Projections 2026-2027 du FMI: contrastes et trajectoires des 20 plus fortes croissances d’Afrique subsaharienne

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Le 27/10/2026 à 16h58

Premier du Top 20 des projections de croissance FMI des pays d’Afrique subsaharienne en 2026, le Soudan du Sud avec 10,5% sort du classement en 2027 avec une croissance qui devrait chuter à 3,9%. Septième en 2026 avec 6,2% de croissance projetée, l’Ouganda devrait être le premier du Top 20 en 2027 avec 9,9% de croissance projetée. À elles seules, ces deux trajectoires résument ce que les projections du FMI disent de la croissance en Afrique subsaharienne: une région qui tient le cap de 4,5%, mais où les classements changent de visage d’une année à l’autre.

Dans une région d’Afrique subsaharienne où les risques restent, selon le FMI, «nettement défavorable», le classement des projections de croissance pour 2026 et 2027 ne devrait pas se lire comme un simple palmarès. Il expose une région qui tient le cap mais dont la moyenne de croissance établie à +4,5% cache des trajectoires très dissemblables.

Le FMI le dit sans détour: «la croissance régionale reste solide et globalement conforme aux prévisions d’avril 2026», avant d’ajouter que «les risques restent clairement orientés à la baisse». C’est précisément là que le Top 20 que nous dressons devient utile. Il montre où la résilience se transforme en performance, et où elle masque des fragilités.

Le classement est établi exclusivement à partir du tableau fourni par le FMI. L’Érythrée est exclue pour contraintes de déclaration; le Sénégal est absent de la publication en raison de discussions de programme en cours.

Les rangs sont calculés sur les projections 2026 et 2027.

Rangs, projections et trajectoires 2025-2027

Pays2025 (%)2026 (%)Rang 20262027 (%)Rang 2027Mouvement
Soudan du Sud41,410,513,9—Sort du Top 20
Éthiopie9,29,227,82 ex æquoStable
Rwanda9,47,437,24Recule
Guinée6,97,247,82 ex æquoMonte
Bénin8,17,05 ex æquo6,85Recule
Niger6,97,05 ex æquo6,56Recule
Ouganda6,76,279,91Monte
Côte d’Ivoire6,56,08 ex æquo6,17Stable
Tanzanie5,96,08 ex æquo5,98Stable
Ghana6,05,7105,213Recule
Zambie3,85,6114,917 ex æquoRecule
Liberia5,15,512 ex æquo5,114 ex æquoRecule
Mali4,95,512 ex æquo5,79 ex æquoMonte
RDC5,75,2145,79 ex æquoMonte
Gambie5,75,1155,114 ex æquoStable
Cabo Verde6,35,016 ex æquo5,016Recule
Togo6,35,016 ex æquo5,312Monte
Zimbabwe8,35,016 ex æquo3,5—Sort du Top 20
Guinée-Bissau5,84,7194,917 ex æquoMonte
Tchad5,14,520 ex æquo5,411Monte
Kenya4,64,520 ex æquo4,720 ex æquoStable
Burkina Faso5,34,4—4,819Entre au Top 20
Burundi4,23,6—4,720 ex æquoEntre au Top 20

Note de lecture : le Top 20 2026 compte 21 pays (Tchad et Kenya ex æquo au 20e rang); le Top 20 2027 en compte également 21 (Burundi et Kenya ex æquo au 20e rang). Érythrée exclue pour contraintes de déclaration; Sénégal non publié en raison de discussions de programme en cours.

Source: FMI.

Top 20 des croissances en 2026

Le Soudan du Sud domine avec une croissance de 10,5%, mais il revient d’une croissance de 41,4% en 2025 et retombe à 3,9% en 2027. C’est typiquement ce qu’on peut qualifier de performance volatile. C’est le lieu d’expliquer que les 41,4% de croissance du Soudan du Sud en 2025 ne traduisent pas un boom économique large.

Ils résultent surtout d’un effet de rattrapage après un effondrement pétrolier. Le pays a perdu l’essentiel de ses exportations en 2024, puis le redémarrage du pipeline a provoqué une hausse mécanique du PIB réel.

L’Éthiopie suit avec une croissance projetée de 9,2% en 2026, idem qu’en 2025, et 7,8% en 2027. Le Rwanda se classe troisième des projections avec 7,4% en 2026, 7,2% en 2027. Le pays confirme une dynamique plus régulière. Le Niger et le Bénin sont 5ème ex æquo avec 7,0% de croissance projetée en 2026, même si le FMI signale que leur croissance ralentit de 6,4% à 6% en 2026.

Enfin, l’Ouganda, 7e du classement des projections en 2026 avec 6,2%, passe premier en 2027 avec 9,9%. Le classement 2026 ne préjuge donc pas du classement 2027.

Dans la suite du Top 20, la Côte d’Ivoire se trouve à la 8èmeplace avec 6% de croissance projetée, suivi par la Tanzanie (9ème ; 6,0%), le Ghana (10ème ; 5,7%), la Zambie (11ème ; 5,6%), le Liberia (12ème ; 5,5%), le Mali (12ème ex æquo avec 5,5%), la RDC (14ème ; 5,2%) ; la Gambie (15ème ; 5,1%), Cabo Verde, le Togo et le Zimbabwe (16ème ex æquo avec 5% de croissance projetée), Guinée-Bissau (19ème ; 4,7% de croissance projetée), et pour terminer, le Tchad et le Kenya, 20ème ex æquo avec 4,5% de croissance projetée.

Comme on le constate, le Top 20 des projections de croissance 2026 du FMI compte 21 pays parce que le rang 20 est occupé par deux pays ex æquo, le Tchad et le Kenya, tous deux à 4,5%.

Autres constats: ce premier Top 20 est celui des ruptures et des rebonds: Éthiopie et Rwanda qui incarnent une autre logique. Celle des réformes du marché des changes et la réduction des subventions aux carburants pour l’une, et la continuité d’une croissance élevée pour l’autre.

Le Bénin et le Niger qui confirment que les économies faiblement dotées de ressources naturelles ne sont pas condamnées à la traîne. Ce classement ne doit donc pas être lu comme un certificat de solidité.

Top 20 des croissances en 2027

L’Ouganda occupe seul la première place avec 9,9% en 2027, contre 6,2% en 2026 et 6,7% en 2025. C’est la progression la plus spectaculaire du tableau, et elle contraste avec la moyenne régionale de 4,5%. L’Éthiopie et la Guinée partagent le deuxième rang avec 7,8% chacune. L’Éthiopie reste sur deux années à 9,2% (2025 et 2026) avant de ralentir à 7,8%.

La Guinée, elle, accélère puisque sa projection passe de 6,9% en 2025 à 7,2% en 2026 puis 7,8% en 2027. Le Rwanda suit avec 7,2%, après 9,4% en 2025 et 7,4% en 2026. Sa dynamique reste élevée, mais elle décélère. Le Bénin, cinquième avec 6,8%, recule par rapport à 8,1% en 2025 et 7,0% en 2026. Le Niger, sixième avec 6,5%, est dans la même tendance: 6,9% en 2025, 7,0% en 2026, puis 6,5% en 2027.

La Côte d’Ivoire, septième avec 6,1%, se maintient autour de 6% (6,5% en 2025, 6,0% en 2026). La Tanzanie, huitième avec 5,9%, est remarquablement stable: 5,9% en 2025, 6,0% en 2026, 5,9% en 2027.

La RDC et le Mali partagent le neuvième rang avec 5,7%. La RDC revient à son niveau de 2025 (5,7%) après 5,2% en 2026, tandis que le Mali progresse de 4,9% en 2025 à 5,5% en 2026 puis 5,7% en 2027.

Le Tchad, onzième avec 5,4%, accélère par rapport à 4,5% en 2026. Le Togo, douzième avec 5,3%, reste au-dessus de 5% malgré une baisse depuis 6,3% en 2025. Le Ghana, treizième avec 5,2%, décélère régulièrement depuis 2025, où la croissance est projetée à 6%.

La Gambie et le Liberia partagent le quatorzième rang avec 5,1%: la Gambie est stable (5,7% en 2025, 5,1% en 2026, 5,1 % en 2027), tandis que le Liberia recule depuis 5,5 % en 2026. Cabo Verde, seizième avec 5,0%, reste à 5,0% en 2026 et 2027, après 6,3% en 2025. La Guinée-Bissau et la Zambie partagent le dix-septième rang avec 4,9%.

La Guinée-Bissau progresse depuis 4,7% en 2026, et la Zambie se redresse depuis 3,8% en 2025 mais reste sous son niveau de 2026 (5,6%).

Le Burkina Faso, dix-neuvième avec 4,8%, accélère par rapport à 4,4 % en 2026. Enfin, le Burundi et le Kenya partagent le vingtième rang avec 4,7%. Le Burundi progresse depuis 3,6 % en 2026, et le Kenya reste stable autour de 4,5-4,7%.

Les absents du Top 20 disent autant que les présents. Le premier pays non classé est Madagascar avec 4,5%, suivi du Nigeria à 4,3%, des Seychelles à 4,0% et du Soudan du Sud à 3,9%. Ce dernier illustre le retournement le plus brutal. Premier du Top 20 de 2026 avec 10,5%, il chute à 3,9% en 2027 et sort du classement.

À l’inverse, l’Ouganda passe de la septième place en 2026 (6,2%) à la première en 2027 (9,9%). Le classement 2027 ne reproduit donc pas celui de 2026. Il consacre des trajectoires, pas des statuts.

Le FMI prévient que «les risques restent clairement orientés à la baisse» et que l’outlook repose sur «une normalisation progressive des flux énergétiques et des prix dans le Golfe, la poursuite de la mise en œuvre des réformes, une perturbation économique limitée due au phénomène El Niño, et l’absence de revirement brutal des conditions de financement mondiales».

Autrement dit, les 9,9% de l’Ouganda, les 7,8% de l’Éthiopie et de la Guinée ou les 7,2% du Rwanda ne sont pas des acquis. Ils dépendent de la normalisation énergétique, de la maîtrise d’El Niño, de la poursuite des réformes et de la stabilité du financement extérieur. La moyenne régionale de 4,5% en 2027 est donc une moyenne de contrastes, et le Top 20 en est la photographie la plus explicite.

Le Maroc n’apparaît pas dans ce classement puisqu’il est hors du périmètre géographique défini par le FMI. Pour autant, le Royaume n’en demeure pas moins directement exposé aux trajectoires de croissance de l’Afrique subsaharienne. Ses échanges commerciaux avec le continent ont atteint 9,5 milliards de dollars en 2025, dont 6,2 milliards d’exportations. Ses banques sont présentes dans 27 pays africains, tandis qu’OCP Africa déploie ses activités dans une quinzaine de marchés, dont le Cameroun, le Rwanda et la Zambie.

Pour Rabat et les groupes marocains, la croissance projetée dans plusieurs pays du Top 20 n’est donc pas seulement un indicateur macroéconomique. Elle conditionne des débouchés industriels, agricoles, financiers et logistiques, mais aussi une exposition au risque de crédit et aux chocs locaux.

Rappelons que les projections du FMI pour le Maroc sont proches de la moyenne subsaharienne (4,5% en 2026 et 4,2% en 2027) mais avec un profil plus stable et moins exposé aux ruptures pétrolières qui expliquent les écarts du classement.

Ce que ces classements ne disent pas

Le FMI rappelle que la croissance des exportateurs de pétrole passe de 4,0% à 4,1% en 2026, que les économies riches en ressources restent à 3,8% et que les économies non riches en ressources ralentissent de 6,4% à 6,0%.

Derrière les rangs, il y a des chocs précis: pétrole à 96 dollars en 2026 puis 87 dollars en 2027, engrais +26% en 2026, indice FAO des prix alimentaires environ 6% au-dessus de son niveau de février 2026 mais encore 17% sous le pic de mars 2022. L’inflation médiane remonte de 3,4% en 2025 à 4,3% en 2026 puis 5,0 % en 2027.

Le déficit budgétaire médian se creuse de 3,1% du PIB en 2025 à 3,3% en 2026; la dette publique médiane recule de 53,0% à 51,7% du PIB, mais les intérêts absorbent environ 12% des recettes publiques.

L’aide bilatérale, après une baisse d’environ un quart en 2025, doit encore reculer de 12% en 2026. Les Eurobonds ont levé environ 12 milliards de dollars en 2026, mais le coût du financement reste élevé.

Dans un tel contexte, le vrai risque est humain. Le FMI cite les Comores, qui ont suspendu une hausse des prix des carburants après des protestations alors que maintenir les prix jusqu’en 2026 pourrait générer des pertes quasi-budgétaires d’environ 2,5% du PIB pour sa compagnie pétrolière publique. Le FMI note aussi que seule une mesure annoncée sur sept est ciblée.

Le lissage généralisé des prix des carburants peut coûter environ 4% du PIB, contre au plus 0,5% pour des transferts préservant les bénéfices des 40% les plus pauvres. El Niño menace enfin l’alimentation et l’électricité: baisse médiane de 0,5 point de PIB et hausse médiane de 2,6 points d’inflation en 2027 dans les simulations citées, avec des risques accrus au Malawi, au Mozambique, en Zambie et au Zimbabwe.

Ainsi, les deux Top 20 ne sacrent pas des modèles. Ils désignent des moments de croissance. Le Soudan du Sud illustre la volatilité, l’Ouganda et l’Éthiopie la dynamique, le Rwanda et la Côte d’Ivoire la continuité, l’Angola et l’Afrique du Sud les angles morts.

La leçon du FMI est la suivante: sauvegarder les gains budgétaires, cibler les aides, contenir l’inflation et protéger l’investissement productif. Sans cela, le 4,5% de croissance régional restera une moyenne fragile, et les classements de croissance, des vitrines sans lendemain.

Par Modeste Kouamé
Le 27/10/2026 à 16h58