Restructuration de la dette ghanéenne: comment la stabilisation sacrifie l’épargnant domestique sans boussole juridique ni indemnisation

Chaque coupure de cedi porte désormais l'empreinte d'un double récit: celui, officiel, d'une stabilisation macroéconomique retrouvée, et celui, silencieux, des épargnants sacrifiés par la restructuration de 137 milliards de cedis d'obligations domestiques.

Le 17/05/2026 à 17h50

En officialisant la fin du programme appuyé par le FMI, Accra a douché l’espoir d’une compensation pour les investisseurs lésés par la restructuration de 2022-2023, opposant une fin de non-recevoir fondée sur l’absence de base contractuelle.

Le ministre ghanéen des Finances exclut toute indemnisation des créanciers domestiques décotés lors du Programme d’échange de dette intérieure, alors que le pays achève son programme FMI en affichant des indicateurs macroéconomiques spectaculairement redressés. En déclarant froidement qu’il «ne se souvient pas d’un quelconque dispositif obligeant le peuple ghanéen à verser une forme de compensation» aux investisseurs décotés, le ministre des Finances Dr Cassiel Ato Baah Forson ne ferme pas seulement une porte: il verrouille à double tour le débat sur la justice interne de la restructuration.

La formule, lâchée lors du point de presse célébrant la sortie du programme FMI, a valeur de doctrine. Le Ghana revient de loin, c’est vrai. La crise de 2022 a été qualifiée par le ministre lui-même de «très traumatisante pour le peuple ghanéen». Fin 2022, la dette publique tutoyait les 88% du PIB, l’inflation galopait à 54,1% et les réserves fondaient. Le Programme d’échange de dette intérieure (DDEP) a alors déployé une mécanique d’une brutalité clinique: 137 milliards de cedis d’obligations domestiques restructurés, plus de 95% de participation, un taux qui en dit long sur l’absence d’alternative pour les détenteurs.

Particuliers, entreprises, fonds de pension: tous ont vu maturités allongées et coupons rabotés pendant que la Banque du Ghana absorbait des pertes pour éviter un effondrement systémique. Le résultat macroéconomique force le respect. Dette publique ramenée à 56,6% du PIB fin 2024, excédent primaire de 1,7%, réserves reconstituées à 6,7 milliards de dollars, inflation terrassée à 3,4% en avril 2026.

Ruben Atoyan, chef de mission du FMI, salue un espace budgétaire retrouvé. Mais ce tableau idyllique porte une question qui fâche: à quel prix social et contractuel ? Dr Cassiel Ato Baah Forson écarte toute indemnisation en s’appuyant sur une absence de base juridique. Aucune clause, aucun passif conditionnel, martèle-t-il. Cet argument légaliste esquive le contrat moral implicite qui lie un État à ses créanciers domestiques, ces mêmes Ghanéens dont il dit vouloir soutenir l’emploi via «The New Economy». Le lancement annoncé de ce programme phare, accompagné d’une assistance technique non financière du FMI, sonne comme une promesse de lendemains qui chantent pour faire oublier la douleur d’hier.

Le nouvel Instrument de coordination des politiques, qui succède à la Facilité élargie de crédit, mettra l’accent sur les garde-fous contre les passifs éventuels. Mais le véritable passif, lui, est peut-être dans la mémoire des épargnants sacrifiés. En tournant la page sans dédommagement, le Ghana parie que la croissance et la discipline budgétaire suffiront à restaurer une confiance interne durable. L’histoire récente des restructurations souveraines enseigne pourtant que les plaies non pansées des créanciers locaux se rouvrent toujours lors du prochain cycle électoral. Le ministre a raison sur le plan légal ; mais en politique, une dette intérieure ne s’efface jamais vraiment.

Par Le360 (avec MAP)
Le 17/05/2026 à 17h50