La trajectoire du crédit souverain africain s’est légèrement redressée au premier semestre 2026. Cinq pays, le Cabo Verde, le Ghana, le Kenya, le Nigeria et l’Afrique du Sud, ont bénéficié d’un relèvement de leur note en devises par au moins l’une des trois grandes agences internationales.
Selon la treizième édition de l’Africa Sovereign Credit Rating Review publiée par le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs en collaboration avec la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, les améliorations ont été soutenues par la stabilisation macroéconomique, l’assainissement budgétaire, le renforcement des réserves et la poursuite des réformes.
Le bilan demeure néanmoins contrasté. Le Botswana et le Mozambique ont subi une dégradation, tandis que le Gabon, le Mali et le Sénégal ont enregistré une révision négative de leurs perspectives. Dix autres pays ont bénéficié d’une évolution positive de leurs perspectives ou d’une décision équivalente, signe que les agences considèrent plusieurs dossiers africains comme susceptibles de progresser si les politiques engagées sont maintenues.
Une précision méthodologique s’impose. L’introduction du rapport présente le Botswana comme le seul pays dégradé, mais le tableau récapitulatif et l’analyse détaillée recensent également l’abaissement du Mozambique par Fitch, de «CCC» à «CC». Le bilan consolidé fait donc ressortir cinq relèvements et deux dégradations.
Les décisions positives ne résultent pas d’une détente générale des critères d’évaluation. Elles récompensent surtout les pays qui ont réussi à transformer des ajustements récents en signes plus durables de crédibilité économique.
Le Ghana en fournit l’une des illustrations les plus nettes. Fitch a relevé sa note de «B-» à «B», en invoquant les progrès de l’assainissement budgétaire, la restructuration de la dette, l’appréciation de la monnaie et la stabilisation macroéconomique dans le cadre du programme soutenu par le FMI. L’amélioration de la croissance, le ralentissement de l’inflation et la reconstitution des réserves ont renforcé ce mouvement.
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Le Nigeria a également été relevé de «B-» à «B» par S&P. Le rapport attribue cette décision au renforcement de la crédibilité des politiques publiques après les réformes du régime de change ainsi que des politiques monétaire et budgétaire. L’amélioration des comptes extérieurs et les perspectives de croissance à moyen terme ont complété l’évaluation.
Le Kenya, pour sa part, est passé de «Caa1» à «B3» chez Moody’s. La baisse du risque de liquidité souveraine, l’amélioration de l’accessibilité de la dette et le maintien de l’accès aux financements domestiques et extérieurs ont pesé davantage que les vulnérabilités persistantes. Le passage simultané de la perspective positive à stable traduit, selon le document, l’intégration de ces progrès dans la nouvelle note plutôt qu’une détérioration du risque.
L’Afrique du Sud a été relevée de «BB-» à «BB» par Fitch, grâce à l’amélioration des comptes publics, à la modération de la dynamique de la dette et à une plus grande confiance dans l’exécution de la politique budgétaire. Le Cabo Verde, relevé de «B» à «B+» par S&P, a bénéficié de la croissance portée par le tourisme, du renforcement de ses équilibres budgétaires et extérieurs ainsi que du recul de la dette publique.
La durée des réformes devient décisive
Le changement le plus important tient moins au nombre de relèvements qu’aux critères désormais privilégiés. Le rapport précise que les améliorations enregistrées à la fin de 2025 reposaient principalement sur les restructurations de dette, la stabilisation après les crises et les programmes soutenus par le FMI. Au premier semestre 2026, les agences ont davantage insisté sur la continuité des réformes et la crédibilité des cadres macroéconomiques.
La République démocratique du Congo, la Guinée et la République du Congo ont ainsi profité de perspectives favorables dans les secteurs miniers et les exportations de matières premières, combinées à une gestion macroéconomique jugée prudente. Le Maroc, le Rwanda, le Bénin et l’Afrique du Sud ont été distingués pour la résilience de leurs fondamentaux, la crédibilité de leurs politiques publiques et la mise en œuvre des réformes.
Les confirmations des notes du Lesotho, de la Namibie et de la Tanzanie prolongent cette lecture. Fitch a notamment retenu les excédents budgétaires, le niveau des réserves et la dette concessionnelle du Lesotho, la stabilité institutionnelle et la profondeur du secteur financier domestique namibien, ainsi que la croissance relativement forte et la faible inflation en Tanzanie.
L’amélioration continentale reste donc conditionnelle. Les agences récompensent les réformes lorsqu’elles produisent des effets vérifiables sur les finances publiques, la liquidité extérieure et la gestion de la dette. Les pays dont les mesures restent récentes, fragiles ou insuffisamment ancrées continuent, en revanche, de supporter une prime de risque élevée.
Le retour des investisseurs ne garantit pas un capital bon marché
Le redressement des notations a accompagné une réouverture des marchés internationaux. Neuf États africains ont réalisé dix opérations obligataires entre janvier et juin, pour un montant supérieur à 14 milliards de dollars en équivalent.
Le rapport interprète cette reprise comme le signe d’un retour progressif de l’appétit des investisseurs pour les emprunteurs capables de présenter une trajectoire d’ajustement lisible. Les niveaux de souscription confirment cette sélectivité. L’émission du Bénin a attiré une demande équivalente à huit fois le montant proposé, celle de l’Égypte plus de cinq fois, tandis que l’opération ivoirienne a été souscrite 4,8 fois.
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La vigueur de la demande n’a cependant pas toujours entraîné des conditions de financement favorables. Les coupons inscrits dans le rapport atteignent 9,50% pour la République du Congo, jusqu’à 9,80% pour l’Angola et 9,50% pour la tranche à dix ans de la République démocratique du Congo. Les différences de devise, d’échéance et de profil de risque empêchent une comparaison mécanique, mais la dispersion des taux confirme que la réouverture du marché ne réduit pas automatiquement le coût du capital.
Le Maroc a mobilisé 2,25 milliards d’euros le 19 mai, répartis entre une tranche de huit ans assortie d’un coupon de 4,75% et une tranche de douze ans à 5,13%. Selon le rapport, l’opération visait le financement général de l’État, la diversification des sources de financement et la couverture des besoins extérieurs.
Le refinancement domine encore l’investissement
La destination des fonds constitue le principal point de vigilance. Le Bénin, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Kenya, l’Angola et le Maroc ont affecté tout ou partie de leurs émissions au financement budgétaire. La République du Congo, le Kenya et l’Angola ont également utilisé les marchés pour racheter ou refinancer des obligations existantes, allonger les échéances et réduire les risques de remboursement à court terme.
Ces opérations ne sont pas dépourvues d’utilité économique. Un profil d’échéances mieux réparti peut limiter le risque de refinancement, préserver les dépenses prioritaires et réduire la pression exercée sur les marchés financiers domestiques. Leur portée reste néanmoins défensive lorsqu’elles servent essentiellement à remplacer une dette par une autre.
Seules quelques émissions présentent, selon le document, une orientation de développement explicite. La République démocratique du Congo a affecté 1,25 milliard de dollars à des projets d’infrastructures, d’énergie et de développement social. L’euro-obligation sociale d’un milliard de dollars émise par l’Égypte doit financer la santé, l’éducation et des dépenses de développement.
Le rapport ne chiffre pas la proportion exacte des plus de 14 milliards de dollars destinée à l’investissement productif. Il ne fournit pas non plus d’évaluation des rendements économiques futurs des projets financés. Les informations disponibles permettent toutefois d’établir que le financement budgétaire et la gestion du passif occupent une place plus importante que les investissements explicitement consacrés à la transformation économique.
Les vulnérabilités restent profondément nationales
Les décisions négatives rappellent que la reprise continentale masque des fragilités très différentes. Le Botswana a été dégradé de «BBB» à «BBB-» par S&P en raison de sa dépendance aux exportations de diamants. Le recul des recettes tirées du secteur a affaibli les ressources budgétaires et les réserves de change, illustrant le coût souverain d’une diversification insuffisante.
Le Gabon et le Mali ont vu leurs perspectives passer de stables à négatives en raison de pressions budgétaires croissantes, de besoins de financement plus élevés et d’un accès limité aux marchés. Le Sénégal a subi une évolution comparable après la découverte d’un niveau de dette publique nettement supérieur à celui précédemment déclaré. Le rapport associe directement cette révision aux interrogations sur la transparence budgétaire, la soutenabilité de la dette et les risques de refinancement.
Le Mozambique concentre les difficultés les plus sévères. Fitch estime qu’une restructuration de son euro-obligation est devenue probable. La dette publique devrait, selon le rapport, rester supérieure à 90% du produit intérieur brut en 2026 et 2027. Le pays supporte également des pénuries de devises, des arriérés de paiement et des pressions sur la balance des paiements, après un déficit courant estimé à 17% du PIB en 2025.
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Le rapport recommande d’abord de renforcer les compétences des ministères des Finances et des offices de gestion de la dette. Une meilleure structuration des opérations, un dialogue plus efficace avec les investisseurs, un choix plus précis du calendrier et des références de prix pourraient permettre de convertir la forte demande en conditions d’emprunt plus favorables.
La diversification économique constitue le second levier. Le document appelle à traduire les plans nationaux d’industrialisation en projets concrets, notamment par la création de chaînes de valeur régionales et sous-régionales conformes à l’Agenda 2063. L’objectif consiste à réduire la dépendance envers quelques produits d’exportation, mais aussi à renforcer les recettes publiques, les réserves de change et la résistance aux chocs extérieurs.
L’établissement de l’Agence africaine de notation, dont Maurice doit accueillir le siège, complète cette stratégie. Les travaux portent encore sur son incorporation, son agrément et ses cadres de gouvernance et de fonctionnement. Son influence dépendra de son indépendance, de sa transparence et de sa crédibilité technique, conditions nécessaires pour compléter les évaluations internationales sans reproduire leurs limites.
