Le 3e sommet Russie-Afrique va attirer du monde à Moscou, au bonheur du président russe Vladimir Poutine, de plus en plus isolé sur la scène mondiale à cause de la guerre contre l’Ukraine.
Autour du président russe, plus d’une vingtaine de chefs d’État africains sont attendus, auxquels s’ajouteront des chefs de gouvernement et de délégations dirigées par des chefs de la diplomatie.
Durant deux jours, les chefs d’État passeront en revue les relations politiques et économiques entre la Russie et les pays africains, en se penchant sur les voies et moyens de les renforcer dans un environnement mondial plein d’incertitudes à cause notamment des effets des guerres Russie-Ukraine et celle du Moyen-Orient et le retour du protectionnisme.
Dans ce contexte, le 3e sommet Russie-Afrique vise à répondre à plusieurs enjeux. Pour la Russie et particulièrement pour son président, il marque avant tout la fin de l’isolement du pays depuis le déclenchement de la guerre contre l’Ukraine.
Ce sommet sera donc l’occasion pour le président russe de faire la démonstration de son rayonnement en Afrique. Un continent sur lequel il compte lors des votes de l’Assemblée générale de l’ONU et des cessions d’organisations et d’institutions internationales en raison des relations historiques que la Russie entretient depuis l’époque soviétique avec de nombreux pays du continent.
Moscou pourra alors faire étalage de cette solidité des relations mettant à profit la présence confirmée d’une vingtaine de chefs d’État africains. Et c’est là l’enjeu principal pour la Russie de Poutine.
Parmi ces dirigeants africains, il y a bien évidemment les nouveaux, fidèles partenaires de la Russie à la tête desquels il y a bien évidement les pays de la Confédération des États du Sahel (Mali, Burkina Faso et Niger).
Les présidents Ibrahim Traoré du Burkina Faso, Assimi Goïta du Mali et Abdourahmane Tiani du Niger seront présents. Logique quand on sait le poids de la Russie et particulièrement de sa présence militaire dans la région du Sahel via l’Africa Corps, qui a succédé au groupe paramilitaire privé russe Wagner en Afrique.
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Le sauvetage du régime du nigérien Tiani lors de la dernière tentative de coup d’État du 29 août dernier illustre parfaitement l’importance de la Russie pour la sécurité des régimes sahéliens et son soutien à la lutte contre les terroristes.
C’est le cas aussi du Centrafricain Faustin-Archange Touadéra dont le régime s’appuie sur la présence des paramilitaires russes de l’Africa Corps.
Au-delà de ces quatre pays qui ont des liens sécuritaires étroits avec la Russie, d’autres dirigeants africains comptent aussi faire le déplacement.
Il s’agit de Mahamat Idriss Déby du Tchad, Micheäl Randrianirina de Madagascar, Paul Kagame du Rwanda, Félis Tshisekedi de la RD Congo et Denis Sassou-Nguesso du Congo.
Sont également attendus à Moscou William Ruto du Kenya, Samia Suluhu Hassan de la Tanzanie et Abdel Fattah al-Sissi d’Égypte.
Abdel Fattah al-Burhan du Soudan, Salva Kiir du Soudan du Sud, Horta N’Tam de la Guinée-Bissau devraient également en faire partie. D’autres dirigeants notamment d’Afrique australe, ancien bastion soviétique lors de la guerre froide, feront aussi le déplacement.
À ces présidents vont s’ajouter de nombreux chefs de gouvernement africains dont certains ont le rang de quasi président comme l’Éthiopien Abiy Ahmed, le Togolais Faure Gnassingbé, et d’autres chefs de gouvernement et/ou de diplomatie.
En termes de représentativité, Poutine pourra s’enorgueillir de continuer à bénéficier d’une influence notable en Afrique. Et pour lui, rien que la présence de ce parterre de dirigeants est déjà un franc succès.
Ensuite, le Forum économique et humanitaire Russie-Afrique qui sera tiendra en marge du 3e sommet Russie-Afrique, constitue l’autre enjeu pour les deux parties. Il réunira des chefs d’État africains, des représentants des milieux d’affaires russes, africains et internationaux, des représentants d’institutions…
Ainsi, ce Forum sera l’occasion de renforcer le partenariat entre Moscou et les pays africains. Les échanges commerciaux et le développement des systèmes de paiement, les investissements, le nucléaire, la sécurité alimentaire seront au cœur des échanges.
Le volet économique intéresse les deux parties. D’abord, la Russie, qui fait face aux sanctions économiques et au boycott de ses hydrocarbures (gaz, pétrole et carburants), essaye de trouver de nouveaux débouchés en Afrique. Déjà, ses carburants, notamment le diésel à prix réduit, approvisionnent de nombreux pays africains via souvent des navires fantômes.
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Outre l’énergie, Moscou exporte également du blé en quantité au niveau du continent, mais aussi des oléagineux, des engrais…. Ce sera l’occasion de consolider les marchés traditionnels et de s’ouvrir à de nouvelles opportunités.
Pour les pays africains, la sécurisation des approvisionnements en carburants (diésel, essence…), en produits agricoles, notamment le blé, et en engrais est une nécessité dans un contexte mondial incertain avec la guerre au Moyen-Orient et le blocus du Détroit d’Ormuz par d’où transitent presque 20% du brut et du gaz mondial, mais aussi d’importantes quantités d’engrais et de produits nécessaires à leurs fabrication (potasse, ammoniac…).
Seulement, au niveau économique, l’influence russe en Afrique demeure encore négligeable. Avec un PIB nominal autour de 2.500 milliards de dollars, la Russie est loin derrière les grandes puissances économiques mondiales: États-Unis, Chine, Allemagne, Japon, Royaume-Uni, Inde, France…
Au chapitre des échanges commerciaux avec l’Afrique, la Russie pèse relativement peu avec des échanges s’établissant autour de 28 à 29 milliards de dollars. A titre de comparaison, les échanges commerciaux Chine-Afrique ont atteint 204 milliards de dollars les six premiers mois de 2026. Avec la Turquie, ce volume a atteint 37 milliards de dollars en 2024.
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Outre la faiblesse du montant, ces échanges sont largement en faveur de la Russie qui exporte essentiellement des produits agricoles, particulièrement du blé dont elle livre environ 30% des besoins de l’Afrique, des engrais et des armes.
Les exportations russes sont concentrées sur une poignée de pays. Quatre d’entre eux (Égypte, Algérie, Maroc et Afrique du Sud) absorbent autour de 70% de ces exportations.
L’Égypte est le premier importateur africain de blé russe, alors que l’Algérie est de loin le premier importateur africain d’armes russes. L’Algérie, l’Égypte et l’Angola concentrant autour de 90% de la valeur des ventes d’armes russes à la région.
Le président Vladimir Poutine serrant la main au président burkinabè Ibrahim Traoré.
Les exportations des pays africains vers la Russie représentent à peine 0,4% du total des exportations totales du continent. Les pays africains exportent des produits halieutiques, agroalimentaires (agrumes, café, thé, épices) et des minerais.
En ce qui concerne les investissements, la Russie contribue autour de 1% aux investissements directs étrangers en Afrique. La Russie promeut la construction de centrales nucléaires civiles dans de nombreux pays (Kenya, Rwanda, Zambie, Nigeria, Burkina, Éthiopie…).
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Toutefois, à l’heure actuelle, Rosatom, le géant russe de l’énergie atomique, n’a démarré que la construction d’une méga centrale nucléaire en Égypte. D’une capacité de 4.800 MW, le coût de celle-ci est estimé à 60 milliards de dollars. Un prix qui n’est pas à la portée de nombreux pays africains, même pour des centrales de moindre capacité.
En clair, le poids économique de la Russie demeure encore relativement faible. Le Forum est l’occasion pour les deux parties d’essayer d’insuffler une nouvelle dynamique à leurs relations économiques.
Enfin, le volet sécuritaire, le plus visible des relations Russie-Afrique, sera présent lors des discussions bilatérales avec de nombreux dirigeants africains. Outre les dirigeants des pays de l’Alliance des États du Sahel et de la Centrafrique, de nombreux autres dirigeants africains sollicitent l’appuie d’Africa Corps pour faire face aux terroristes et/ou pour renforcer les forces en charge de la sécurité du président.
Et la Russie va continuer à exporter des armes, en dépit de sa guerre contre l’Ukraine, afin de préserver son rang de premier pourvoyeur d’armes au continent africain.





