées au reste du monde et au premier rang desquelles se trouve le port Tanger Med, premier port à conteneur d’Afrique et de la Méditerranée.
Le PIB de l’économie marocaine devrait passer de 184 milliards de dollars en 2025 à 281 milliards de dollars en 2031, affichant une progression 52,72%, ou une création de richesse supplémentaire de 97 milliards de dollars.
La croissance pourrait être meilleure les années à venir avec les préparatifs de la Coupe du monde 2030 que le Royaume coorganise avec l’Espagne et le Portugal et qui nécessite d’importants investissements en infrastructures (autoroutes, TGV, aéroports, stades, hôtels…).
Derrière ces cinq pays, suit l’Éthiopie, l’une des économies les plus dynamiques au cours de ces dernières années. La seconde puissance démographique du continent africain devrait enregistrer des taux de croissance de l’ordre 9,2% en 2026 et 7,8% en 2027.
Le pays devrait voir son PIB passer de 126 milliards de dollars en 2025 à 246 milliards de dollars en 2031, affichant une progression de 95,23%, ou la création de 120 milliards de dollars de richesse supplémentaires.
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Une croissance portée par l’agriculture, la production d’énergie avec le Grand Barrage de la Renaissance Éthiopienne, inauguré en 2025, qui double la production d’électricité du pays, l’industrie manufacturière, les infrastructures, les investissements…
Toutefois, cette croissance pourrait être bridée par les conflits internes, notamment celui du Tigré, mais aussi par le comportement de la monnaie locale (biir) vis-à-vis du dollar. Une stabilisation du biir pourra impacter positivement le calcul du PIB exprimé en dollar.
En 2031, le Top 10 des grandes puissances économiques africaines sera complété par le Kenya (Un PIB de 136 milliards de dollars en 2025 et 204 milliards en 2031), l’Angola (141 milliards en 2025 et 176 milliards en 2031), la RD Congo (93 milliards en 2025 et 169 milliards en 2031) et la Côte d’Ivoire (100 milliards en 2025 et 167 milliards en 2031).
Évolution des PIB des 10 plus grandes économies africaines entre 2025 et 2031 (en milliards de dollars), selon le FMI
| Pays | 2025 | 2026 | 2027 | 2028 | 2029 | 2030 | 2031 | Var2031/2025 | Var (en valeur) |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Egypte | 365 | 443 | 486 | 516 | 565 | 613 | 665 | 82,20% | 300 |
| Afrique du sud | 427 | 489 | 518 | 537 | 556 | 577 | 599 | 40,28% | 172 |
| Nigeria | 290 | 387 | 468 | 485 | 511 | 542 | 578 | 99,31% | 288 |
| Algérie | 284 | 332 | 339 | 338 | 337 | 338 | 343 | 20,80% | 59 |
| Maroc | 184 | 196 | 208 | 23 | 241 | 261 | 281 | 52,72% | 97 |
| Ethiopie | 126 | 127 | 146 | 166 | 189 | 215 | 246 | 96,24% | 120 |
| Kenya | 136 | 151 | 162 | 170 | 180 | 191 | 204 | 50,00% | 68 |
| Angola | 141 | 157 | 170 | 164 | 161 | 167 | 176 | 24,82% | 45 |
| RD Congo | 93 | 122 | 131 | 139 | 148 | 158 | 169 | 81,72% | 76 |
| Côte d’Ivoire | 100 | 110 | 119 | 129 | 141 | 154 | 167 | 67,00% | 67 |
Source: données du FMI
Rappelons qu’il ne s’agit là que de projections qui peuvent se réaliser, ou non, sous l’effet d’une conjonction de facteurs. Les tensions géopolitiques, les flambées des cours du pétrole, le comportement des monnaies africaines vis-à-vis du dollar, et l’inflation pourraient chambouler le classement d’ici 2031.
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De même que les politiques économiques, les investissements, la découverte de ressources naturelles et l’impact de l’Intelligence artificielle sont à même d’influer sur ces prévisions.
Selon certaines projections, l’IA pourrait générer plus de 1.000 milliards de dollars de richesse à l’horizon 2035 au niveau du continent africain via ses impacts sur divers secteurs dont l’agriculture, le commerce, l’industrie, la finance et la santé.
Les pays le mieux préparés (ressources humaines, connectivité, infrastructures…) seront les plus grands bénéficiaires de cette nouvelle richesse.











