Les pays africains sont globalement coopératifs avec l’Union européenne en matière fiscale, mais pas exemptée d’efforts. Le 9 octobre 2026, le Conseil de l’Union européenne a actualisé sa liste des juridictions non coopératives en matière fiscale.
Panama et le Viet Nam en sont sortis. Huit territoires restent listés à l’Annexe I: Samoa américaines, Anguilla, Guam, les Palaos (ou Palau), Russie, îles Turques-et-Caïques, îles Vierges américaines et Vanuatu. Aucun pays africain n’y figure. Voilà le premier fait marquant.
L’Afrique, prise comme ensemble, échappe à la liste noire européenne. Mais l’Annexe II, qui recense les juridictions coopérant avec l’UE tout en ayant des engagements en cours, place le Maroc et Eswatini sous surveillance.
Sept autres économies africaines (Botswana, Cabo Verde, Maurice, Namibie, Seychelles, Afrique du Sud et Tunisie) figurent parmi les coopérants sans engagements pendants. Un contraste qui mérite d’être lu avec précision.
Dans un exercice qui, depuis 2017, a vu défiler des dizaines de territoires, l’absence totale de l’Afrique à l’Annexe I en octobre 2026 constitue un signal. Le Conseil rappelle que la liste est composée de pays qui «ne se conforment pas aux normes fiscales internationales convenues ou n’ont pas rempli leurs engagements de bonne gouvernance fiscale dans un délai déterminé».
Aucun pays africain ne répond à cette définition dans la communication du 9 octobre 2026. Cela ne signifie pas que le continent est un paradis fiscal exemplaire, mais que, dans le cadre du processus européen, les dossiers africains ont été soit résolus, soit renvoyés à l’Annexe II.
Statut des pays africains
| Catégorie | Pays africains cités | Situation | Engagements / échéances |
|---|---|---|---|
| Annexe I - liste noire | Aucun pays africain | « Aucun pays africain n’y figure. » | - |
| Annexe II - engagements en cours | Maroc | Coopère avec l’UE, mais a un engagement pendant | Reporting pays par pays, norme minimale de l’Action 13 du BEPS ; échéance liée au rapport d’examen par les pairs à l’automne 2026 |
| Annexe II - engagements en cours | Eswatini | Coopère avec l’UE, mais a un engagement pendant | Régime fiscal préférentiel dans le champ du FHTP ; engagement de modifier ou abolir avant le 31 décembre 2023 ; attente d’une évaluation finale |
| Coopérants sans engagements pendants | Botswana, Cabo Verde, Maurice, Namibie, Seychelles, Afrique du Sud, Tunisie | Coopèrent avec l’UE et n’ont pas d’engagements en cours | Dans le champ du screening européen, ni à l’Annexe I ni à l’Annexe II ; une fois les engagements remplis, le nom est retiré de l’annexe |
Source: Conseil de l’Union européenne.
Le Conseil de l’Union européenne précise d’ailleurs que cette mise à jour «reflète une tendance positive au respect des normes internationales de bonne gouvernance fiscale». Une phrase qui vaut aussi pour l’Afrique. Le Conseil «se félicite en particulier du respect de tous les critères d’inscription par un certain nombre de juridictions qui figuraient sur la liste depuis 2017, ce qui a entraîné leur retrait». Sans citer l’Afrique, le constat vaut pour plusieurs de ses États.
Le Maroc et Eswatini en Annexe II
L’Annexe II n’est pas une liste noire. C’est un document de suivi. Il «reflète la coopération continue de l’UE avec ses partenaires internationaux et les engagements de ces pays à réformer leur législation pour adhérer aux normes convenues de bonne gouvernance fiscale». Y figurer n’est donc pas infamant. Mais y rester trop longtemps peut devenir un handicap réputationnel.
Le Maroc y est présent au titre de la mise en œuvre du reporting pays par pays, norme minimale de l’Action 13 du Base Erosion and Profit Shifting (BEPS). Le BEPS désigne le «Base Erosion and Profit Shifting», que l’on peut traduire par érosion de la base d’imposition et transfert de bénéfices.
Le Conseil de l’Union européenne indique que le Maroc s’est engagé à remédier aux déficiences identifiées dans son cadre national, «en temps utile pour être reflétées dans le rapport d’examen par les pairs de l’Action 13 du BEPS à l’automne 2026».
Autrement dit, l’échéance est proche. Le Maroc n’est pas accusé de refus de coopération; il est dans une phase de mise en conformité technique. Mais l’enjeu est réel: le reporting pays par pays touche à la transparence des multinationales et à la répartition des bénéfices.
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Eswatini, lui, est cité pour une question de régime fiscal préférentiel. Le Conseil de l’Union européenne précise qu’il «s’est engagé à modifier ou abolir un régime fiscal préférentiel dans le champ du Forum sur les pratiques fiscales dommageables (FHTP) avant le 31 décembre 2023» et qu’il «attend une évaluation finale du FHTP».
Le régime concerné est une zone économique spéciale. C’est un dossier sensible. Les zones économiques spéciales sont souvent utilisées pour attirer les investissements, mais elles peuvent aussi faciliter l’évasion fiscale si les exigences de substance économique ne sont pas respectées. Eswatini est donc dans l’attente, pas dans le déni.
Une trajectoire en dents de scie: la Namibie retirée en novembre 2018, la Tunisie en janvier 2018, le Maroc considéré comme ayant rempli tous ses engagements en février 2021 puis ajouté à l’Annexe II en octobre 2025 pour le reporting pays par pays, les Seychelles retirées en octobre 2021, replacées dans l’Annexe II, de nouveau listées en octobre 2023 puis retirées en février 2024. Eswatini, retiré de l’Annexe II en octobre 2021, y revient en 2026 pour l’évaluation finale de sa zone économique spéciale. La liste du Conseil de l’Union européenne est un instrument dynamique, révisé deux fois par an, avec une prochaine révision en février 2027.. DR
Les sept pays africains qui coopèrent sans engagements pendants
À côté de ces deux dossiers, le Botswana, le Cabo Verde, Maurice, la Namibie, les Seychelles, l’Afrique du Sud et la Tunisie apparaissent dans la catégorie des pays qui «coopèrent avec l’UE et n’ont pas d’engagements en cours». Cela signifie qu’ils sont dans le champ du processus de screening européen, mais qu’ils ne figurent ni à l’Annexe I, ni à l’Annexe II. Une fois qu’une juridiction remplit tous ses engagements, «son nom est retiré de l’annexe».
Cette liste n’est pas un classement de vertu fiscale absolue. Elle dit seulement que, dans le cadre des critères européens (transparence fiscale, fiscalité équitable, prévention de l’érosion de la base d’imposition et du transfert de bénéfices), ces sept pays ne sont pas considérés comme ayant des engagements en attente. Pour des économies africaines souvent dépendantes des investissements étrangers, c’est un signal de stabilité normative.
La timeline par le Conseil de l’Union européenne fournie montre que le chemin n’a pas été linéaire. La Namibie a été retirée de la liste en novembre 2018. La Tunisie en est sortie en janvier 2018. Le Maroc a été considéré comme ayant mis en œuvre tous ses engagements en février 2021, avant d’être ajouté à l’Annexe II en octobre 2025 pour le reporting pays par pays.
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Les Seychelles ont été retirées de la liste en octobre 2021, ajoutées à l’Annexe II, puis de nouveau listées en octobre 2023, avant d’être retirées en février 2024. Eswatini avait été retiré de l’Annexe II en octobre 2021 après avoir mis en œuvre les réformes nécessaires ; il y revient en 2026 pour l’évaluation finale de sa zone économique spéciale.
Une valse des statuts qui n’est pas un signe d’échec. Elle montre que la liste est un instrument dynamique, révisé deux fois par an. Le Conseil prévoit d’ailleurs une prochaine révision en février 2027. Pour les pays africains, l’enjeu est de ne pas s’installer durablement dans l’Annexe II.
Trajectoire africaine dans la liste des juridictions non coopératives et l’Annexe II, d’après la timeline
| Pays | Dates et événements cités | Statut en octobre 2026 |
|---|---|---|
| Namibie | Retirée de la liste en novembre 2018 | Coopérante sans engagements pendants |
| Tunisie | Sortie de la liste en janvier 2018 | Coopérante sans engagements pendants |
| Maroc | Considéré comme ayant mis en œuvre tous ses engagements en février 2021 ; ajouté à l’Annexe II en octobre 2025 pour le reporting pays par pays | Annexe II |
| Seychelles | Retirées de la liste en octobre 2021 ; ajoutées à l’Annexe II ; de nouveau listées en octobre 2023 ; retirées en février 2024 | Coopérantes sans engagements pendants |
| Eswatini | Retiré de l’Annexe II en octobre 2021 après avoir mis en œuvre les réformes nécessaires ; revient en 2026 pour l’évaluation finale de sa zone économique spéciale | Annexe II |
| Botswana, Cabo Verde, Maurice, Afrique du Sud | Cités en 2026 comme coopérants sans engagements pendants | Coopérants sans engagements pendants |
Source: Conseil de l’Union européenne.
Les déclarations d’officiels européens éclairent la philosophie de l’exercice. Peter Kažimír, alors ministre slovaque des Finances et président du Conseil, déclarait que «l’UE veut inciter, pas punir». Une nuance essentielle pour les pays africains. La liste n’est pas un tribunal, mais un levier de dialogue.
Zdravko Marić, vice-Premier ministre et ministre des Finances de Croatie, ajoutait en 2020: «les travaux relatifs à la liste des juridictions fiscales non coopératives s’appuient sur un processus rigoureux d’évaluation, de suivi et de dialogue avec environ 70 juridictions de pays tiers. Depuis le lancement de cette initiative, 49 pays ont mis en œuvre les réformes fiscales nécessaires pour se conformer aux critères de l’Union européenne. Il s’agit là d’un succès indéniable. Mais il s’agit également d’un travail en cours et d’un processus dynamique dans le cadre duquel notre méthodologie et nos critères font l’objet d’une révision constante.» Ce bilan vaut pour l’Afrique. Plusieurs pays ont réformé, mais la méthode évolue.
Le Conseil de l’Union européenne détaille les critères. Le critère 1.1 porte sur l’échange automatique de renseignements. Le critère 1.2 sur l’adhésion au Forum mondial et une notation satisfaisante pour l’échange de renseignements sur demande. Le critère 2.1 sur l’existence de régimes fiscaux dommageables. Le critère 2.2 sur les exigences de substance économique. Le Maroc est concerné par l’Action 13 du BEPS, donc par le reporting pays par pays. Eswatini par le critère 2.1. Rappelons qu’aucun pays africain n’est cité à l’Annexe I pour ces motifs en octobre 2026.
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Le cas de la Turquie, cité pour l’échange automatique avec un État membre, montre que l’UE sait maintenir la pression sur des dossiers anciens. Pour l’Afrique, le message est que les engagements pris doivent être honorés dans les délais. Le Code des conduites, présidé depuis septembre 2026 par Cezary Krysiak, continue de dialoguer avec les juridictions.
Dans un monde où la fiscalité est devenue un enjeu de souveraineté et d’attractivité, l’Afrique joue gros. Le fait qu’elle soit absente de la liste noire est une bonne nouvelle. Le fait que deux de ses États soient encore sous surveillance rappelle que la bonne gouvernance fiscale est un marathon, pas un sprint.




