Publiée le 8 septembre 2026, la onzième édition du rapport «Réformes de la politique fiscale 2026: OCDE et économies partenaires sélectionnées» passe au crible les réformes introduites ou annoncées en 2025 dans 92 juridictions membres du Cadre inclusif OCDE/G20.
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À lire ce rapport, il ressort que l’Afrique n’est pas un bloc monolithique. Une ligne s’impose pourtant. En Afrique, le ratio moyen impôts/PIB sur 38 pays a augmenté de 0,5 point, à 16,1% du PIB en 2023, porté en grande partie par des recettes d’impôt sur les sociétés plus élevées.
Trois stratégies fiscales, sept trajectoires nationales
| Pays | Orientation dominante | Mesures phares | Effet sur le ratio impôts/PIB |
|---|---|---|---|
| Afrique du Sud | Augmenter (vert) + rigueur budgétaire | Taxe carbone relevée sur diesel/essence (2025) puis autres combustibles (2026); taxe générale sur carburants relevée; allocation de compensation carbone augmentée; seuils IRPP non indexés sur l’inflation 2026; incitation fiscale à l’emploi amendée (plafond 6 500 → 7 500 rands; seuil test salarial 2 000 → 2 500 rands); droits de mutation relevés; taxes tabac et alcool augmentées; Pilier Deux depuis 2024 | −0,70 pt (IS: −0,73 pt) |
| Maurice | Cibler + mobiliser | Refonte IRPP: seuil d’exonération 390.000 → 500.000 roupies; taux marginal 10% entre 500.000 et 1 million; seuil tranche 20% ramené de 2,39 à 1 M; tranches de 11 à 3; contribution temporaire «Fair-Share» de 15% sur revenus nets > 12 M roupies (jusqu’à 2027-2028); «Fair Share Contribution» entreprises 2 à 5% sur 3 ans ; crédit PME 5% sur 3 ans (CA ≤ 10 M roupies); déduction IA jusqu’à 150 000 roupies; TVA numérique 15%; taxe sucre étendue chocolats et glaces; seuil TVA 6 M → 3 M roupies; Pilier Deux depuis 2025 | −2,79 pts en 2024 (plus forte baisse: taxes biens et service) |
| Kenya | Cibler (digitalisation, conformité) | Abrogation taxe 3% actifs numériques; suppression retenue à la source vente ferraille; exonération paiements transporteur national à non-résidents; TVA: exonérations thés locaux, anti-moustiques, intrants associés; IRPP: plafond indemnités mission 2 000 → 10.000 shillings/jour; allocation investissement télécoms étendue aux licences de spectre ; suppression déduction 1/3 revenu employés non-citoyens; Pilier Deux depuis 2025 | −0,16 pt |
| Maroc | Baisser de façon ciblée | Loi de finances 2025, en vigueur 1er janvier 2025 ; taux supérieur IRPP réduit; réductions d’assiette: allocations, crédits, tranches, avantages employeurs, enfants et personnes à charge, revenus locatifs, épargne-retraite | +1,90 pt (TVA +0,87; IRPP +0,48 ; IS +0,31; foncier +0,16) |
| Tunisie | Augmenter (IS) | Taux général d’IS relevé de 15% à 20% | −0,77 pt |
| Zambie | Cibler (cuivre, TVA) | IS valeur ajoutée cuivre cathodique et exportations non traditionnelles: 15% → 20%; TVA taux zéro eau par canalisation ; TVA équipements TIC 0% → 16%; suppression limite report quinquennal intérêts non déductibles | +0,58 pt |
| Seychelles | Cibler + exonérer | Régime IR flat 10% pour dockers; exemption petits hébergeurs de la taxe touristique; exonérations droits de timbre biens faible valeur; exonération impôt nouvelles entreprises certains secteurs | +1,89 pt |
Source: OCDE.
Le contraste est net avec l’Amérique latine et les Caraïbes, où ce ratio recule de 0,2 point à 21,3%, tandis que l’Asie-Pacifique grappille 0,1 point à 19,6%. Dans le même temps, les pays à revenu élevé reculent de 0,5 point à 31%, les pays à revenu intermédiaire progressent de 0,1 point à 19%, et les pays à faible revenu de 0,3 point à 13%.
L’Afrique, à 16,1%, se situe donc au-dessus de la moyenne des pays à faible revenu, mais encore loin des économies intermédiaires. Derrière cette moyenne, quelques trajectoires nationales sortent du lot.
Afrique du Sud: le pari vert et la rigueur budgétaire
L’Afrique du Sud incarne le contraste africain. Le pays a augmenté ses taxes liées à l’environnement. Les taux de la taxe carbone en Afrique du Sud ont d’abord augmenté sur l’usage du diesel et de l’essence en 2025, puis sur tous les autres combustibles applicables en 2026. Il a aussi relevé sa taxe générale sur les carburants pour tenir compte de l’inflation et sa taxe carbone sur les carburants pour aligner le taux d’accise sur ses mesures de tarification du carbone.
Autre signal. L’Afrique du Sud a augmenté son allocation de compensation carbone, offrant aux entreprises une plus grande flexibilité pour respecter leurs obligations fiscales par des projets d’atténuation.
Là où chaque pays agit: par catégorie d’impôt
| Pays | IRPP / CSC | IS / taxes sectorielles | TVA / biens et services | Santé (tabac, alcool, sucre) | Environnement | Foncier | Numérique |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Afrique du Sud | Seuils non indexés (fiscal drag); incitation emploi amendée | IS en baisse de 0,73 pt | — | Tabac et alcool augmentés | Taxe carbone, carburants, compensation carbone | Droits de mutation relevés | — |
| Maurice | Refonte IRPP ; Fair-Share 15%; CSC | Fair Share Contribution 2-5% | Seuil TVA abaissé ; taxes biens et services en chute | Taxe sucre étendue | Droits d’accise véhicules et VE | — | TVA 15% fournisseurs étrangers |
| Kenya | Plafond indemnités mission relevé | Allocation investissement télécoms | Exonérations thés, anti-moustiques | — | — | — | Taxe actifs numériques abrogée |
| Maroc | Taux supérieur réduit; assiette ciblée | IS +0,31 pt | TVA +0,87 pt | — | — | Foncier +0,16 pt | — |
| Tunisie | Part IRPP+CSC 50,5% | IS 15% → 20% | Dépendance consommation | — | — | — | — |
| Zambie | — | IS cuivre et exportations 15% → 20% | TVA eau 0%; TIC 0% → 16% | — | — | — | — |
| Seychelles | IR flat dockers 10% | Exonération nouvelles entreprises | — | — | — | Droits de timbre | — |
Source: OCDE.
Sur l’impôt sur le revenu des personnes physiques, le pays a fait un choix explicite. L’Afrique du Sud a également renoncé aux ajustements de ses seuils de tranches d’IRPP sur l’inflation pour 2026. Une manière de laisser jouer le fiscal drag. En matière d’emploi, le pays a amendé son incitation fiscale à l’emploi. Le plafond de rémunération éligible est passé de 6 500 à 7 500 rands, et le seuil du test salarial de 2 000 à 2 500 rands. Les droits de mutation ont été relevés pour tenir compte de l’inflation.
L’Afrique du Sud figure aussi parmi les pays ayant augmenté leurs taxes sur le tabac et l’alcool. Elle applique déjà, depuis 2024, la législation Pilier Deux. Pourtant, son ratio impôts/PIB a reculé de 0,70 point, avec une baisse de 0,73 point des recettes d’IS. Le pays illustre donc une équation difficile: verdir la fiscalité, protéger les ménages, mais subir la volatilité des recettes minières et énergétiques.
Le président tunisien, Kaïs Saïed: la Tunisie a relevé son taux général d’impôt sur les sociétés (IS) de 15 à 20%. Une décision rare: selon l'OCDE. Le pays ne suit donc pas la tendance mondiale à la stabilité, voire au recul, des taux d’IS. Mais cette hausse intervient dans une économie déjà très dépendante de la consommation. En 2023, la part de l’IS dans les recettes fiscales tunisiennes n’était que de 9,23%, contre 36,23% pour les taxes sur les biens et services. La part IRPP+CSC, elle, atteignait 50,5% en 2023, signe d’un système fiscal fortement appuyé sur les revenus des personnes et les cotisations sociales. Dans le même temps, le ratio impôts/PIB de la Tunisie a reculé de 0,77 point. La hausse de l’IS est donc un signal de mobilisation budgétaire, mais elle ne suffit pas à compenser la faiblesse globale des recettes dans une économie où la consommation reste le socle principal de la fiscalité.. DR
Maurice: laboratoire fiscal
Maurice est sans doute le cas le plus ambivalent. Le rapport note que «Maurice a enregistré la plus forte baisse en 2024 de 2,8 points, reflétant une chute significative des recettes des taxes sur les biens et services». Dans le même temps, l’île a lancé une refonte spectaculaire de l’impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPP): seuil d’exonération relevé de 390 000 à 500 000 roupies, taux marginal de 10% entre 500 000 et 1 million de roupies, et surtout abaissement du seuil d’entrée dans la tranche supérieure de 20% de 2,39 millions à 1 million de roupies. Le nombre de tranches passe de 11 à 3.
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Plus politique, Maurice a introduit une contribution temporaire «Fair-Share» sur les individus dont le revenu annuel net dépasse 12 millions de roupies, soit une contribution additionnelle de 15% sur le revenu imposable total, en vigueur jusqu’à l’exercice 2027-2028.
Côté entreprises, une «Fair Share Contribution» de 2 à 5% a été instaurée pour trois ans. Les petites entreprises ne sont pas oubliées: crédit d’impôt de 5% sur trois ans pour les entreprises qualifiées dont le chiffre d’affaires n’excède pas 10 millions de roupies, déduction jusqu’à 150 000 roupies pour les dépenses d’IA, exonération pour les projets financés à au moins 50% par des dons ou financements concessionnels étrangers.
Maurice a aussi renforcé sa TVA sur l’économie numérique. Les fournisseurs étrangers de services digitaux doivent s’enregistrer et collecter 15% de TVA. Le pays a étendu sa taxe sur le sucre aux chocolats et glaces, augmenté les droits d’accise sur les véhicules et les véhicules électriques, et réduit son seuil d’immatriculation à la TVA de 6 millions à 3 millions de roupies. Il applique le Pilier Deux depuis 2025. Maurice avance donc à marche forcée, mais avec un risque. Celui d’une base fiscale étroite et d’une dépendance aux taxes sur les biens et services.
Kenya: la digitalisation comme filon
Le Kenya se distingue par une stratégie de simplification et d’attractivité. Le rapport de l’OCDE relève que «le Kenya a abrogé sa taxe de 3% sur les actifs numériques sur le transfert ou l’échange d’actifs numériques». Il a aussi supprimé la retenue à la source sur la vente de ferraille et exonéré les paiements du transporteur national à des prestataires non-résidents de services spécialisés indisponibles localement.
Sur la TVA, le Kenya a élargi les exonérations aux thés consommés localement, aux produits anti-moustiques et aux intrants, machines, services et matières premières associés. En matière d’IRPP, le plafond exonéré des indemnités de subsistance, voyage et entertainment pour les salariés en mission est passé de 2 000 à 10 000 shillings par jour.
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Le pays a élargi l’allocation d’investissement des opérateurs télécoms à l’achat de licences de spectre. Il a supprimé la déduction d’un tiers de revenu pour certains employés non-citoyens. Le Kenya applique le Pilier Deux depuis 2025. Son ratio impôts/PIB a légèrement reculé de 0,16 point, mais sa part IRPP+CSC atteint 26,6% en 2023.
Entendez par part IRPP+CSC, la part que représentent, ensemble, les recettes de l’impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPP) et les cotisations de sécurité sociale (CSC) dans le total des recettes fiscales du pays. Le pays mise sur le numérique et la conformité plutôt que sur des hausses généralisées.
Maroc: baisses ciblées
Le Maroc se démarque par une politique de baisses ciblées. Le rapport indique que «la réforme fait partie de la loi de finances 2025 au Maroc et est entrée en vigueur le 1er janvier 2025». Le taux supérieur de l’IRPP a été réduit. Des mesures de réduction d’assiette ont visé les allocations personnelles, crédits et tranches, les avantages employeurs, les enfants et personnes à charge, les revenus locatifs et l’épargne-retraite.
Malgré ces baisses, le ratio impôts/PIB du Maroc a augmenté de 1,90 point, avec une contribution positive de la TVA (+0,87), de l’IRPP (+0,48), de l’IS (+0,31) et de la fiscalité foncière (+0,16). Le Maroc montre qu’une politique de baisses ciblées peut coexister avec une hausse globale des recettes, à condition que les autres impôts suivent.
Tunisie: la hausse de l’IS comme choix de mobilisation
La Tunisie a fait un choix inverse. Le pays a relevé son taux général d’IS de 15 à 20%. Une décision rare dans un contexte où, selon le rapport, «pour la troisième année consécutive, le taux moyen combiné de l’impôt sur les sociétés est resté stable».
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La Tunisie, dont la part IRPP+CSC atteint 50,5% en 2023, subit une baisse de son ratio impôts/PIB de 0,77 point. Sa part de l’IS dans les recettes n’était que de 9,23% en 2023, contre 36,23% pour les taxes sur les biens et services. La hausse de l’IS est donc un signal de mobilisation, mais elle intervient dans une économie déjà très dépendante de la consommation.
Zambie: le cuivre et la TVA au service des recettes
La Zambie a ciblé le cuivre. Le rapport précise que «la Zambie a augmenté son taux d’IS applicable aux profits de la valeur ajoutée du cuivre cathodique et des exportations de produits non traditionnels, dans les deux cas de 15 à 20%».
Le pays a aussi introduit un taux zéro de TVA pour l’eau distribuée par canalisation, relevé le taux de TVA sur les équipements TIC de 0 à 16%, et supprimé la limite de report quinquennal des intérêts non déductibles. Son ratio impôts/PIB progresse de 0,58 point. La Zambie illustre une stratégie de captation de la rente minière, mais aussi une dépendance aux exportations et à la TVA.
Seychelles: tourisme, petites structures et exonérations
Les Seychelles affichent un profil singulier. Le pays a introduit un régime d’impôt sur le revenu à taux flat de 10% pour les dockers. Il a exempté les petits hébergeurs de la taxe touristique pour raisons administratives.
Il a introduit des exonérations de droits de timbre pour les biens de faible valeur. Il a aussi instauré une exonération d’impôt pour les nouvelles entreprises dans certains secteurs. Son ratio impôts/PIB bondit de 1,89 point. Les Seychelles montrent qu’un petit État peut combiner relief sectoriel et mobilisation des recettes, mais avec une base fragile.
Poids des impôts dans les recettes fiscales (2023)
| Pays | Part IRPP+CSC | Part IS | Part taxes biens et services | Part foncier |
|---|---|---|---|---|
| Afrique du Sud | 35,37% | 16,42 % | 40,40% | 4,01% |
| Maurice | 17,64% | 17,25 % | 57,04% | 5,05% |
| Kenya | 26,59% | 11,68% | 53,42% | 0,011% |
| Maroc | 35,62% | 17,3% | 41,46% | 5,10% |
| Tunisie | 50,50% | 9,23% | 36,23% | 0,90% |
| Zambie | 21,03% | 16,0% | 51,31% | 0,38% |
| Seychelles | 21,88% | 17,9% | 59,18% | 0,97% |
| Namibie | 38,51% | 23,2% | 37,22% | 0,51% |
| Pays à faible revenu | 20,48% | 21,1% | 54,80% | 0,91% |
| Pays à revenu intermédiaire | 22,86% | 19,4% | 50,61% | 1,88% |
Source: OCDE.
Angola, Namibie… et les absents
Le rapport mentionne l’Angola et la Namibie parmi les juridictions couvertes. La Namibie apparaît sur l’élargissement de l’assiette liée aux reports de pertes et aux déductions d’intérêts. Mais deux absences africaines frappent: celle du Nigeria et de la République démocratique du Congo. Ces juridictions étaient couvertes dans l’édition 2025 mais ne le sont pas dans l’édition 2026. Des absences qui privent l’exercice comparatif de deux poids lourds démographiques et fiscaux du continent.
Ainsi, le rapport de l’OCDE rappelle que les taxes sur les biens et services restent la principale source de recettes dans les pays à faible et moyen revenu. Il souligne aussi que les pays à faible revenu ont augmenté leur ratio impôts/PIB d’environ 10% au début des années 1990 à environ 13% en 2023. L’Afrique, avec 16,1%, fait mieux, mais reste dépendante de l’IS et de la TVA.
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Les réformes des cotisations sociales montrent une tendance soutenue à l’élargissement de l’assiette et à la hausse des taux, probablement en réponse aux pressions démographiques à long terme et aux besoins de financement des systèmes de protection sociale.
Pour le continent, l’enjeu est double: élargir l’assiette sans étouffer la croissance, et diversifier des recettes encore trop exposées aux matières premières et à la consommation. Le rapport OCDE 2026 ne tranche pas. Il montre des pays qui avancent, d’autres qui reculent, et la vérité suivante: en Afrique, la réforme fiscale n’est plus une option, c’est une condition de souveraineté budgétaire.




